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LA PÉRIODE MODERNE

72. Dans la période moderne, qui embrasse le dix-neuvième et le commencement du vingtième siècle, le joug des principes grammaticaux du XVIIe siècle est définitivement secoué, et le développement de la langue littéraire, devenu plus libre, devient en même temps plus riche et plus vivant. Le cadre trop étroit de la langue classique est brisé, l’autorité de la tradition disparaît, et l’Académie ne décide plus que dans les questions d’orthographe. Les droits de l’individu sur la langue sont généralement reconnus, et chaque lettré s’ingénie à la sculpter, à la ciseler à sa manière et selon son goût. Comme par un retour au passé, le français de nos jours a la puissance et l’exubérance, mais aussi l’incohérence de celui du XVIe siècle: l’unité de la période classique n’existe plus. La langue parlée envahit la langue écrite, l’horreur du mot propre (§ 56) disparaît, il n’y a plus de distinction entre les vocables nobles et non nobles, et les néologismes abondent: on a recours non seulement aux langues étrangères (§§ 76—78), mais aux patois (§ 79 — 80), à l’argot (§ 81), au langage technique (§ 82), et l’on reprend des mots archaïques à la littérature du moyen âge et de la Renaissance (§ 83). Cette langue nouvelle est «libre, vivante, colorée, variée comme le monde même«.

73. Avec la Révolution disparaît l’ancien régime social et politique; mais l’autorité de Vaugelas et de l’Académie était restée debout, inébranlée et inébranlable, malgré les quelques contradictions qu’elle avait provoquées (§§ 59, 62, 63). Dans son Journal de la langue française, Domergue remarque sen-

tencieusement: «Hé! messieurs, félicitons-nous de ne plus vivre sous le gouvernement de Louis XIV et de Louis XV, mais parlons toujours la langue des immortels écrivains qui ont fait la gloire de leur règne !« La libération de la littérature et de la langue était réservée à la jeune école des romantiques, qui arrivent à transformer l'ancienne esthétique en ouvrant de nouvelles routes; dans leurs œuvres originales et hardies, qui supplantent les anciens genres littéraires, croît une langue essentiellement différente du français classique. L’horreur du mot propre (§ 56), jugé indigne du style soutenu, avait été portée à l’extrême: l’abstraction envahissait le langage poétique et lui enlevait tout relief, tout caractère. Les poètes se livraient aux tours de force les plus extravagants pour ne pas nommer le cheval, l’âne, la vache, le chien, etc.

Le poète de Belloy, dans sa tragédie du Siège de Calais (1765), pour dire que les assiégés ont été réduits à manger du chien, s’exprime ainsi:

Le plus vil aliment, rebut de la misère,

Mais, aux derniers abois, ressource horrible et chère,

De la fidélité respectable soutien.

Manque à l’or prodigué du riche citoyen.

Chênedollé, dans une de ses Fables, chante »les mortels qu’ont noircis les soleils de Guinée«, et évite ainsi le mot nègres.

Mercier, dans Les Tombeaux de Vérone, n’ose dire «Minuit sonne«; il dit: «L’airain frémissant a sonné la douzième heure«. Dans son adaptation d'Othello, Ducis raconte comment la trahison de Pézare (Jago) est découverte par les agents de police:

Ces mortels dont l’État gage la vigilance Ont de tous ses projets acquis la connaissance.

Pour reproduire la parole d’Henri IV sur «la poule au pot le dimanche«, Legouvé s’est cru obligé d’écrire:

Je veux enfin qu'au jour marqué pour le repos L’hôte laborieux des modestes hameaux Sur sa table moins humble ait, par ma bienfaisance, Quelques-uns de ces mets réservés à l’aisance.

Voici quelques observations de G. Pellissier sur le rôle qu’a joué alors la peur du mot propre dans la littérature: »Rivarol, quoiqu’un des premiers à sentir la nécessité d’une rénovation, regrette que Voltaire, dans sa satire du «Pauvre Diable«, ait nommé le cordonnier ; un traducteur de Pindare, n’osant prononcer le mot coq, qui «suffirait à gâter la plus belle ode du monde«, se tire d’affaire en parlant de cet «oiseau domestique dont le chant annonce le jour, et qui n’a que son pailler pour théâtre de ses exploits«. Encore sous la Restauration, c’est une témérité que d’introduire dans un alexandrin certains noms, les plus illustres de notre histoire: une tragédie dont l’héroïne est Jeanne d’Arc, l’appelle la bergère, puis la guerrière, enfin la captive, mais n’ose pas une seule fois l’appeler Jeanne. L’auteur de Marie Stuart (1820), Lebrun, ayant à faire entrer dans une touchante scène de cette pièce le terrible mot de mouchoir, avait dit:

Prends ce don, ce mouchoir, ce gage de tendresse,

Que pour toi de ses mains a brodé ta maîtresse.

Les précautions dont usait le poète en bardant le vocable incongru d’une double cuirasse de périphrases, ne lui servirent à rien; ce mouchoir, tout brodé qu’il était, voire par la main d’une reine, épouvanta ceux qui assistèrent à la lecture de la pièce. «Ils me supplièrent à mains jointes, dit Lebrun, de changer des termes si dangereux et qui ne pouvaient manquer de faire rire toute la salle à l’instant le plus pathétique. J’écrivis ce tissu. « On sait quel tumulte souleva A. de Vigny lorsque, neuf ans après (1829), il eut le courage de lancer au parterre le terme même que l’auteur de Marie Stuart s’était résigné à effacer. En 1825, à la première représentation du Cid d’Andalousie, le mot chambre excita les murmures de la salle, et le Globe fut obligé de rappeler le vers de Racine ( Athcdie , v. 244):

De princes égorgés la chambre était remplie.

74. Enfin Victor Hugo vint affranchir la langue littéraire de ces préjugés ridicules et nuisibles; il fait la guerre à la périphrase, en remplaçant l’abstraction par l’image pittoresque, il proclame l’égalité des mots et met «au vieux dictionnaire

un bonnet rouge«. Voici les vers éloquents où il se proclame lui-même réformateur de la langue:

Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes ;

Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,

Les Méropes, ayant le décorum pour loi,

Et montant à Versaille aux carrosses du roi;

Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,

Habitant les patois, quelques-uns aux galères Dans l’argot ; dévoués à tous les genres bas,

Déchirés en haillons dans les halles; sans bas,

Sans perruque; créés pour la prose et la farce;

Populace du style au fond de l’ombre éparse ....

Alors, brigand, je vins, je m’écriai: «Pourquoi Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière?

Et sur l’Académie, aïeule et douairière,

Cachant sous ses jupons les tropes effarés,

Et sur les bataillons d’alexandrins carrés,

Je fis souffler un vent révolutionnaire.

Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.

Plus de mot sénateur! plus de mot roturier!

Je fis une tempête au fond de l’encrier ....

... .je montai sur la borne Aristote,

Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.

Je nommai le cochon par son nom; pourquoi pas? . . .

J’ôtai du cou du chien stupéfait son collier D’épithètes; dans l’herbe, à l’ombre du hallier,

Je fis fraterniser la vache et la génisse,

L’une étant Margoton et l’autre Bérénice.

Alors, l’ode, embrassant Rabelais, s’enivra;

Sur le sommet du Pinde on dansait Ça ira;

Les neuf Muses, seins nus, chantaient la Carmagnole . . .

On entendit un roi dire: «Quelle heure est-il ?c<

Je massacrai l’albâtre, et la neige, et l’ivoire,

Je retirai le jais de la prunelle noire,

Et j’osai dire au bras: «Sois blanc, tout simplement.» . . .

J’ai dit à la narine: «Eh mais! tu n’es qu’un nez!«

J’ai dit au long fruit d’or: «Mais tu n’es qu’une poire!»

J’ai dit à Vaugelas: «Tu n’es qu’une mâchoire!«

J’ai dit aux mots: «Soyez république!» ....

(Les Contemplations, I, n° 7.)

Le Romantisme est la victoire de la jeunesse, la libération de l’art et la rénovation du style, du rythme et du vocabulaire. «Les romantiques retrouvent, — nous citons de nouveau les belles études de G. Pellissier, — ces idiotismes pittoresques.

ces façons de dire singulières et brusques, ces tours expressifs modelés sur la sensation immédiate, toutes ces locutions originales et imprévues, dont l’irrégularité choquait l’esprit classique, amoureux avant tout d’ordre et de symétrie, dont l’ingénuité même, la saveur relevée ou la familiarité vive et forte offensaient ses délicatesses renchéries.« L’horreur du mot trivial n’existe plus. Ainsi Victor Hugo ne recule pas devant pou et concubine. A. de Musset emploie catin et prostituée; Baudelaire veule et brûle-gueule ; P. Verlaine gouge, etc.

Remarque. II est curieux de constater que Victor Hugo, tout grand réformateur de la langue qu’il était, a créé peu de néologismes; on lui attribue bergerade, moustachu, barbe sanglière, trognonner, lettrer le peuple, quelques mots en -ement (III, § 211) et un grand nombre de composés par apposition (III, § 559, § 641).

75. On avait fait éclater les barrières anciennes du lexique, et le néologisme envahit la langue. Toutes les idées nouvelles, qui ont eu droit de cité dans le monde par la Révolution, et tous les objets nouveaux mis en circulation par le développement de l’industrie et de la technique, demandent impérieusement des mots nouveaux. Tout le monde se met à en créer, et personne ne proteste; au contraire, on encourage les néologues. »J’ai autrefois, dit Brillat-Savarin, entendu à l’Institut un discours fort gracieux sur le danger du néologisme et sur la nécessité de s’en tenir à notre langue telle qu’elle a été fixée par les auteurs du bon siècle. Comme chimiste, je passai cette œuvre à la cornue; il n’en resta que ceci: nous avons si bien fait qu’il n’y a pas moyen de mieux faire ni de faire autrement. Or, j’ai vécu assez pour savoir que chaque génération en dit autant, et que la génération suivante ne manque jamais de s’en moquer. D’ailleurs, comment les mots ne changeraient-ils pas, quand les mœurs et les idées éprouvent des modifications continuelles? Si nous faisons les mêmes choses que les anciens, nous ne les faisons pas de la même manière, et il est des pages entières dans quelques livres français qu’on ne pourrait traduire ni en latin, ni en grec.«

Pourtant M. Viennet protesta contre les attentats des néologues dans la fameuse Épître à Boileau, lue, le 14 août 1855, en séance solennelle de l’Institut:

Il faut des noms nouveaux à ces nouveaux artistes:

Ils se nomment entre eux bohèmes, fantaisistes.

Ils ont, pour se louer, des termes inconnus

Que la tour de Rabel n’a pas même entendus ....

Chacun fait son argot, sa grammaire nouvelle,

Chacun peut à son gré, sans crainte d’un revers, Dégingander sa prose et déhancher ses vers, Barbariser son style, empenner son génie Et, comme ses lecteurs, flouer la prosodie:

Des critiques charmés viendront, le lendemain, Vanter de ses écrits le lyrisme et l’entrain ....

Je maudis ces auteurs dont le vocabulaire Nous encombre de mots dont nous n’avons que faire; Qui sur de vains succès basant un fol orgueil,

D’un œil ambitieux fixent notre fauteuil;

Qui, pour utiliser leur frivole existence,

Des corrupteurs du goût activent la licence,

Formulent leur pensée en style de Purgon;

Ou qui, gardant au cœur la foi de Saint-Simon, S’indignant que la femme à l'homme soit soumise, Demandent que l’État la dèsubalternise ....

On n’entend que des mots à déchirer le fer:

Le railwag, le tunnel, le batlust, le tender,

Express, trucks et wagons; une bouche française Semble broyer du verre ou mâcher de la braise . . .

Faut-il, pour cimenter un merveilleux accord, Changer l'arène en turf et le plaisir en sport f Demander à des clubs l’aimable causerie?

Flétrir du nom de grooms nos valets d’écurie,

Traiter nos cavaliers de gentlemen-riders?

Et de Racine enfin parodiant les vers,

Montrer, au lieu de Phèdre, une lionne anglaise Qui, dans un handicap ou dans un steeple-ehase,

Suit de l’œil un wagon de sportsmen escorté Et fuyant sur le turf par un truck emporté?

76. C’est incontestablement l’Angleterre qui a fourni, et fournit encore, le plus grand nombre de mots d’emprunt au français moderne. Par sa puissance politique, par l’importance de son commerce et de sou industrie, par ses institutions libérales et par son sport, la Grande-Bretagne a exercé sur le reste de l’Europe une influence très considérable, dont la langue française subit le contre-coup. Le débordement de l’anglais dans le français n’est pas sans avoir provoqué des protes-

tâtions plus ou moins énergiques. C’est Béranger qui commence:

Redoutons l’anglomanie,

Elle a déjà gâté tout.

(Le bon Français.)

et il se moque des Anglais dans Les Boxeurs (ou l’Anglomane). Le brave Van Buck d'il ne faut jurer de rien convient ouvertement de son aversion pour les mots d'outre-Manche ; il a eu un très grand nombre de partisans, dont plusieurs ont publié des brochures et des articles indignés contre l’invasion anglaise. On a pu signaler des absurdités et corriger des abus, mais on n’est pas arrivé à arrêter un mouvement au fond légitime et naturel. Voici quelques exemples de mots d’emprunt anglais (sur leur prononciation, voir § 116):

1° Carrosserie et chemins de fer. — Boghei ( buggy), break, eab (cab < fr. cabriolet), dog-cart, express, four in hands, gig, mailcoach, rail, sleeping-car, tender, tilbury, tramway, truck, Victoria, wagon.

2° Commerce. — Actuaire, banknote, box, chèque (check), dock, stock, warrant.

3° Courses, jeux, sports. — Bicycle, bookmaker, bouledogue (bulldog), bridge, chelem (sla m), clown, cob, cricket, derby, film, foot-ball, handicap, hanter, jockey, lawn-tennis, match, music-hall, raid, record, revolver, rifle, ring, rob ou robre (r u b b e r), singleton, sport, sportsman, starter, talky , touriste, turf, tattersall. Rappelons aussi: Automobile-Club, Sporting-Club, Touring- Club, etc.

4° Cuisine et nourriture. — Bar, bifteck (beefsteak), bol (bowl), cocktail, grill-room, gin, grog, lunch, mess, pale-ale, pannequet (pan cake), pudding, sandwich (IV, § 518), sherry, soda, whisky.

5° Habits et étofFes. — Châle (s h a w 1), cheviote (c h e v i o t), gainsborough, jersey, jute, lasting, macfarlane, mackintosh, pullover, smoking, spencer, sweater, ulster, waterproof.

6° Industrie et termes pratiques. — Coke, cold-cream, celluloïd, compost, confort, drain, gutta-percha, lavatory, macadam, puff, shampooing, square, stock, ticket, truck, tub, tunnel, watercloset.

7 0 Journalisme, politique, droit. — Blackbouler (b lackba 1 1 + fir. boule), interview, jury, leader , lock-out, meeting, reporter, speaker, verdict.

8° Marine et armée. — Cruiser, destroyer, dock, mess, racer, schooner, steamer, stopper, tank, yacht.

Remarque. Jules Verne a abusé de termes de marine anglais; on trouve dans ses romans anchor-boat, engine-screw, fore-gigger, main-mast, etc.

9° Vie sociale. — Clubman, cottage, dandy, fashion, festival, fwe-o’clock, flirt, garden-party, gentleman, groom, hall, highlife, home, keepsake, palace, scottish, select, snob, speech.

10° Sciences physiques. — Colloïde, électron, induction, ion, osmium, palladium, etc. Il s’agit de mots introduits dans le langage scientifique par des savants anglais au cours du XIXe siècle.

11° Termes divers. — Baby (doublet de bébé), détective, pick-pocket (comp. Il3, §414,2), policeman, scalper, sinécure, truisme, turnep.

12° Les mots anglais adoptés donnent à leur tour naissance à des dérivés français. Exemples: bicyclette, chéquard, flirteuse, highlifeur, interviewer, snobisme, snobesse, snoberie, sportesque, sportier, sportif, strug(gle)forlifeur, etc.

Remarque. Le mot anglais représente souvent un vrai enrichissement du vocabulaire; il suffit de citer bébé, chèque, drainer, flirter, jury, sport, etc. Dans quelques cas, le mot emprunté a fait double emploi avec un mot indigène, et la conséquence, c’est que celui-ci est tombé en désuétude; ainsi tender a fait disparaître l’ancienne expression allège, et le reporter a tué le nouvelliste de Montesquieu. Dans ces cas, le profit est moins évident. Mais, très souvent, le seul désir d’angliciser, — ce qui, dans un certain monde, est regardé aujourd’hui plus que jamais comme une élégance, — amène des expressions tout à fait superflues. Il n’y a en effet aucune différence entre smoking-room, qui s’étale dans les hôtels, et fumoir. Et pourquoi employer sleeping-car, quand on peut former voiture-lit et qu’on dit wagon-lit ? La lutte contre l’invasion des mots anglais a suscité plusieurs nouveaux composés et dérivés; c’est pour supplanter folkloriste qu’on a créé traditionniste.

77. Plusieurs des mots d’emprunt anglais ne sont autre chose que de vieux mots français, qui ont passé le détroit surtout au moyen âge (§ 24,i), et qui sont revenus du pays d’Outre- Manclie, sous une forme anglicisée et avec un sens modifié. Voici quelques exemples de ces doublets curieux: Vfr. bougette

> angl. budget > budget. Cabane > angl. cabin > cabine. Vfr. compost (compôt) > angl. compost > compost. Vfr. connestable (connétable) > angl. constable > constable. Vfr. desport y angl. disport, abrégé en sport y sport. Entrevue > angl. interview > interview. Vfr. esquerre (équerre) y angl. square > square. Vfr. estiquette (étiquette) > angl. ticket > ticket. Vfr. estofe y angl. stuff > stoff. Vfr. estoper (étouper) y angl. stop

> stopper. Exprès y angl. express > express. Eaçon y angl. fashion > fashion. Vfr. gros grain y angl. gro grain > gourgouran. Vfr. humour (humeur) y angl. humour > humour (III, § 699). Vfr. jurée y angl. jury y jury. Vfr. mes (mets) y angl. mess*> mess. Rapporteur y angl. reporter > reporter. Vfr. route (troupe) > angl. rout > rout ou raout. Vfr. tonnel (tonneau) y angl. tunnel > tunnel. Vfr. veir dit y angl. verdict > verdict.

Remarque. Dans quelques cas, le mot français change de sens sans changer de forme, sous l’influence du mot anglais correspondant; c’est ainsi que ad d res s, planter, reclaim, train ont notablement élargi la signification de adresse, planteur, réclame, entraîner ; voir IV, § 467.

78. Plusieurs autres langues ont aussi contribué, mais dans une bien moindre mesure que l'anglais, à l’enrichissement du vocabulaire français moderne.

1 0 Mots italiens (cf. § 67, 1). — Aquarelle, bertavelle, bombardon, bravo (assassin), brio, canevette, carbonaro, crescendo, désinvolture, dilettante, dispache, fantasia, fantoche, fioriture, franco, imprésario, lazarone (II2, § 354), libretto, maestro, makis ou maquis, malaria, morbidesse, trémolo, villégiature.

2° Mots espagnols (cf. § 64, § 65). — Brasero, cabouille (cab u y a), guano, guérilla, intransigeant (intransigente), platine, pronunciamento; sont à noter aussi des noms de cigares, comme puros, médianitos, etc.

3° Mots allemands (cf. § 67, a). — Bichof, bitter, blague, blockhaus (doublet de blocus, §46,«), bock (abrégé de b o c k b i e r), g uelte (geld), képi (ail. dial, kâppi, dim. de kappe, bonnet), kirsch, landau (IV, § 531), motif (IV, § 468) et leitmotiv, quenelle (k n ôdel), sabretache, social-démocratie, etc. De l’allemand viennent aussi des expressions philosophiques telles que objectif, subjectif, transcendantal, non-moi, sur-homme : cf. III, § 480. Au lieu de syntaxique, on commence à dire syntactique sous

l’influence de s y nta ktisch. La guerre mondiale a introduit ersatz. A l’argot appartiennent chouflique, choumaque (savetier), frichti (régal).

4° Mots slaves (cf. § 67,5). — Baba, briska, isba, kopeck, mazurka, moujik, polka, pope, rouble, samovar, steppe, télègue, touloupe, troïka, verste, etc., et tout récemment bolchevik, soviet et leurs dérivés.

5° Mots Scandinaves (cf. § 13). Fjord, rutabaga, saga, ski: skielke (Larousse) est une altération de kielke.

0° Mots orientaux (cf. § 67,«). — Un certain nombre de mots arabes ou berbères sont dus surtout à la conquête de l’Algérie: fez, goule, goum, gourbi, mazagran (IV, § 531), oued, razzia (£ 116, 2), smalah, spahi, turco, zouave (ou zouzou), etc. Bled, cagna, chaouch, kasbah, toubib, d’introduction plus récente, sont venus des troupes coloniales ou africaines.

79. Les patois, qu’on avait dédaigneusement repoussés dans la période précédente (§ 68), prennent maintenant leur revanche. Beaucoup d’écrivains traitent des sujets rustiques ou provinciaux, et le souci de la couleur locale, le goût du pittoresque, comme le besoin de «faire vrai«, amènent un large emploi d’expressions et de locutions provinciales, surtout dans les romans de terroir. George Sand a fait passer des mots berrichons dans plusieurs de ses romans, et J. Richepin a »picardisé« dans le Cadet. »C’est avec une ivresse de faune philologique, dit Anatole France (Le Temps, 2 févr. 1890), qu’il se roule dans l’herbe grasse et les fleurs sauvages du parler picard. 11 s’en donne à cœur joie. C’est une orgie. Il n’est affaire que de ramoter, pousseter, trucher, remugler, esbroucher et surquer. Et que de noms d’une gueuserie pittoresque, tels (pie ginglette, jacasse, niquedaule, hurlubier, etc.! Tout cela est savoureux. « On trouve le lorrain dans les récits de Theuriet, le normand dans les romans de Flaubert et les nouvelles de Guy de Maupassant, le bourguignon dans »Nono«, roman de Gaston Roupnel, le comtois dans les chansons de village de Ch. Grandmougin, le languedocien dans les romans d’E. Bouvillon et de F. Fabre, et le provençal dans les contes d’A. Daudet. Voici quelques termes provinciaux qui ont obtenu droit de cité dans la langue moderne (cf. § 68). La plupart d’entre eux viennent du Midi et se rattachent à la vie populaire:

farandole, balade (IV, § 46;”)), béret, cacolet, bombonne, bouillabaisse (Marseille), cassoulet (Toulouse), ratatouille, gabegie, esquinter, etc.; on trouve aussi des termes de pêche et de marine: aissaugue (ou essaugue), bouléjon, embrun: des termes d’agriculture et de •sériciculture: abot, arrache, bergelade, bésau, coucoumelle, coucourelle, mas, magnan, magnanerie, bouin. Un patois des Alpes a fourni piolet. Des patois du Nord viennent dépiauter, déboqueter, rescapé, et le terme de mine coron. Vrombir, mot de la Thiérache, est lancé par J. Richepin vers 1880. Feigne (doublet de fange) est wallon. Au bas-breton (cf. J? 3, Rem.) appartiennent: dolmen, menhir, biniou, goéland, bouette, darne, baderne. Ajoutons le mot pieuvre, rapporté de Guernesey par V. Hugo.

Remarque. Si l'on examine le langage des gens cultivés nés à la campagne, on verra que le patois local, entendu et peut-être parlé pendant l’enfance, perce parfois, surtout dans les moments d’émotion (cf. F. Brunot, I. 32, note). Le vieil académicien Astier-Réhu, s’apercevant que sa femme l’a volé, s’écrie: »VoIé! Je suis volé .... ma femme m’a volé pour son fils . . . .«

et son furieux délire roulait pêle-mêle avec des jurons paysans de sa montagne: »Ah! la garso .... Ah! li bougri ...... (Daudet, V Immortel, p. 222).

Cette particularité, finement observée et soulignée par A. Daudet, a aussi été utilisée par Ed. Rostand dans son Cyrano de Bergerac; au moment du combat où il s’agit de défendre le carrosse de Roxane, Cyrano, pour ranimer le courage défaillant des Gascons, leur crie en patois: » Hardi! Reculés pas, drollos .... Toumbé dessus! Escrasas lous!« A ces mots, auxquels se mêle

le son d’un fifre du pays, les blessés se relèvent, les Cadets, dégringolant le talus, viennent se grouper autour de Cyrano, et le carrosse, hérissé d’arquebuses, se transforme en redoute (acte IV, sc. 10). N’oublions pas cependant que le Cyrano historique n’était nullement gascon, mais Parisien de Paris, et que le prétendu gascon de Cyrano vient en droite ligne de la Cannebière et n’est au fond qu’un affreux charabia (Ë. Bourciez). Si nous sortons de la littérature moderne, la Comtesse d’Escarbagnas nous offre un autre exemple très caractéristique; dans l’humeur, elle revient invinciblement aux mots bourgeois ou de terroir. Ainsi, quand la suivante Andrée la sert mal, elle s’écrie: «Doucement, donc, maladroite, comme vous me saboulez la tête, avec vos mains pesantes!« (sc. IV). Plus anciennement encore, lorsque Pantagruel rosse l’écolier limousin, celui-ci oublie son latin pour parler son dialecte natal (Rabelais, Livre II (Pantagruel), chap. 6).

80. Il est curieux de constater que les patois, en même temps qu’ils envahissent la langue littéraire, cèdent partout devant elle: le XIXe siècle triomphe définitivement des patois. Le français, originairement parler de l’Ile de France, ou plutôt de Paris (cf. §16, § 17), se comprend et se parle main-

tenant dans toute la France; et le français la emporté, non seulement sur les dialectes de la langue d oïl (§ 15), mais aussi sur ceux de la langue d’oc. Cette centralisation linguistique est due à la centralisation administrative et littéraire, aux communications rapides, et surtout à l’influence de 1 école, de la presse et du service militaire obligatoire. '»Si c’est l’école, dit M. F. Brunot, qui apprend au paysan normand, breton ou provençal à lire et à écrire le français, c’est le journal tiré à des millions d’exemplaires chaque jour, et répandu dans les hameaux les plus reculés, qui entretient la connaissance de la langue nationale. Les relations avec les citadins font le reste. Dès aujourd’hui, dans certaines provinces, les bourgades, même les plus petites, sont gagnées; dans les villages aussi le paysan entend le français: on peut prévoir le moment où ses fils, formés à l’école et à l’armée, le parleront, avec quelques divergences seulement de prononciation et d’habitudes syntaxiques. « Actuellement, au point de vue de la prononciation, il n’y a en français qu’une norme officielle. Sans doute beaucoup de provinciaux gardent un accent de »terroir«, mais ils y sentent un défaut et cherchent à s’en corriger. Quant au parler local, il n’est employé que par des personnes peu cultivées. On peut dire que le francien (§16) a définitivement triomphé des autres dialectes ou patois.

Remarque 1. De nos jours, quelques patois aspirent à se faire une place à côté et en face du français. Pour le Nord, il faut citer le wallon, le plus septentrional des dialectes de la langue d’oïl (§ 15), qui se parle dans les provinces méridionales de la Belgique et dans une partie du Luxembourg belge (cf. § 86, 2). Grâce aux conditions politiques et sociales, il a su conserver une certaine importance comme idiome local et a été beaucoup employé pour les œuvres de circonstance. La «Société Liégeoise de Littérature Wallonne», fondée le 7 décembre 1856, a notablement contribué à élargir le domaine et l’emploi de ce patois. Pour le midi de la France, on connaît l’œuvre puissante des félibres. Le 21 mai 1854, jour de Sainte-Estelle, sept poètes provençaux, réunis au château de Fontségugne, près d’Avignon, fondèrent une pléiade qui avait pour but la renaissance de la langue et de la littérature provençales. Les »sept« de Fontségugne étaient Roumanille, Paul Giéra, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Anselme Mathieu, Frédéric Mistral et Alphonse Tavan; ils s’appelèrent les félibres, mot mystérieux (csp. feligres?) trouvé par Mistral dans un vieux cantique provençal, où il est dit que la Vierge rencontra Jésus »eme (parmi) li set felibre de la leiu. La nouvelle réunion ou »félibrige« ne tarda pas à attirer l’attention; en 1859 parut Mireille, chef-d’œuvre qui excita partout une vive admiration. Grâce au

succès de ce poème toujours jeune, sa langue devint le «vulgaire illustre« des félibres: la langue littéraire commune du Midi français est en effet la langue de Mistral, c.-à-d. le dialecte arlésien, ou plutôt le parler populaire de Saint- Remy et des alentours, enrichi par des emprunts aux autres dialectes provençaux.

Remarque 2. Au commencement de l’année 1870, on avait institué une «Commission de Décentralisation» qui avait pour tâche de trouver, par une transformation administrative, une solution libérale de plusieurs questions politiques et sociales. On devait aussi s’occuper de la question des langues provinciales, et, à cet effet, une pétition au Corps législatif avait été préparée par trois philologues: de Charencey, H. Gaidoz et Ch. de Gaulle. C’est un plaidoyer chaleureux pour la conservation et la culture des langues provinciales, surtout du provençal, du basque, du breton et du flamand: «Nous ne demandons pas pour eux de devenir langues administratives ou politiques: le français n’aura à partager avec nul autre cet honneur. Mais ne pouvonsnous pas demander pour ses humbles concurrents qu’ils restent les idiomes de la poésie et de la conversation, qu’ils soient, conjointement avec lui, la langue de l’école primaire?« Malheureusement, cette pétition ne fut jamais présentée à cause de la guerre; elle n’a été publiée qu’en 1903, à l’occasion de mesures récentes du Ministre de l’Intérieur, qui interdirent aux curés l'enseignement du catéchisme en flamand et en breton (et aussi, bientôt après, en basque). Quant aux patois indigènes, leur emploi dans les écoles primaires n’est généralement pas permis; rappelons pourtant qu’en 1902 la conférence des instituteurs des Basses-Pyrénées a autorisé l’emploi du béarnais dans les écoles primaires du département (Le MaCtre Phonétique, 1902, p. 141).

81. A côté des dialectes ou patois locaux, il y a aussi des dialectes sociaux, c’est-à-dire des parlers employés, dans une même région, par diverses classes de la société. L’argot des boulevards, des faubourgs, des métiers, engendre continuellement des mots nouveaux, surtout des expressions nouvelles, des métaphores hardies et pittoresques (IV, § 331); beaucoup de ces néologismes de la langue populaire ne vivent que d’une vie éphémère, d’autres ont une existence plus durable et Unissent parfois par entrer dans l'usage courant. Nous sommes loin, aujourd’hui, des temps où régnaient les principes aristocratiques de Vaugelas (§ 58), où les puristes disaient: »Odi profanum vulgus« ; la langue populaire s’étale de nos jours librement dans beaucoup de romans, ce que, souvent, on n’a pas manqué de reprocher à leurs auteurs. En se défendant contre ses adversaires, Zola dit, dans la préface de l'Assommoir: «Mon crime, c’est d’avoir eu la curiosité littéraire de ramasser et de couler dans un moule très travaillé la langue du peuple. « Ne se sert-il pas de l’argot, non seulement quand

il fait parler ses personnages, mais aussi, souvent, dans ses descriptions? A côté des romans de Zola, il faut citer ceux des frères Goncourt, de Huysmans, de Rosny aîné, de Lavedan, de Courteline, etc.; la langue verte se retrouve aussi dans les croquis élégants de Gyp, et surtout dans les chansons » (in de siècle« d’Aristide Bruant, de Léon Xanrof (= Fornax, traduction latine de son vrai nom, Fourneau), d’Eugène Lemercier, de Mac-Nab, etc.; elle envahit même le parler des gens bien élevés: témoin le mot rosse, aujourd’hui très répandu et dont on a déjà tiré rosserie et rossard. A côté de la langue verte, il faut citer aussi l’argot proprement dit (cf. § 33), l’argot des voleurs et des malfaiteurs, qui est, pour une grande partie, une langue artificielle, où la dérivation a lieu à l’aide de suffixes inconnus à la langue littéraire ( mar , muche, boche, anche, etc.; III, S 424). L’argot de la pègre n’est pas non plus une langue fermée; des termes d’argot pénètrent dans la langue populaire et s’élèvent de là jusqu’à la langue de la bourgeoisie. »Le triomphe de la démocratie, dit M. F. Brunot, a fait sortir des bas-fonds non pas seulement les derniers mots du français, mais toute une couche d’argot, dont la gadoue même a cessé d’inspirer le moindre dégoût.« Des échantillons plus ou moins authentiques d’argot se trouvent dans les Mémoires de Vidocq (1828), dont s’inspirent Les Mystères de Paris d’Eugène Sue (1842), La dernière incarnation de Vautrin de H. de Balzac, et Les Misérables de Victor Hugo (1862). Un grand poète moderne, Jean Richepin, a même farci d’argot un recueil de vers, La Chanson des gueux (1876), qu’il a muni d’un petit «glossaire argotique«. Rappelons aussi La muse à Bibi d’A. Gille, et Les Soliloques du Pauvre de Jehan Rictus.

Voici une liste de termes d’argot adoptés dans la langue littéraire (il y en a qui remontent au-delà du XIXe siècle; § 33): Argot, bagou, boniment (l’auteur des «Aventures de Bobêche«, 1813, se sert du mot et ajoute dans une note: «Terme d’argot, qui signifie à peu près la même chose que parade«), caboulot, cambriole, cambrioleur, escarpe (voleur assassin), flouer, frusquin (IV, § 475), gouape, mioche, pignouf, trimer, turbin, turbiner, voyou, etc. Quelques-uns des mots appartenant à l’argot militaire sont passés du vocabulaire des soldats de la grande guerre dans la langue commune:

boche, cafard, camoufler, camouflage, poilu. On peut étudier le langage des poilus dans les deux romans de guerre, «Gaspard® de René Benjamin et »Le Feu« d’Henri Barbusse, et dans le dictionnaire, si curieux, de M. Gaston Esnault: »Le poilu tel qu'il se parle. «

Remarque. Le mot argot n'apparaît qu’ au XVIIe siècle; il désigne primitivement la société des gueux ou des voleurs (on avait aussi argoter. mendier). Plus tard, argot a été employé pour désigner le parler des voleurs. On observe pour le mot poilu un développement analogue: il a désigné d’abord le soldat français de la grande guerre, puis le langage particulier à ce soldat.

82. Pour achever cette description sommaire du vocabulaire des écrivains du XIXe et du XXe siècle, il faut encore rappeler les deux points suivants:

1 0 De nos jours, chaque science est arrivée à avoir son vocabulaire spécial, ou à peu près, et ce vocabulaire s’est vite répandu hors de son domaine propre. A l’encontre de la période précédente, qui évitait autant que possible le mot technique, les auteurs modernes aiment les mots savants et se servent volontiers de termes scientifiques comme: antinomie, apocope, autopsier, boréal, coma, coopératif, diagnostiquer, dualiste, endosmose, incubation, mica, microbe (III. § 7), nasalité. objectif, subjectif, sursaturer, transcendantal (g 78, 3). etc. Comp. IV, g 127.

2° Beaucoup d’auteurs se sont plu à introduire dans leurs ouvrages des mots étrangers et exotiques propres au pays auquel ils prennent leur sujet. On trouve du turc et de l’arabe dans les Orientales, de l’allemand dans le Rhin, de l’espagnol dans Hernani. etc. Le procédé de Victor Hugo a été souvent imité. Rappelons surtout Flaubert, qui emploie des mots grecs, arabes, hébreux, phéniciens, persans, etc., et très souvent même leur conserve leur forme étrangère; dans ses romans on trouve des mots comme: androdamas. chiton, cassiteros. gingras. béka. chibhah, gomor. mangal, miri, raïz, tarabouch, etc. On trouve du turc, du chinois et du japonais dans les descriptions de voyages de Pierre Loti, du grec dans les poésies de Leeonte de Lisle, du latin dans les romans de J. -K. Huysmans et de .1. Lombard. Voici comme spécimen quelques lignes de ce dernier auteur: »Le navigium égratignait, de ses rames cadencées, la mer saphirée, vaporante, et sa

Kr. Nyrop: Grammaire. 1 8

voile rouge ;i peine se gonflait sous 1 ambiant calme, tjui planait sans qu’aucun bruit le troublât, ni les appels de l’équipage, ni le céleusma balancé des rameurs assis sur les transtras au mouvement régulier du bâton du hortator, pendant (pie les passagers, accoudés sur les bords, rêvaient indiciblement. « Certaines phrases de Laurent Tailhade feraient envie îi l'»escoIier limousin«.

Remarqce. Pour montrer le caractère parfois torturé et l’apparence bariolée que présente la langue de certains auteurs de la fin du XIXe siècle, nous citerons le fragment suivant d’une critique- un peu malicieuse — de l’œuvre de J. -H. Rosny: «Passons à M. Rosny ses termes scientifiques. Laissons-le parler d" idiosyncrasie et (Ven téléchie, de palingénésie, d'adynamie et d’osmose, puisqu’aussi bien il éprouve à user de ces vocables un visible contentement et que leurs syllabes lui procurent d’intenses jouissances. Il sera convenu seulement que pour ses romans on devra tenir à portée de la main le Dictionnaire universel des sciences. C’est le moins qu’on paie son plaisir d’un peu de peine. Passons-lui l’emploi de termes rares: pertinace, abstème, coupetées .... Acceptons telles façons de parler que lui ont enseignées les Concourt: » Tout l'occulte des nocturnités lui travailla l'âme et s’intimisa dans sa souffrance .... Toutes ces raisons, après avoir paru se classer, fuyaient dans sa mentalité .... Il éteignit les fanaux de la ratiocination . . . .« Ne nous demandons même pas ce qu’il faut entendre par (d’extravase documentaristeH. Feignons d’être sensibles au charme secret de l’adjectif Osoiralx. Admirons comme il convient ces images extraordinaires dont Racine lui-même ne s’était pas avisé: » Sa tête de Shoshone, son œil d’éclaireur, sa lèvre autocratique avaient sous la parole de Fougeraye la détente des ravins torrides quand revient l'automne .... Ils furent pénétrés de la ténèbre comme d'une parabole à la fois stellaire et microbienne .« Prenons pour une gentillesse et non pour un coq-à-l’âne cette remarque: » Quand elle se levait d'une chaise, la grâce se levait avec elle.a Pourquoi faut-il que nous nous heurtions parmi les néologismes de M. Rosny à des mots tels que ï>ressurgissement«, qui, quoi qu’il en dise, n'existent pas et pour cette seule raison qu’ils ne peuvent pas exister [sic!]? Pourquoi emploie-t-il' les mots à contresens ou prend-il les uns pour les autres, et dit-il par exemple: son aventure peut s’abréger, quand il veut dire: se résumer? Pourquoi voit-on fleurir dans son style ce qui, en dépit de tous les noms pompeux et de toutes les appellations emphatiques, n’est que la vulgaire incorrection? M. Rosny écrit couramment: Ils dissolvèrent, ils poignèrent, ils bruissèrent. On peut dire de même, pour peu qu’on en ait la fantaisie: «je me cassis le bras« ou «je me prendais la tête entre les mains«. Les étrangers qui savent du français ce qu’on apprend en vingtcinq leçons n'y manquent pas. Seulement ils ne prétendent pas par là enrichir la langue. Ils l’écorchent, tout bonnement« (René Doumic, Les Jeunes. Paris, 1896. P. 49 — 50). Guy de Maupassant s’est également prononcé contre «les clowneries de langage« de l'écriture artiste (Préface de Pierre et Jean).

83. A ces emprunts venus surtout du dehors, il faut encore ajouter toute une série de vieux mots.

1° Les poètes romantiques, qui se retrempaient dans la poésie du moyen âge, y puisaient, avec les sujets, beaucoup de vieilles expressions, dont plusieurs ont obtenu droit de cité dans la langue actuelle; telles sont p. ex.: antnn (VI, § 43, i), destrier, fabliau (§ 239, Rem.), geste, hideur, macabre (§ 1 19, Rem.), ménestrel, moult, soI(= sou), souvenance, trouvère (II2, §281, Rem.), voire, etc. Le désir d’archaïser, que l’on constate déjà chez Chateaubriand, a eu parfois des résultats curieux. Certains auteurs se sont tellement engoués de la langue d'autrefois qu’ils s’en sont servis eux-mêmes; c’est en «vieux langage« que P.-L. Courier traduit Daphnis et Chloé, que Théophile Gautier écrit le Capitaine Fracasse, et que H. de Balzac relate ses Contes drolatiques. »Archaïques« sont aussi les Contes de Jacques Tournebroche d’Anatole France.

2° A la fin du XIXe siècle, quelques poètes symbolistes ou décadents se sont fait un vocabulaire très bariolé, composé, pour une grande partie, de mots étranges, incompréhensibles, trouvés surtout dans les auteurs des XVe et XVIe siècles. Un fin connaisseur, A. Delboulle, a excellemment dit: »I1 y a dans la prose et dans la poésie des décadents du Chastellain, du Crétin, du mauvais Du Bartas, sans compter le précieux; j’aimerais mieux qu’il y eût du naïf et du bon français. « Aux emprunts faits au vieux français, les décadents ont ajouté beaucoup de mots de leur propre invention, tels que manuterge, ptgx, spicpectre, tarrabulation, suprémateur, strapassonner, etc., dont la nécessité paraît aussi problématique que la beauté.

84. Nous avons vu combien le vocabulaire du XIXe et du XXe siècle diffère de celui de la période classique. Les différences sont aussi très appréciables dans la syntaxe, dans l’emploi et l’ordre des mots. Pour la phonétique, au contraire, les changements paraissent bien moins sensibles; on ne pourra guère relever que la généralisation de la prononciation [wa] ou [wd] dans étroit, loi, croître, etc. (§ 160); la substitution de [j] à [Xj dans fdle, bataille, bouteille, etc. (§ 351), et l’emploi

toujours croissant de [r] au lieu de [r] (S 350); à ces changements il faut ajouter la prononciation de beaucoup de lettres étymologiques, — on commence à dire sculpter [skylpte], etc., grâce à l'influence de l’orthographe sur la langue parlée (§ 119), et l’amuïssement progressif de l’e féminin, qui a pour effet la création de nouveaux groupes de consonnes ( Manuel phonétique, § 80 ss.).

85. Le prestige de la littérature française est, aux XIX'- et XXe siècles, peut-être encore plus grand qu’au XVIIIe. Les éminents maîtres modernes jouissent partout d’une réputation incontestée; ils sont lus, étudiés et appréciés, non seulement en Europe, mais dans toutes les parties du monde, et leur influence sur les idées est incalculable: »les moindres de leurs paroles se continuent en longs échos« (P. Hazard). Quant à la langue elle-même, son emploi est sans doute moins général qu’autrefois; de nombreuses langues nationales, dont la force d’expansion s’est affirmée au cours du siècle passé, s’opposent énergiquement à l’invasion du français et à sa prépondérance; hors de l’Europe, l’anglais, l’espagnol et le russe font une rude concurrence au français comme langue universelle. Mais si le français n’est plus la langue internationale des relations scientifiques et commerciales, il soutient fièrement sa prédominance dans tous les autres domaines, malgré bien des attaques; il est encore, comme disait Rivarol (§ 71), «la langue humaine«, celle que célébrait Leopardi dans des pages inoubliables ( Pensieri di varia filosofia e di hella letteratura [Zibaldone], t. II, P. 331, 346, 352), celle que Renan ( Feuilles détachées, P. 256 257) déclarait intimement liée à «l’ordre général de la civilisation». Et son prestige est fondé sur des causes naturelles et profondes. «Elle se présente, a dit un lettré du Céleste Empire, comme une belle femme, toujours gracieuse et aimable, qui veut plaire sans chercher à dominer, et qui, sans laisser voir que telle est sa prétention, sait qu’elle a droit au succès, parce qu’elle est souverainement charmante. « Dans cet hommage chevaleresque n’entend-on pas comme un écho de la ravissante apostrophe de Musset:

. Céleste, harmonieux langage,

Idiome de l’amour, si doux qu’à le parler Les femmes sur la lèvre en gardent un sourire .

( Les secrètes pensées de Raphaël.)

86. Extension du français. Le français est la langue maternelle de la plupart des Français et d’un certain nombre de populations hors de la France.

1° A l’intérieur des frontières politiques de la France, on compte trois langues étrangères: le basque, le bas-breton et le flamand. Le basque, qui continue l’ancienne langue ibère, est parlé par 100.000 individus dans une partie du département des Basses-Pyrénées (arrondissements de Bayonne et de Mauléon). Le bas-breton (§ 3, Rem.) est parlé par 1.000.000 individus dans le Finistère, dans la moitié Ouest du Morbihan et des Côtes-du-Nord, et dans les îles de ces trois départements. Le flamand, dialecte bas-allemand, est parlé dans les arrondissements de Dunkerque et d’Hazebrouck. Il faut noter en outre que la langue de l’île de Corse est un dialecte italien, qu’on parle catalan dans le département des Pyrénées-Orientales et alsacien-lorrain dans ceux du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle.

Remarque 1. Sous l’ancien régime, on parlait allemand dans une partie du territoire français. Le libéralisme de ce temps-là, qui forme un singulier contraste avec la contrainte actuelle (comp. § 80, Rem. 2), allait jusqu’à permettre l’emploi de l’allemand comme langue officielle dans l’armée. On lit dans les »Mémoires« du général Marbot: »Le 1er de housards était l’ancien régiment de Bercheny, dans lequel on ne recevait jadis que des Allemands, et où les commandements s’étaient faits, jusqu’en 1793, dans la langue allemande, qui était celle le plus en usage parmi les officiers et les housards, presque tous nés dans les provinces des bords du Rhin« (I, P- 59).

Remarque 2. Pour assurer «l’unité de langages on prit, sous la Révolution, contre les idiomes étrangers des mesures rigoureuses, qui pourtant ne furent guère appliquées. La République, qui estimait «que le féodalisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la République parlent allemand, la contre-révolution parle italien, et le fanatisme parle basque«, voulut prendre des mesures radicales; et il fut décidé, sur la proposition du Comité de salut public, que des instituteurs de langue française seraient créés dans un délai de dix jours, dans tous les départements dont les habitants parlaient bas-breton, italien et allemand. Inutile de dire qu’une telle mesure était absolument inexécutable.

2° En dehors des frontières politiques de la France, appartiennent au domaine du français des portions de l’Italie, de la Suisse, du Luxembourg, de la Belgique et de l’Angleterre. En Italie: plusieurs vallées des Alpes, dont la plus importante est le Val d’Aoste. En Suisse: les cantons de Genève, de Vaud, de Neuchâtel, et, en partie, ceux de Fribourg, du Valais et de Berne. En Belgique: le vaste territoire du dialecte wallon (§ 80, Rem. 1), embrassant un coin des deux Flandres et du Limbourg, presque tout le Hainaut, le Luxembourg, les provinces de Liège et de Namnr, les cercles d’Eupen et de Malmédy, et encore un fragment du grand-duché de Luxembourg; du reste, le français est parlé dans toutes les grandes villes de la Belgique française, et même dans celles de la Belgique flamande — malgré la résistance des flamingants (le nom de Fransquillons s’applique aux Flamands parlant français). Enfin, pour l’Angleterre: les îles de Guernesey, Jersey, Sercq et Aurigny (angl. Alderney), qui appartiennent à ce pays depuis 1204.

Remarque. Il faut encore signaler quelques îlots linguistiques dispersés en Europe. En Allemagne, une colonie française fut fondée à la fin du XVIIe siècle près de la chaîne du Taunus sous les auspices de Frédéric II, landgrave de Hesse-Hombourg; la colonie se composait de familles huguenotes provenant de la Picardie et de la Champagne et chassées de leur pays par la révocation de l’édit de Nantes. Le français de Friedrichsdorf s’est conservé jusqu’à nos jours; mais depuis une trentaine d’années, l'allemand commence à le remplacer; il a maintenu bien des traits curieux de la langue du grand siècle. Dans l 'Italie méridionale, on a constaté l’existence de deux colonies françaises, qui remontent probablement au XIIIe siècle, et dont les habitants ont gardé leur ancien dialecte (le lyonnais?) comme une sorte de langue intime (AGIt, XII, 33 — 75).

3° Par delà les mers, le français est parlé sur de vastes territoires, en Afrique, en Asie, en Amérique et en Océanie, appartenant ou ayant appartenu à la France. Signalons, en Afrique: l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Sénégal, le Soudan, la Guinée française, le Congo. En Asie: Pondichéry, sur la côte de Coromandel, lTndo-Chine, surtout le Tonkin et la Cochinchine. Dans l'Océan Indien: Madagascar, avec les Seychelles, l’île Maurice (autrefois île de France), patrie de Paul et Virginie, l’île de la Réunion (autrefois île Bourbon). Dans l'Océan Pacifique: la Nouvelle-Calédonie. En Amérique: la

Guyane française avec Cayenne, la Martinique, la Guadeloupe avec Marie-Galante, la Désirade et Saint-Barthélemy, l’île d’Haïti, la Louisiane, le Bas-Canada, le Nord du Nouveau- Brunswick, et de nombreux districts du Haut-Canada et de l’Amérique anglaise. Le fond du français canadien s’est formé par un mélange des divers patois que parlaient les premiers colons, dont une petite partie venaient de l’Aunis et de la Saintonge, tandis que le plus grand nombre étaient originaires de la Normandie et du Perche. Dans plusieurs des colonies (l’île Maurice, la Réunion, la Guyane, les Antilles, la Louisiane), il s’est formé des langages créoles très curieux.

Remarque. On a calculé que le français est parlé actuellement par environ 50 millions d’individus dont 39.200.000 en France. Le français surpasse ainsi numériquement l’italien (40 millions), mais il le cède à l’allemand (70 millions), à l’espagnol (100 millions), au russe (100 millions?), et à l'anglais (145 millions). En juillet 1883, un cercle de patriotes a fondé l’Alliance française, grande association qui a pour but de propager la langue française dans les colonies et à l’étranger, et d’unir les efforts de tous ceux qui travaillent pour »l’idée française». L 'Alliance a été reconnue d’utilité publique par décret du Président de la République (le 23 octobre 1886).

4° Jusqu’au XXe siècle, le français a été employé dans les relations internationales: diplomatiques, scientifiques et autres (cf. § 71). Après la guerre mondiale, l’anglais s’est fait une place à côté du français: par une résolution du 30 novembre 1920, la Société des Nations à Genève a décidé que les discours en français seraient résumés en anglais et vice versa, et que tous les documents seraient rédigés à la fois en français et en anglais. Le bilinguisme, qui avait déjà prévalu à la Conférence de la Paix, est ainsi officiellement consacré; mais, dans les discours et les discussions de la Société, la balance penche très nettement en faveur du français. Et l’on a pu soutenir que »l’élite mondiale des milieux diplomatiques, parlementaires, universitaires, juridiques et journalistiques, parmi lesquels se recrutent ceux qui vont à Genève, reste acquise à la tradition d’avant-guerre«.

86 bis. Étude du français. — C’est au XIXe siècle que l’étude scientifique des origines et du développement de la langue française a pris naissance. Les initiateurs furent Roquefort et Raynouard; mais c’est à Friedrich Christian

Diez (1794 — 1876) que revient l’honneur d’avoir établi la vraie base méthodique de la linguistique romane et d’avoir tracé, de main de maître, les grandes lignes de cette nouvelle science dans sa Grammatik der romanischen Sprachen (I — III, Bonn, 1836 — 44) el son Etymologisches Wôrterbach der romanischen Sprachen (I — II, Bonn, 1853). Hors de la patrie de Diez, les études françaises se développaient lentement, et, dans la France même, elles restaient à l’état du pur dilettantisme. La renaissance, inaugurée par une série d’articles d’Emile Littré (1801 — 1881), s’accomplit à l’aide de Gaston Paris (1839 — 1903) et de Paul Meyer (1840 — 1917). Autour de ces maîtres sont venus se ranger Natalis de Wailly, Arsène Darmesteter, Frédéric Godefroy, Charles Joret, Fr. Bonnardot, Jules Gilliéron, Antoine Thomas, É. Philipon, É. Bourciez, A. Jeanroy, L. Clédat, F. Brunot, Mario Boques, E. Huguet, Lucien Foulet, A. Dauzat, etc. Pour l’étranger, il faut avant tout nommer A. Tobler (1835 — 1910), A. Mussafia (1835 — 1905) et W. Fôrster, G. Grôber (1844 — 1902), W. Meyer-Lübke, H. Suchier, D. Behrens, H. Morf, L. Spitzer. A côté de ces coryphées de la philologie française, on trouve toute une école d’explorateurs, non seulement en Allemagne et en Autriche, mais aussi en Hollande, Belgique, Suisse, Italie, Amérique, Finlande et Scandinavie. Les progrès admirables qu’a faits de nos jours l’étude historique du français sont en effet dus à des efforts internationaux, la langue étant étudiée et enseignée un peu partout et dans presque toutes les Universités du monde.

Remarque 1. Voici le titre et la date d’un choix des publications les plus importantes concernant l’étude historique du français: — 1829: Raynouard, Observations philologiques et grammaticales sur le Roman de Rou et sur quelques règles de la langue des trouvères au XIIe siècle (Rouen). On y trouve le' premier exposé des règles de la vieille déclinaison française. — 1839: G, Fa Ilot, Recherches sur les formes grammaticales de la langue française et de ses dialectes au XIIe siècle, p. p. P. Ackermann (Paris). Ce livre est le premier essai d’une dialectologie française. — 1841: J. -J. Ampère, Histoire de la formation de la langue française (Paris). — 1846: Archiv fur das Studium der neueren Sprachen und Litteraturen commence à paraître (Berlin)- — 1852: Zwei altfranzôsische Gedichte berichtigt und erklârt von Fr. Diez (Bonn). — 1855 ss.: É. Littré publie dans le «Journal des Savants*, la «Revue des Deux Mondes« et le «Journal des Débats« une série d’articles, réunis en 1862 sous le titre de Histoire de la langue française (2 vol.). — 1862: G. Paris, Étude sur le rôle de l’accent latin dans la langue française.

— 1868: N. de Wailly, Mémoire sur la langue de Joinville. ■ — 1870 ss. : Revue des langues romanes (Montpellier). — 1871 ss.: Iiomanische Studien, p. p. Ed. Boehmer (Strasbourg). — 1872 ss.: Romania, recueil trimestriel consacré à l’étude des langues et des littératures romanes, fondé par Paul Meyer et Gaston Paris (Paris), aujourd’hui continué par Mario Roques

— Gaston Paris et L. Pan nier publient la Vie de saint Alexis (Paris). — 1874: V'. Thomsen, L’i parasite et les consonnes mouillées en français (Paris).

— A. Darmesteter, Formation des mots composés dans la langue française, comparée aux autres langues romanes et au latin (Paris). — 1877 ss.: Zeitschrift für romanische Philologie, fondée par G. Grôber (Halle). — G. Lücking, Die dltesten franzôsischen Mundarten (Berlin). — - 1879 ss. : Zeitschrift für neufranzôsisehe Sprache und Litteratur, fondée par G. Kôrting et E. Koschwitz (Oppeln et Leipzig). — . 1881 ss.: Franzôsische Studien, fondées par G. Kôrting et E. Koscbwitz (Heilbronn). — Charles Thurot, De la prononciation française depuis le commencement du XVIe siècle, d’après les témoignages des grammairiens (2 vol. Paris). — 1886 ss.: A. T obier, Vermischte Beitrâge zur franzôsischen Grammatik, 3 séries (Berlin). — Grundriss der romanischen Philologie, p. p. G. Grôber, commence à paraître (Strasbourg). -- 1887 ss.: Revue des patois gallo-romans, p. p. Gilliéron et l’abbé Rousselot. — L. Clédat fonde la Revue des patois, qui deviendra la Revue de philologie française, aujourd’hui dirigée par H. Yvon. — 1890 ss: Meyer - Lübke, Grammatik der romanischen Sprachen.\e vol. (Leipzig). — 1896: F. Brunot commence à donner dans 1’» Histoire de la langue et de la littérature française# publiée sous la direction de Petit de Julleville des articles sur l’histoire de la langue; ces articles, considérablement augmentés, sont devenus l’oeuvre magistrale, l'Histoire de la langue française, dont plus de dix volumes ont déjà paru. — 1897: A. Thomas, Essais de philologie française, suivis des Nouveaux Essais, et des Mélanges d’ Etymologie française.

— 1900: J. Gilliéron et E. Edmont commencent la publication de leur Atlas linguistique de la France. — Depuis 1900, Mario Roques publie la Collection des classiques français du moyen âge, tandis que la Société des Anciens Textes Français et la Société des Textes français modernes poursuivent régulièrement leurs éditions. Depuis cette même date ont paru aussi de nombreuses et fortes études de dialectologie (A. Ter racher, A.Dauzat, O. Bloch, Ch. Bruneau, G. Millardet, etc.) et d’histoire (Th. Rosset, F. Gohin, A. François, etc.). On trouvera dans la Bibliographie nombre d’autres ouvrages importants, que nous ne pouvons signaler ici.

Remakque 2. Voici les titres des principaux dictionnaires du XIXe siècle; Boiste, Dictionnaire universel de la langue française (2 vol. Paris, 1800). — J.-B.-B. Roquefort, Glossaire de la langue Romane (2 vol. Paris, 1808. Supplément, 1820). — Dictionnaire de l’Académie, 6e éd. (Paris, 1835). — Bescherelle, Grand Dictionnaire critique de la langue française (2 vol. Paris, 1843 —46). — P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle , français, historique, géographique, etc. (15 vol. Paris, 1864 — 76. Plusieurs Suppléments ). — Littré, Dictionnaire de la langue française (4 vol. Paris, 1873 — 1874. Supplément, 1877). Ce dictionnaire est »une des œuvres les plus belles, les plus méritoires et les plus utiles qu’ait vues le XIXe siècle« (G. Paris). — Karl Sachs, Encyklopddisches franzôsisch-deutsches Wôrterbuch

(Berlin, 1869; Zweite verbesserle Stereotyp-Auflage, 1877. Supplément, 1894). — Dictionnaire de l’Académie, 7e éd. (1878). — F. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au X Ve siècle (10 vol. Paris, 1881—1903). — H. Michaelis et P. Passy, Dictionnaire phonétique de la langue française. Avec préface de Gaston Paris (Hanovre et Berlin, 1897). — Dictionnaire général de la langue française du commencement du XVIIe siècle jusqu'à nos jours par A. Hatzfeld et A. Darmesteter, avec le concours d’A. Thomas (2 vol. Paris, 1890 1900). L. Clé-

dat, Dictionnaire étymologique de la langue française (Paris, 1912). — W. Meyer- L ii b k e , Homanisches etymologisches Wôrterbuch (Heidelberg, 1911 —14). — E. Gamillscheg, Etymologisches Wôrterbuch der franzôsischen Sprache (Heidelberg, 1928). — Sont actuellement en cours de publication: E. Huguet, Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle (Paris); Tobler-Lommatzsch, Altfranzôsisches Wôrterbuch (Berlin); W. von Wartburg, Franzôsisches etymologisches Wôrterbuch (Bonn et Leipzig); O. Bloch, Dictionnaire étymologique de la langue française (Paris); enfin la 8e édition du Dictionnaire de l’Académie.

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