III. CHANGEMENT DE LA PREMIÈRE VOYELLE
274. Si la première voyelle est fermée (»high«), elle se change facilement, par une articulation quelque peu rapide, en consonne (§ 262,8): [i] > [j] ; [y]'> [q]; [u] > [w], et le mot se trouve
diminué d’une syllabe. Ce phénomène, cpii n'est jamais indiqué par l’orthographe usuelle, est très fréquent dans le langage parlé. Dans les exemples suivants, les groupes ici, ie, ieu, io, ne, ueu, oe, ouo, oue, oui comptaient, dans la vieille langue, pour deux syllabes; la prononciation moderne en a fait une seule syllabe. Pourtant, dans beaucoup de cas, la prosodie garde l’ancienne prononciation; ainsi diamant est ordinairement dissyllabe [djamâ], mais il est trissyllabe en vers [diamà]. Pour les détails, nous renvoyons aux Traités de versification (voir surtout A. Tobler, Vom franzôsischen Versbau 4, p. 72 ss).
1° [i] > [j] devant a, e, i, eu. Exemples: diable, diacre, dialogue, diamant, fiacre, liard, confiance, viande, bréviaire, hardiesse, miette, serviette, étudier, ancien, chrétien, lien, curieux, plusieurs, mioche, pioche, lion, nation, etc. Il en est de même des terminaisons verbales -ions, -iez (non précédées de »muta cum liquida«): avions, chantions, aurions, chanterions, étiez, sauriez, etc. (comp. II2, § 161,5).
2° [y] > [q] devant i, e et a (§ 455). Exemples: fuir, juif, jésuite, ruine, suer, tuer, annuel, duel, écuelle, cruel, muet, somptueux, persuader, etc. Pour plusieurs des mots cités, il y a souvent eu des hésitations; ainsi les poètes des XVIe et XVIIe siècles comptent juif tantôt pour une, tantôt pour deux syllabes; Ménage demande que le mot soit monosyllabe ( Observations , p. 406).
3° [u] > [w] surtout devant e et i (§ 451). Exemples: évanouir, Louis, oui, ouïr, échouer, louer, alouette, jouet, ouailles, etc. Sur fouet, moelle, poêle, poète, voir § 160.