VOYELLES EN HIATUS
262. Le latin classique possédait un grand nombre d’hiatus, dont beaucoup ont disparu dans la langue populaire. La réduction de l’hiatus a été amenée par un des procédés suivants:
1° Contraction des deux voyelles en une: côhôrtem > côrtem, c66perire>côperire, prëhëndëre > prëndere. mortuus > inortus, suus > sus, tuus > tus (II2, § 537).
2° Chute de la première voyelle: battuo > batto, februarius > febrarius, quattuor > quattor, meus > mus, me a > ma, tua > ta, de un de > don de. On lit dans l’Appendix Probi: »Februarius, non febrarius«.
3° Changement de la première voyelle en consonne (i > j, u > w ou v): sapiam > sapja; *r a b i a > r a bj a ; d i u r n u m >djorno;seniorem>senjore;varium > varjo; fusionem > fusjone; annualem > anvale (cf. vfr. anvel ); vidua > vedva; januarium > j an varjo, etc.
263. En vieux français, nous trouvons, dans les mots populaires, un grand nombre d’hiatus nouveaux, produits surtout par l’amuïssement d’une consonne intervocalique: maturum > mëur, securum > sëur, etc. Des hiatus se présentent aussi dans les mots savants (passion, dïable, aliéné), dans les dérivés (bleuastre), et enfin entre deux mots. Une grande partie de ces hiatus ont disparu peu à peu:
1° par l’amuïssement de la première voyelle: mëur > mûr (§§ 264—270); comp. le ail > l’ail (§§ 280—285):
2° par l’amuïssement de la seconde voyelle: liemier (dér. de liem, forme ancienne de lien ) > limier (§§ 271 — 273); comp. si est > si’st (§ 286);
3° par le changement de la première voyelle en consonne: vïande > viande [vjâ:d] (§ 274); comp. qui est > [kje] (§ 288);
4° par la fusion des deux voyelles en un son nouveau: traître > traître [tre:tr] (§§ 275 — 277);
5° par le développement d’une consonne transitoire entre les deux voyelles: espoanter > épouvanter (§ 278 — 279); comp. a il > a-t-il (§ 289).
Dans la langue actuelle, les mots contenant un hiatus sont nombreux; ce sont surtout des mots empruntés, dérivés ou composés. Les exemples suivants présentent les hiatus a-i, a-o, a-u, é-a, é-é, é-i, é-u, eu-a, eu-i, o-a, o-é, o-i, o-u: Maïs, cacao, Esaü, Saül, créature , réélire, réépouser, spontanéité, réussir, bleuâtre, bleuir, oasis, coadjuteur, coaguler, coaliser, incohérence, prohiber, Antinoüs, etc. Le nombre des mots à hiatus est plus grand dans le langage poétique que dans la langue parlée; voir § 274.
Remarque. Dans les mots d’emprunt, les poètes réduisent parfois arbitrairement les hiatus, ou bien ils en créent là où il n’y en avait pas originairement, le tout selon les besoins du vers. Ainsi Esaü, trissyllabe dès le moyen âge (E. Deschamps, IX, v. 6792; MVT, II, v. 12169, 12218, etc.), est employé par A. d’Aubigné comme dissyllabe: Ce voleur acharné, cet Esau malheureux (Misères, v. 103). D’autre part, des mots tels que Europe, Neustrie sont parfois enrichis d’une syllabe par la prononciation d’eii au lieu d’eu (voir § 296,»).