Toute voyelle atone s’amuït à la pénultième
a s i n u m v i r i d e ni fraxinum h o s p i t e m p a m p i n u m c a 1 a m u m p 1 a t a n u m c a n a b u m Sequana
âne
vert
fraisne, frêne
hôte
pampre
chaume
plane
chanvre
Seine
leporem lièvre c r e d e r e croire
j u v e n e m jeune caméra chambre
*pauperum pauvre a r b o r e m arbre
purpura pourpre masculum mâle o c u 1 u m œil
Comp. encore *marmore > marbre; numerum > nombre; stabulum > étable; ordinem > orne, ordre; Axona > Aisne; M a t r ona > Marne; Rhodanum > Rhône; débita > dette; cubitum > coude; dies dominica > dimanche; manica > manche; natica > nache; persica > pêche; pertica > perche.
Mots d’emprunt. Le même phénomène s’observe dans quelques mots empruntés très tôt: organum > orgue, diaconum > diacre. Moine, vfr. monie < monicum pour m onacum, est demi- savant.
259. Parmi toutes les voyelles atones, la post-tonique non finale tombe le plus facilement. Déjà Plaute donne domnus, et on lit dans Y Appendix Probi: spéculum non speclum; masculus non masclus; auris non oricla; calida non calda; fax non facla; n e p t i s non n e p t ic la; vapulo non baplo; vetulus non veclus, etc. Il faut bien remarquer que, dans beaucoup de cas, la forme pleine a persisté à côté de la forme syncopée; ainsi, tout en disant sal’ce, pol’ce, on a conservé salie e, pollice, comme le montre le développement de ces mots: les doubles formes du latin vulgaire ont donné naissance à de doubles formes françaises (sauz, pouz — sausse, pouce). Voici quelques observations sommaires sur la syncope des proparoxytons:
1° Pour le gallo-roman, l’amuïssement est antérieur à la transformation des voyelles toniques libres a, é, ô. Ainsi rapidum, en passant par *rapdo, devient rade en vfr.; il conserve donc son a, tout comme captiat, qui devient
chasse, comp. encore débita > *debta > dette (mais piper > * p e v r e > peivre, poivre), et débitât > *dobtat> doute.
2° Si l’une des consonnes rapprochées par la syncope est sourde, le résultat de l’assimilation cpii se produit devient sourd: nit(i)da > netta, d’où vfr. nete; fig(i)care> ficcare, d’où ficher. Pour plusieurs mots, on a des formes doubles: capitale > vfr. chatel et chadel; hereditare > vfr. eriter et erider. L’hésitation entre une consonne sonore et une sourde montre que nous avons affaire à des mots qui ne sont pas entièrement populaires.
3° Pour les mots cpii ont conservé la forme non-syncopée assez tard dans la période gallo-romane, il semble que la pénultième tombe le plus tôt quand la finale est un a, et que la chute a lieu à une époque postérieure quand la finale est une autre voyelle. Les exemples suivants montreront que, dans le premier cas, la chute s’est faite avant la diphtongaison des voyelles toniques ouvertes et avant la »sonorisation« des explosives intervocaliques sourdes, et, dans le deuxième cas, après ces deux phénomènes:
mërula
merle
tiède
trëmulat
tremble
mobile
meuble
débita
dette
coude
n a t i c a ë b u lu m
nache
hièble
piège
Remarque. L’ancienne langue offre quelques cas apparents de mots proparoxytons; on trouve ainsi dans les plus vieux textes des formes comme aneme, angele, apostele, chapitele, filie, glorie, idele, imagerie, milie, pâlie, termine, umele, etc., qui toutes ont, en apparence, l’accent sur l’antépénultième. Mais, en regardant de plus près, on remarque vite que tous ces mots ne sont en réalité que des paroxytons, la pénultième ne comptant jamais dans la mesure du vers; filie et angele se prononçaient probablement [fiXs], [àndjls].