‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 90 sur 294 · A, O, U élidés · texte numérisé non relu

A, O, U élidés

1° A s’élide dans la (article et pronom): l’âme, l’épée, l’eau, je l’ai adorée. De même parfois dans ça: c'a commencé, c’aurait pu être en effet: cf. § 515, i. Au moyen âge, a s’élidait aussi dans ma, ta, sa: on disait m’espée, t’anme, s’image (pour les détails, voir II2, § 547). L’élision pouvait aussi avoir lieu dans l’adverbe la (lêi) devant un autre adverbe: lamont pour la amont, lanal pour la anal, lou pour la ou (Brun de la Montagne, v. 861), et enfin dans quelques formes verbales (comp. § 277):

Non avra il, je te le prometz.

(M VT, II, v. 14086.)

A qui direlle sa peneée,

La fille qui n’a point d’amy?

(Paris, Chansons du X Ve siècle, n° XI.)

2° O s’élidait obligatoirement dans lo (art. et pron.), et facultativement dans ço (cf. § 281, Rem. 2.) et jo; ces formes ne se trouvent que dans les plus anciens textes.

3° U s’élide dans le pronom tu, mais seulement dans le parler vulgaire ou les patois: T’es bien bête. T’as compris, toi? T’es dans la rue, t’es chez toi (A. Bruant). T’as été au trépassement d'un chat, t’as la nue trouble (Molière, Don .Juan, II, sc. 1), etc. Voici encore quelques exemples fournis par la poésie populaire:

Ma petite Rosette,

Que t’as le cœur content.

(Rolland, Chansons populaires, V, 40.)

Que t’as de belles filles!

Ciiroflé, Girofla!

(Bonde enfantine.)

Cette élision est de vieille date; elle se trouve déjà au moyen âge:

T’as bon haubert et çaint le branc forbi.

( Huon de Bordeaux, v. 739.)

Ha! dist il, Savary, t’as fait malle bargaigne.

( Hugues Capet, v. 1024.)

Dis-moi que t'as, ma bielle fille.

(Richet, -s li biaus, v. 465.)

Dist Aucebiers: T es fol escervelez.

( Aliscans , v. 6688.)

Je ne sai que t’as en pensé.

( Ho mania , XXII, 56.)

T’es tiop bon.

(Farce du pasté, v. 185.)

T’en as bien la mine.

(Jacob, Paris ridicule, p. 161.)

Elle se rencontre même, au XVIe siècle, dans un langage plus relevé:

Ne combats point, afin que n’estant le plus fort T’achètes une honte aux despens de la mort.

(Ronsard, IV’, 130.)

Il est curieux de comparer le témoignage de Sylvius (1531): »(/ Hannonii [les habitants du Hainaul] . . . quandotpte elidunt ut t’es sage pro tu es sage; Gai li nunquam.«

Remarque. Il se peut que t'es, etc. ne leprésente pas tu -j- es, mais te -j- es; on avait dans la vieille langue te (p^ je) comme forme atone à côté de tu (voir II2, 526, î). Si tel est le cas, t’es est, dans une certaine mesure, parallèle à s'il, dont nous avons parlé au § 284,u

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