‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 8 sur 294 · La première édition du Dictionnaire de l’ Académie · texte numérisé non relu

La première édition du Dictionnaire de l’ Académie

vol. in-folio) ne paraît qu’en 1694. D’abord il n’eut pas beaucoup de succès et provoqua plusieurs pamphlets, qui contenaient d’assez justes critiques; mais peu à peu il prit de l’autorité dans le public, malgré l’orthographe réactionnaire et l’ordonnance peu pratique des mots, qu’on avait rangés par familles et groupés autour de la racine, en adoptant l’ordre savant dont Robert et Henri Estienne offraient le modèle dans leurs «Thésaurus Latinæ Linguæ« (1532) et «Thésaurus Græcæ Linguæ« (1572 — 73). Dans la deuxième édition, qui parut en 1718, l’Académie renonce au classement savant et revient à l’ordre alphabétique; quant à l’orthographe, on continue à suivre «l’ancienne manière d’escrire«. La troisième édition (1740), qui a pour principal auteur l’abbé d’Olivet, marque un progrès considérable; il est dit dans la préface: «L’Académie s’est . . . vûe contrainte à faire dans cette nouvelle édition, à son orthographe, plusieurs changements qu’elle n’avoit point jugé à propos d’adopter lorsqu’elle donna l’édition précédente. Nous avons .... supprimé dans plusieurs mots les lettres doubles qui ne se prononcent pas. Nous en avons ôté le b, le d, l’/i et l’s inutiles. Dans les mots où l’s marquoit l’allongement de la syllabe, nous l’avons remplacé par un accent circonflexe . . .« Ainsi l’Académie n’écrit plus aspre, chasteau, advocat, bienfaicteur, sçavant, créa, beuveur, vuide, nopce, celuy-cy, joye, etc., mais âpre, château, avocat, bienfaiteur, savant, cru, buveur, vide, noce, celui-ci, joie. La q u a-

trié m e édition ( 1 7(>2) se distingue principalement par l’addition »d’un très grand nombre de mots qui appartiennent soit à la langue commune, soit aux arts et aux sciences«. On a aussi introduit quelques nouvelles améliorations orthographiques, parmi lesquelles il faut relever la distinction entre l’I voyelle et la consonne .1, et entre la voyelle U èt la consonne V, d’après l’exemple qu’en avait donné la Hollande; au XVIe siècle, cette distinction était déjà pratiquée par Pierre Ramus (§ 49, §91); il ne trouva pas d’imitateurs, mais v et j ont longtemps porté le nom de «lettres ramistes«, en souvenir de leur célèbre patron. La cinquième édition, publiée (1798) en vertu d’une loi de l’an III de la République française et en dehors du concours de l’Académie, n'a jamais été reconnue officiellement. Dans la sixième édition (1835), l’Académie a ajouté beaucoup de nouveaux termes, surtout de sciences et d’arts, et introduit une innovation orthographique importante, la substitution d 'ai h ai partout où ce groupe de lettres (comp. § 159) se prononçait [e]; comme cette sixième édition est devenue le véritable Code de l’orthographe moderne, anglais, paraître, avait, aurait ont, malgré l’opposition opiniâtre de Chateaubriand et de Nodier, définitivement remplacé anglois, paroistre, avoit, auroit. La septième édition (1878) a adopté beaucoup de termes nouveaux, lait disparaître un grand nombre d irrégularités orthographiques, telles que collège, piège, sève, avènement, consonnance, sixain, etc. et supprimé quelques lettres grecques étymologiques; ainsi rhythme a été remplacé par rythme. Elle reproduit en outre les préfaces de toutes les éditions précédentes. Actuellement paraît par fascicules la 8e édition.

Le Dictionnaire de l’Académie est un livre qui a rendu et qui rend encore des services importants dans des domaines très différents. Voici à ce propos quelques lignes d’un article lumineux de G. Paris: «Les définitions du Dictionnaire .... ont fixé pour la première fois le sens de termes importants pour les institutions, le droit public et privé (ou reconnaît 1 interx ention du grand jurisconsulte Domat), le commerce, etc., avec une autorité qui a été reconnue tout de suite, et qui a contribué à donner au français, au moment même où il devenait presque une langue universelle, ce caractère de clarté si hautement apprécié dans les relations internationales; aussi

l’Académie pouvait-elle dire en 1762: »Le Dictionnaire de l’Académie française, dans lequel on n’avait d’abord eu pour objet (pie d’être utile à la nation, est devenu un livre pour l’Europe.« Aujourd’hui encore, ce n’est pas seulement en France que les définitions du Dictionnaire font loi: elles tranchent, dans des controverses diplomatiques, des questions d’interprétation. Files sont une partie très vivante de l’œuvre académique: les gens soucieux de bien écrire y recourent beaucoup plus souvent qu’ils ne consultent la liste même des mots« (Revue des Deux Mondes, 1901, vol. V, p. 252).

Remarque 1. La lre édition du Dictionnaire a été reproduite en fac-similé photographique par l'imprimeur L. Danel, de Lille (1902). A côté de la 2° édition officielle de 1718, il existe une Seconde édition reveue et corrigée, etc., publiée à Amsterdam en 1696 (voir Bibl. de l’École des Chartes, 1888, p. 577 ss. ; 1896, p. 512 ss., et Revue d’histoire littéraire, IV, 317; VII, 684).

Remarque 2. L’Académie ne parvint à publier sa »Grammaire« qu'au dixhuitième siècle. On avait renoncé à y travailler en corps, et le secrétaire perpétuel, l'abbé Régnier-Desmarais, avait été chargé de la composer; son Traité de la grammaire françoise, qui parut en 1706, ne tarda pas à prendre, auprès du public, la même autorité que le Dictionnaire. C'est surtout de cette grammaire que proviennent toutes les règles compliquées et souvent illogiques qui tiennent encore sous le joug la langue écrite. L’Académie vient de publier une Grammaire (très discutée) en 1932.

62. Il est hors de doute que Vaugelas, aussi bien que l’Académie, ont rendu de grands services à la langue française, (pie leur souci exagéré de la noblesse et de l’élégance de l’expression a beaucoup contribué à la purifier et à l’élever. Mais l’excès fatal du nouveau système, c’est qu’on a voulu fixer la langue, et qu’en s’efforçant de lui assurer l’unité idéale, on en a desséché les sources vives. On élagua ainsi (voir la préface du Dictionnaire) tous les «vieux mots« et les mots «nouvellement inventés«, de même «les termes d’emportement et (pii blessent la pudeur«, «les termes des arts et des sciences«, et les «termes techniques« vantés jadis par Ronsard. Au XVIe siècle, on voulait une langue riche et variée; maintenant on la veut noble, digne et sévère. Or, une langue vivante ne s’arrête guère longtemps dans son développement, et ne le fait qu’ au détriment de sa fraîcheur naturelle. Aussi les protestations ne tardent-elles pas à s’élever contre les principes rigoureux des Académiciens. Déjà, en 1650, Ménage lance une

satire spirituelle intitulée «Requête des Dictionnaires à messieurs de l’Académie françoise«, où il proteste contre l’expulsion de beaucoup de mots employés par les vieux auteurs:

A nos seigneurs académiques,

Nos seigneurs les hypercritiques,

Souverains arbitres des mots.

Doctes faiseurs d’avant-propos,

Cardinal -historiographes,

Surintendants des orthographes,

Raffineurs de locutions,

Entrepreneurs de versions,

Peseurs de brèves et de longues,

De voyelles et de diphthongues;

Supplie humblement Calepin,

Avec Nicot, Estienne, Oudin:

Disant que, depuis trente années,

On a, par diverses menées,

Banni des romans, des poulets,

Des lettres douces, des billets.

Des madrigaux, des élégies,

Des sonnets et des comédies,

Ces nobles mots, moult, ains, jaçoit.

Ores, adonc, maint, ainsi soit,

A tant, si que, piteux, icelle,

Trop plus, trop mieux, blandice, isnelle,

Piéça. tollir, illec, ainçois,

Comme étant de mauvais françois.

Les solitaires de Port-Royal défendent également les libertés de”la langue parlée contre les théories étroites des grammairiens. [On [ne distingue pas assez, disait Nicole, les langues vivantes des langues mortes: «Dans celles-ci l’usage ne change plus; aussi le mot qui n’est pas bon selon l’ancien usage ne le peut plus devenir; mais dans les autres, quelque fixées qu’elles semblent être, il est impossible qu’il n’arrive toujours quelque changement dans l’usage. Et ainsi ce qu’on ne trouve pas bon aujourd’hui, parce qu’il n’est pas dans l’usage présent, deviendra bon dans quelque temps, parce que l’usage l’approuvera. Et ainsi rien n’est plus faux que la règle que M. de Vaugelas semble vouloir établir qu’on ne peut faire de nouveaux mots, puisqu’il reconnaît dans ses »Remarques« que quantité de mots qui n’étaient point autrefois en usage y sont devenus depuis. Il est donc avantageux, pour enrichir les langues vivantes, que des personnes judicieuses soient un peu plus har-

dies à se servir de nouveaux mots et de nouvelles phrases. Il y a bonheur et malheur. Les uns passent et d’autres ne passent pas. Mais les gens d’esprit doivent être plus portés à leur être favorables que contraires. C’est ce qui rend les langues belles et abondantes, comme il est arrivé de la grecque. «

63. Les théories hardies du janséniste, vivement attaquées par le Père Bouhours ( Entretiens d’Ariste, 1671), furent soutenues par l’académicien Barbier d’Aucour (Sentiments de Clé anthe sur les Entretiens d’Ariste) et par Ménage ( Observations sur la langue française, 1672), et la lutte des puristes et des néologues, qui fut même portée sur la scène par Boursault ( Les mots à la mode, 1694), se prolongea jusque dans le XVIIIe siècle. On voulait secouer le joug imposé par Vaugelas. La Bruyère, dans des pages éloquentes (De quelques usages), regrette la perte ou la proscription de beaucoup de mots anciens, expressifs et utiles, et en 1714, Fénelon, dans sa Lettre à l’Académie, déplore la pauvreté de la langue française: «Notre langue manque d’un grand nombre de mots et de phrases: il me semble même qu’on l’a gênée et appauvrie, depuis environ cent ans, en voulant la purifier. Il est vrai qu’elle étoit encore un peu informe et trop verbeuse. Mais le vieux langage se fait regretter, quand nous le retrouvons dans Marot, dans Amyot, dans le cardinal d’Ossat, dans les ouvrages les plus enjoués et dans les plus sérieux; il avoit je ne sais quoi de court, de naïf, de hardi, de vif et de passionné. On a retranché, si je ne me trompe, plus de mots qu’on n’en a introduit. D’ailleurs, je voudrois n’en perdre aucun et en acquérir de nouveaux. Je voudrois autoriser tout terme qui nous manque et qui a un son doux, sans danger d’équivoque . . .« Malheureusement le vœu de Fénelon ne fut pas exaucé. Onze ans après la Lettre à l’Académie, l’abbé Desfontaines, dans un ouvrage satirique, le Dictionnaire néologique à l’usage des Beaux- Esprits du siècle (1725), critiquait les mots nouveaux et les métaphores nouvelles créés par les écrivains du commencement du XVIIIe siècle. De même Voltaire blâme les néologismes qui commencent à se faire jour. Il dit dans le Siècle de Louis AT (chap. 43): »On a beaucoup écrit dans ce siècle; on avait du génie dans l’autre. La langue fut portée, sous

Louis XIV, au plus haut point de perfection dans tous les genres, non pas en employant des termes nouveaux, inutiles, mais en se servant avec art de tous les mots nécessaires qui étaient en usage. Il est à craindre aujourd’hui que cette belle langue ne dégénère. « En fait de langue, on n’est pas plus conservateur que Voltaire, surtout dans ses tragédies; dans sa Correspondance et ses poésies légères, son vocabulaire est bien plus riche. L’Académie continuant à rejeter tout néologisme, la langue littéraire s’écarte, forcément, de plus en plus de la langue parlée et finit par s’enfermer dans un cercle très restreint. Avec Rousseau commence l’insurrection contre les théories de Vaugelas et les puristes. Voici quelques lignes qui attestent, dans le domaine de la langue lui aussi, le salutaire esprit de révolte de Jean-Jacques: »Ma première règle, à moi, qui ne me soucie nullement de ce qu’on pensera de mon style, est de me faire entendre. Toutes les fois qu’à l’aide de six solécismes je pourrai m’expliquer plus fortement ou plus clairement, je ne balancerai jamais. Pourvu que je sois bien compris des philosophes, je laisse volontiers les puristes courir après les mots« ( Lettre sur une nouvelle réfutation de son Discours, dans les Œuvres complètes. Genève, 1781. Vol. 13, p. 233). Il apparaît aussi que Voltaire lui-même change d’avis sur ses vieux jours; le 7 mai 1778, trois semaines avant sa mort, il propose à l’Académie de refaire le Dictionnaire; il en faut un nouveau, dit-il, qui comprenne notamment «toutes les expressions pittoresques et énergiques de Montaigne, d’Amyot, de Charron, etc., qu’il est à souhaiter qu’on fasse revivre et dont nos voisins se sont saisis«. Peu à peu, les protestations deviennent plus nombreuses, et, au temps de la Révolution, le néologisme est érigé en système. Pourtant, les principes puristes de Vaugelas et de l’Académie ne seront secoués définitivement que par les poètes du Romantisme (§ 73 ss.).

Remarque. Si les Académiciens furent sévères à l’égard de certains mots, les révolutionnaires ne l'étaient pas moins. Voici, à titre de curiosité, quelques observations de A. Rambaud (Hist. de la civilisation contemporaine en France, p. 182): »Le 26 avril 1794, les administrateurs de police adressèrent aux directeurs de théâtres une circulaire où on leur enjoignait de faire disparaître sur-le-cbamp de toutes leurs pièces de théâtre, soit en vers, soit en prose, les titres de duc, baron, marquis, comte, monsieur, madame, et autres qualifications proscrites, »ces noms de féodalité émanant d’une source trop

impure pour qu’ils souillent plus longtemps la scène française». Dans le »Menteur« de Corneille, on estropie un vers, afin de remplacer la place Royale par la place des Piques. On voudrait supprimer le mot rois dans »Athalie« de Racine. Dans une pièce [de Goldoni] intitulée »Le Bourru bienfaisant», l’acteur, jouant aux échecs, s’écriait: »Échec au roi !« Il lui fut enjoint de dire désormais: »Échec au tyran !« Dans le )>Déserteur« de Sedaine, le déserteur dut porter, au lieu de l’ancien uniforme royal, le nouvel uniforme national. Le Directoire, après le coup d’État de fructidor, revint à ces puérilités et enchérit encore. Dans «Alexis ou l’Erreur d'un bon père« (1798), un personnage avait à donner 24 louis. «Pourquoi, dit un rapport de police, pourquoi cette monnaie, qui rappelle aux royalistes leur idole? L’acteur ne peut-il donner tout simplement une bourse ?« L’amoureux, dans «Léon ou le Château de Montenero«, reçoit défense de s’appeler Louis. Une pièce intitulée »Minuit« est censurée parce qu’on y souhaite la bonne année: c’est un usage aboli par le calendrier républicain. Les titres féodaux ne doivent plus être donnés qu’à des personnages jouant un rôle ridicule ou odieux. On ne fera plus paraître d’Anglais ou d’Anglaises que dans ces mêmes rôles. «

64. Mal gré les protestations des puristes, beaucoup de mots d’emprunt ont été adoptés pendant la période classique. L’influence espagnole (cf. § 45, § 78, 2) surtout a été d’une grande importance pour l’enrichissement du vocabulaire. La traduction du roman d’Amadis (1540 — 1560), qui avait abrégé les heures de la captivité de François Ier à Madrid (1525), fut suivie, vers le commencement du XVIIe siècle, d’un vif engouement pour la langue et la littérature espagnoles. Antonio Perez, ancien secrétaire de Philippe II, dont les curieux Mémoires initièrent les Français aux mœurs castillanes, contribua à préparer ce grand mouvement. On étudiait avec empressement les poésies pastorales de Montemayor et tous les poètes de Vestilo culto, les nouvelles de Cervantes et de Maria de Zayas y Sotomayor, et avant tout le glorieux théâtre de Guillen de Castro, de Calderon, d’Alarcon, de Quevedo et de Tirso de Molina; c’est de ces derniers modèles que s’inspirèrent Hardy, Rotrou, Mairet, Corneille, Searron, Scudéry et Molière. Un roman historique, Les guerres civiles de Grenade, de Cinés Perez de Hita, qui révéla aux Français l’Espagne arabe, a servi de modèle aux romans héroïco-galants de la fin du XVIIe siècle. Aux relations littéraires des deux pays s’ajoutent encore les relations commerciales et politiques; il suffit de rappeler que la femme de Louis XIII et celle de Louis XIV étaient des princesses espagnoles, et que la femme de Charles II était française. Comme preuve curieuse de la prépondérance

de l’espagnol, on peut citer aussi ce que dit Cervantes dans Persiles et Sigismonde: »En Francia ni varon ni mujer déjà de aprender la lengua castellana«. Cette assertion, vraie pour le milieu du siècle, était sans doute exagérée en 1617.

65. Voici quelques listes de mots montrant l’influence espagnole sur le vocabulaire français:

1° Vie populaire, vêtements, etc. — Basquine (b a squina), caban (g a b a n), castagnette (castanet a), chaconne (chacon a), fandango , guitare (guitarra), hombre (hombre), mantille (mantilla), médianoche (media noc.he), paraguante (paragu ante), pavane (pavana), quadrille (cuadrilla, cuartillo), sarabande (zarabanda), sieste (siesta), spadille (espadilla).

2° Termes militaires. — Adjudant (pour ajudant < a y udante), alfange (alfanje), algarade (algarada), capitan, coronel (coronel) pour colonel (§ 43, i), escouade (escuadra), matamore (m a ta m oros).

3° Termes de marine. — Aviso, canot (canoa), écoutille (escotilla), embarcadère (e m b a r ca de r o), embarcation (emb a rca ci on), embargo, felouque (faluca), flottille (flotilla), récif (arrecife, recife).

4° Produits coloniaux, etc. — Anchois (anc.hoa), cacao, cacique, caïman (caiman), calebasse (calabaza), cannibale (c a n i b a 1 ; IV, § 526), chocolat (chocolaté), cigare (c i g a r r o), cochenille (cochenilla), créole (criollo), indigo, jonquille (junquillo), mérinos (merino), nègre (negro), pagne (pano), savane (s a van a), tabac (tabaco), tomate, vanille (v a i n i 1 1 a).

5° Termes divers. — Alcôve (a le o b a), alezan (a la z an), baroque (barrueco, perle de forme irrégulière), canasse ou canastre (canastro), caramel (caramelo), cassolette (cazoleta), cavèce (cabeza), cédille (ce d ilia), désinvolte (desinvuelto), disparate, eldorado (el dora do), grandesse (grandeza), hâbler (hablar), infant (infante), menin (menino), parangon, rossinante (R oc in an te), silo.

Remarque. Plusieurs de ces mots d’emprunt existaient déjà dans la langue sous une autre forme. Voici quelques exemples de ces doublets d’origine

espagnole: aidant — adjudant; capitaine — capitan; chambrée — camarade (§ 45); dame — duègne; enfant — infant; équerre — escadre — escouade; homme — hombre; noir — nègre.

66. Au dix-huitième siècle, les yeux se tournent vers l’Angleterre, que le grand siècle avait profondément ignorée. Ce n’est qu'après la Régence que les Français commencent à s’intéresser à leurs voisins d’Outre-Manehe. Des voyageurs illustres tels que l’abbé Prévost et Montesquieu visitent le pays; Voltaire habite Londres de 1726 à 1729, et l’apparition de l’édition française de ses Lettres philosophiques ou Lettres sur tes Anglais (1734) fut un événement gros de conséquences. Avec un zèle croissant, on se met à apprendre l’anglais et à étudier la littérature et la philosophie anglaises. Les traductions se succèdent, les poésies de Pope, les Satires de Swift, les romans de Richardson et de Fielding, ainsi que les »Nuits« d’E. Young trouvent de nombreux lecteurs et admirateurs à Paris. Les salons parisiens se disputent les visites de Walpole et de Garrick, et, en 1775, Ruault fonde le Journal anglais qui renseigne sur l’histoire, la littérature et la politique de l’Angleterre. Cet »anglicisme« a été mis en lumière d’une manière aussi savante que spirituelle par J. -J. Jusserand. Empruntons à son étude sur Shakespeare en France (Paris, 1898) les considérations suivantes: »Le patois «bourru et vilain« raillé par Saint-Amant était devenu la langue à la mode; tout le monde se piquait de la savoir. Les dames mêmes étaient de la partie; elles traduisaient, discutaient, commentaient; elles devenaient savantes: «Newton sur leurs toilettes a remplacé le Grand Cgrusa. Madame de Pompadour avait un Shakespeare en français, et madame du Barry un en anglais. Louis XVI traduisait l’essai de Walpole sur Richard III. On s’appliquait même à vaincre les difficultés de prononciation d’un idiome qui passe en cela tous les autres . . . Tout se faisait à »l’anglaise« ; on montait à l’anglaise, on boxait à l’anglaise; Ollivier représentait, en un charmant tableau (aujourd’hui au Louvre), un «thé à l’anglaise« chez le Prince de Conti; on passait des «matinées à l’anglaise«, ce qui signifiait sans rien dire ... Il se fit des paris, on but du ponche, on mangea avec délices le rosbif et le pouding, on préféra le vin de Rordeaux au champagne et au bourgogne; on lutta avec les «forts de la halle«, comme

faisaient les y>mytords« dans les rues de Londres. D’aucuns préférèrent même »Shakespeart« à Corneille. Les costumes se modifièrent: on renonça aux habits galonnés, aux «petits chapeaux sous les brascc, aux dentelles. «C'est aujourd’hui un ton parmi la jeunesse, écrit Mercier, de copier l’Angleterre dans son habillement, etc.« (p. 224). Cette anglomanie fut raillée par Boissy; dans sa comédie de la Frivolité, il se moque du Français épris alternativement de l’Angleterre et de l’Italie:

Son transport l’autre jour était l’anglomanie;

Rien sans l'habit anglais ne pouvait réussir;

Au-dessus de Corneille il mettait Shakespir.

Une nouvelle frénésie Aujourd’hui vient de le saisir ;

C’est la fureur des accords d’Italie.

Notons aussi l’Anglomane ou t’Orpheline léguée, comédie en vers libres par Saurin, représentée pour la première fois en 1772.

Malgré la forte influence anglaise sur les lettres et sur les mœurs, on ne peut signaler qu’un nombre relativement restreint de mots d’emprunt anglais. Voici les plus importants:

1 0 Vie publique et privée. — Bill, budget, club, comité (committe e), ( prince) consort (consor t), corporation, excise (excise < néerl. excijs, accijs < vfr. accise), session, gentleman, quaker, quacre ou même coacre (q uake r), raout ou rout (r o u t), toast et toaster (toast), uauxhall (de Devaux et hall).

2° Habillement. — Boukinkan (Buckingham; IV, §512), /lanelte (flannel), redingote (riding coat).

3° Aliments. — Boule-ponche (bowl-punch), ponche ou punch (punch), rhum, rosbif (roastbeef).

4° Jeux et sports. — Bigle (chien de chasse; < beagle), boxer (box), contredanse (country-dance; III, § 468,2), jockey ou jacquet (IV, § 507), partenaire (partner), whist, boulingrin (b o \v ling-gree n).

5° Marine. — Ballast, brick (b ri g), cabine (cabin; cf. S 77), caroncule (carronade), lougre (lugger), paquebot ( p a cket-boa t), quaiche (k e t c h).

6° Maladies — Croup.

7Ü Termes abstraits. — Romantique (cf. § 2, Rem.), sentimental, spleen.

67. On empruntait aussi des mots aux autres langues européennes: le développement des arts, des sciences, dès idées et du commerce réclamait des vocables nouveaux. Il faut surtout signaler l’italien qui, pénétrant une seconde lois en France, lui fournit surtout des termes de musique. Les emprunts aux autres langues étrangères sont moins importants.

1° Mots italiens (cf. S 43, S 7<S,i). — Adagio, arpège, bagne (ha g no), bandit, barcarolle, bouffe (bu If a), cambiste (cambista), camée (cameo), composteur , concetti, confessionnal, espolette (spoletta), esquisse (schizzo), estafette (stafetta), estrapasser (strapazzare), étoupin (stoppino), farniente, filigrane (filigrana), fugue (fuga), gamelle, gratieule, idylle, imbroglio, intrigant, lagune, lésine, loterie, mandoline (m a n d o- 1 i n o), manège, marasquin (m a r a s c h i n o), pastel (p a s t e 1 1 o), régate, solfège, sonate, sourdeline , sourdine, ténor, transit, voiturin, etc.

Remarque. Bandit est un doublet de banni. Concetti remplace concept (voir H. Estienne, Deux Dialogues, etc., I, 56). Loterie déplut à Vaugelas, qui s’y opposa jusqu’à sa mort; il appela sa propre loterie mangue (voir Remarques, I, p. X). Voiturin est tiré de v et tu ri no, sous l’influence de voiture.

2° Mots allemands (cf. SS 7, 20, 46, 7<S,s). — Amman (a m lmann), ammeistre (amtmeister), bivouac (bîwache), bocambre (pochhammer), choucroute (bas ail. sûrkrût), cible (schîbe), cobalt (kobalt), feldspath, grivois (IV, S 172), landsturm, tandwehr, loustic (1 u s t i g), obus (b a u b i t z e), quartz, rocambote (rockenbolle ), schtague, spalt, tungstène (t u n gs t e i n ), vaguemestre ( w a g e n m e i s t e r ) , vasistas (w a s i s t d a s ).

3° Mots hollandais (cf. S 46, 2). — Bélandre (bijlander), birambrot (hier en brood), bomerie (bodemerij), brandevin (b r a n d w i j n), cambuse (* k o m b u i s), colza (k o o I z a a d), coq (kok, emprunté au lat. coquus), hallope (hal-op), marprime (ma rlp rient), pinque (pink), risban (rijsbank).

4" Mots portugais. — Acajou, autodafé (n u lo da l e), bayadère (b a i 1 a d e i r a), bézoard (b e z u a r), caste (cas ta), coco, fétiche (feitiço < fa et ici us), mandarin (mandarim), palanquin (palanquim), pintade (pintada), travade (Ira va do).

5° Mots slaves (cf. § 78,4). — Calèche, casaque et le doublet cosaque, cravache, cravate, czar (tsar), droschki, knout, vampire, Ces mots sont, pour la plupart, des emprunts slaves indirects; ils ont d’abord passé par l’allemand (k a 1 e s c h e, karbatsche, wampyr), ou l’italien (casa ce a). Shako vient du hongrois.

6° Mots orientaux (cf. § 20, § 78, r). — Bambou, banane, bazar. beij, café, faquir, kaolin, kiosque, ottomane, pagode, salep, sapajou, sopha, tafia, talc, vizir, etc.

68. Au XVIe siècle, les grammairiens et les poètes recommandaient expressément de faire des emprunts aux dialectes (§ 31). Montaigne aussi, avec son bon sens ordinaire, avait dit: »C’est aux paroles à servir et à suivre; et que le gascon y arrive, si le françois n’y peut aller« ( Essais , I, 25). Au XVIIe siècle, tout change: les sévères puristes protestent vivement contre «la contagion des dialectes«, et contribuent ainsi à créer l’unité définitive du français. La lutte contre les dialectes (ou patois) est surtout soutenue par Malherbe (§ 52, g), Vaugelas (§ 58) et Balzac (§ 54); à ce dernier, tout est suspect de »gasconisme« ; sur chaque mot d’un provincial, il consulte l’oreille d’un Parisien, et »peu s’en faut que la Touraine, si proche de Paris, ne lui en paraisse aussi éloignée que le Rouergue«. Mlle de Gournav elle-même (§ 53), l’adversaire déclarée de Malherbe, parle sur la question des dialectes comme un disciple de Vaugelas: «Nous autres purs François devons destordre et redresser, non pas suivre les barragouins ... Le nœud de la question, en cela, pour des gens considérez, gist seulement à sçavoir si ces dictions se prononcent uniformément, non pas en Picardie, en Vendosmois, en Auvergne, en Anjou, mais à Paris et à la Cour, c’est-à-dire en France; pour ce que un escrivain ne doit pas estre le poète angevin, auvergnac, vendosmois ou picard, ouy bien le poète français. « On constate pourtant l’adoption d’un certain nombre de mots patois.

Ce sont des termes concernant la vie populaire, surtout des provinces méridionales: gavotle, galoubet, espadrille, charade, brandade, gimblette, nougat; des noms spéciaux d’animaux, de plantes, etc.: bécharu, bèque-bois, crevette, ortolan, aubergine, cloque; des termes de marine et de pêche: capéer, chavirer, sancir, cargaison, ressac, remous, gabari(t), battude; des termes

d’industrie: chai (Bordeaux), dame-jeanne (§ 530), grisou (wallon), hereher; enfin des mots divers: capiscol , reluquer, veule; certains provençaux (cabrer, pecque, soubrette); d’autres flamands (bastringue) ou gascons (escampativos). Sont normands calumet, bercail (remplace bergeail), flaque, et peut-être caler, carguer, galerne. Avalanche , chalet, crétin (IV, § 397) sont suisses. Il faut enfin rappeler qu’au temps de la Révolution on poursuit les patois pour des raisons politiques. En 1793, l’abbé Grégoire rédige un »Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois, et d’universaliser l’usage de la langue française« (Adresse de la Convention Nationale au Peuple français, du 16 prairial an II). Il faut, dit-il, «bannir les jargons, derniers lambeaux de la féodalité et monuments de l’eselavage«. L’Assemblée adopta les conclusions de l’abbé, mais elles ne reçurent aucune sanction.

Remarque 1. — Dans la littérature, les patois se rencontrent rarement (comp. Boileau, Art poétique, II, v. 18 ss.); seuls les auteurs de comédies s'en servent pour ridiculiser les campagnards (comp. § 25, Rem.). Cyrano de Bergerac introduit sur la scène un paysan à qui il fait parler le langage de son village (Le Pédant joué. 1654); son exemple a été suivi par Molière (Don Juan. 1665) et par Marivaux (Le Triomphe de l'amour. 1732). Rappelons aussi que La Fontaine cite un dicton picard dans une de ses fables (livre IV, n° 16). Si A. d’Aubigné fait parler gascon au baron de Foeneste dans le roman du même nom (1617), c'est que les nobles gascons ont conservé fort longtemps leur parler dialectal; comp. l’historiette bien connue de Tallemant des Réaux qui prête à la maréchale de La Force ces paroles: «Monsou, donnas de la sibade à la caballe«.

Remarque 2. — Le langage poissard, employé dans des pamphlets de circonstance, depuis les Mazarinades jusqu'aux «Lettres bougrement patriotiques du véritable Père Duchesne«, entre dans la littérature par la Pipe cassée, poème épi-tragi-poissardi-héroï-comique de Vadé.

69. I ^es grammairiens, nous l’avons vu, avaient beau défendre de faire des emprunts aux langues étrangères et aux patois; on adoptait, sauf dans les ouvrages de style soutenu, tous les termes étrangers dont on avait besoin, et, de même, on créait des mots nouveaux, malgré l’interdiction formelle de Vaugelas (§ 59, § 62). Déjà Malherbe avait hasardé des néologismes, tels que eselavitude, fleuraison, insidieux, officiosité, sécurité, et l’on n’a pas manqué, dans la période classique, de suivre son exemple. C’est ainsi qu’on créait amusable, ar-

chaïsme (Ménage), bavardiner (Mme de Sévigné), bienfaisance (abbé de St.-Pierre), bouts-rimés (Dulot), civilisation, désagrément, emportement, encanailler, étourderie, exactitude (»c’est un mot (|ue j’av veu naistre comme un monstre«; Vaugelas, I, 377), farniente (Mme de Sévigné), folliculaire (Voltaire), frivolité, grossièreté , immanquable , impasse (Voltaire), impolitesse, incognito. insidieux, inspectateur (Molière, Fâcheux, III, sc. 2), insulter, mètre, obscénité (Molière, Critique, sc. III), offenseur (noté par l’Ac. comme mot nouveau dans le Cid, I, sc. <3; existe dès le XIV1' siècle), perfectibilité, philosophisme (Arnauld), prosateur (Ménage), respectable, sagacité, transfuge, turbulence, etc. Beaucoup de néologismes plaisants se trouvent dans les poètes comiques. Scarron crée encomédienner (Rom. coin.) et s’emmarquiser (Japhet d’Arménie, III, sc. 4); Molière invente codifier (Sganarelle, sc. 16), entripaillé (lmp. de Versailles, sc. 1), se dessuisser (Étourdi, V, sc. 5), tartuffier (Tartuffe, II, sc. 2), dés-amphitryonner (Amphitryon, III, sc. 7), déssosier (ib.).

70. Après avoir examiné les changements que subit le vocabulaire de la période classique, disons un mot de ceux que subit la phonétique. La prononciation [we] de oi (§ 158) tombe peu à peu en désuétude; dans un certain nombre de mots, ainsi qu’à l’imparfait et au conditionnel, c’est [e] (§ 159) qui l’emporte; dans d’autres mots, [we] lutte avec [wa] (§ 160), prononciation vulgaire, qui gagne lentement la bourgeoisie de Paris et finit par triompher avec la Révolution. La diphtongue eau [ao] dans beau se contracte en [o] (§ 239, 4). Les voyelles nasales se dénasalisent devant une consonne nasale: femme [fàma] > femme [fam]; donné [done] > donné [donc], etc. (§211). L’e féminin ne se fait plus entendre dans la conversation qu’après les groupes de consonnes qui exigent une voyelle d’appui (§ 253). Pour les consonnes il faut remarquer les modifications suivantes: la fricative laryngale [h] s’amuït (§ 486); la roulée apicale [r] change d’articulation et devient uvulaire (§ 356); le / mouillé [\] s’affaiblit en [j] dans le parler vulgaire (§351); les consonnes finales s’amuïssent devant une pause, et, comme elles avaient déjà disparu devant une consonne, elles ne se maintiennent que devant les voyelles, dans les cas de liaison (§ 315).

71. Pendant la période classique, où la civilisation française est, pour toute l’Europe, la civilisation, et où Paris est la capitale de l’intelligence, le prestige de la langue est universellement établi. Dans son manuel El hombre practico (Bruxelles, 1680), I). Francisco Gutierrez de Los Rios remarque: «Quant au français, il convient de le savoir »en perfeetion«, tant à, cause des livres excellents écrits dans cet idiome que parce qu'il se trouverait difficilement une capitale de monarchie ou de république où le français ne se parlât, sinon mieux, au moins aussi bien que la langue indigène. « Pour l’Allemagne, Moses Mendelssohn remarque en 1762 que le français «avait été sur le point de devenir la langue maternelle des Berlinoise En Angleterre, Gibbon fait son début dans les lettres par un Essai sur l’étude de la Littérature qu’il rédige en français (1762); au Danemark, il faut la verve satirique d’un Holberg pour enrayer les excès de la gallomanie, etc. Grimarest, le biographe de Molière, n’exagère rien quand il dit: «La langue Françoise est aujourd’hui de tous les Pays et de toutes les Cours étrangères»; et il ajoute sagement: «L’on ne sauroit se donner trop de soin pour la perfectionner, de manière qu’elle soit toujours préférée, comme la plus propre pour s’exprimer naturellement.» Toutes les belles qualités qui distinguent la langue du grand siècle (§ 51) étaient si généralement reconnues, qu’en 1784 une Académie étrangère, celle de Berlin, mit au concours les trois questions suivantes: »Qu’esl-ce qui a rendu la langue française universelle?» «Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative?» «Est-il à présumer qu’elle la conserve?« Rivarol répondit à ces questions par son Discours sur l'universalité de la langue française, qui remporta le prix. Il formulait ainsi sa thèse: «La langue française est de toutes les langues la seule qui ait la probité attachée à son génie. Sûre, sociable, raisonnable, ce n’est plus la langue française, c’est la langue humaine. « En effet, la langue française jouit aux XVIIe et XVIIIe siècles de l’universalité dont jouissait au moyen âge le latin. «Elle l’a remplacé, dit A. Rambaud, comme langue de la diplomatie, des cours, de la philosophie, des sciences, de la société, au point que les aristocraties européennes en oublient leur langue nationale. Quelques-unes des belles œuvres des sages étrangers, comme la Théodicée de Leibnitz, beaucoup des mémoires scientifiques des Académies de Prusse,

Kr. Nyrop: Grammaire. I

d’Italie, de Russie, sont rédigés en français. La langue la plus familière à Frédéric II, ce n'est pas l’allemand; à Catherine II, ce n'est pas le russe; au roi Stanislas Poniatowski, ce n’est pas le polonais; à Gustave III, ce n’est pas le suédois. Presque toutes les œuvres du roi de Prusse, ses poésies, qu’a coi’rigées Voltaire, sa correspondance politique et littéraire, ses dialogues, où il a mis malignement en parallèle Louis XV et Salomon, ses précieux mémoires sur l’histoire de ses ancêtres et sur son propre règne, sont rédigés en un français élégant et précis. C’est la langue (pie la jeunesse apprend dans les collèges de tous les pays, immédiatement après la langue maternelle et parfois de préférence aux langues classiques. Surtout elle est la langue de la raison, cette maîtresse des temps nouveaux, une sorte de langue sacrée pour les libéraux de tous pays, comme l’arabe l’est encore pour tous les sectateurs du Koran.«

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