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IV. COMBINAISON DES DEUX VOYELLES

275. A -j- I se fondent en [e] (comp. le développement parallèle de la diphtongue ai, § 200). Exemples: Fciïne (fagina) > faîne; gaine (vagina) > gaine; haine > haine; *maïstre (magistrum) > maître; raïz (r a dicem) > rai (dans raifort ); traître

> traître; traîner > traîner. On a [e] dans caïmand > caimand

> quémand. Si a -j- i est suivi d’une nasale finale, les trois sons se fondent en [I]: Sain (*sagimen) > sain [sè] (dans saindoux), et de même train > train, guaïn (germ. *waida -f- sufï.

-imen) > gain (dans regain). Remarquez encore adamantem > aëmant, aimant, aimant.

Mots savants. Archaïque, laïque, prosaïque.

Remarque. L’influence des nombreux infinitifs en -ir a empêché la synérèse dans ébahir, envahir, haïr, trahir. L’hiatus persiste aussi dans naïf (cf. oisif), pays, paysan, trahison. Autrefois les trois derniers mots subissaient la synérèse: Par trayson au champ l’a mené (MVT, I, v. ‘2826). I)u prince Agamemnon la traison dcsloiale (Vauquelin de la Fresnaye, L'art poétique, II, v. 1048). Les pays circonvoisins (RPF, IX, 179). Comme un simple paisant, qui de fortune trouue (R. Garnier, Cornélie,\. 783). Le paisan de cent ans, dont la teste chenue (A. d’Aubigné, Les Misères, v. 261). Et la bonne paysanne apprenant mon désir (Molière, École des femmes, I, sc. 1). La prononciation [pe:zâ] est encore très répandue en Normandie et ailleurs. Nous savons que Ménage, pour éviter des équivoques sur la prononciation du groupe ay, écrivait payis, payisan, abbayie (Menayiana. Amsterdam, 1703, tome III, 346).

276. E -f U aboutit dans quelques cas spéciaux à eu ([0] ou [œ]); ce développement, qui 11’est pas phonétique (comp. mëur > mûr; § 269), paraît dû à diverses influences. Il a eu lieu dans les mots suivants:

Feu > fëu (*fatutum); peut-être influence de la graphie.

Heur (bonheur, malheur) < ëur (augurium) provient probablement d’une confusion avec heure (h or a). La forme régulière (h)ur se trouve dans les patois. Ménage remarque: »I1 faut dire aussi heur, bonheur, malheur, comme on dit à Paris; & non pas hur, bonhur, malhur, comme on dit dans les Provinces. Mais quoiqu’il faille prononcer heur, bonheur, malheur, on dit neantmoins hureux, bienhureux, malhureuxa ( Observations , p. 291).

Jeûner (déjeuner) < jëuner (jejunare) et jeûne < jëune peuvent s’expliquer par une influence de jeun, contraction de jëun. Les formes régulières juner et june ont existé autrefois: june : répugné (Greban, Mgst. de la Passion, v. 12816); desjeune : commune (Gringore, Giuvres, I, 220).

277. A -f- ON aboutit à [à]; l’orthographe moderne conserve ordinairement la graphie étymologique aon pour an. Exemples: Faon (< fëon, dérivé de fétus) > faon [fa] ; on écrivait fan au XVIe siècle. Flaon (fladonem; cf. it. fiadone)> flan; déjà dans Villon le mot compte pour une syllabe. Paon (p a voue m) > paon [pci]. Laon (Laudunum) > Laon [là]. Citons

encore les lorines contractées telles que aporlan (= a porta on, ou en, § 224) et an (— a on) dans Sone de Nansay, et sonnan (= sonna on), trovan (= trôna on) dans Froissart; pourran (= pourra on) s’entend au XVIe siècle (cf. F. Brunot, Hist. lang. />., t. II, p. 334).

Remarque. .4 -j- on devient [5] dans paonceau ponceau.

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