On avait en latin les consonnes suivantes
1° Liquides. La nasale labiale m, dans magis; la nasale dentale n, dans nudus; la nasale palatale [q], dans anguis; la latérale dentale 1, dans lana; la latérale vélaire 1, dans alba; la vibrante dentale [r] dans ram us. Elles étaient ordinairement toutes sonores.
2° Explosives. La labiale sourde p, dans panis, et la sonore b, dans bonus. La dentale sourde t, dans tan tus, et la sonore d, dans dens. La palatale c ou q [k], dans cura, quare, car u s, cinis, et. la sonore g, dans gurges, galbinus, gem e r e.
3° Fiucatives. Les bilabiales sonores v et w, dans vin uni, aqua (cf. § 437); la labiodentale sourde f, dans filius. La dentale sourde s, dans sine. La palatale sonore (quelquefois sourde) j, dans j oc us, troja, et dans corium > corjo, sapiam > sapja. La laryngale sourde h, dans h o m o.
304. La plupart de ces consonnes se retrouvent en français. Pourtant, on n’a plus la latérale vélaire, la nasale palatale q], ni la bilabiale v. D’un autre côté, le système consonan-
tique moderne offre des phonèmes inconnus au latin: la nasale mouillée [p], dans agneau; la vibrante uvulaire [k], dans roi (prononciation de Paris); la fricative dentale sonore [z], dans peser, et les sons chuintants [J] et [3], dans chou et joue. ht si nous nous reportons aux époques antérieures, nous apercevons plusieurs séries de consonnes (mouillées, fricatives et affriquées), également inconnues au latin et au français moderne.
305. Consonnes mouillées. Ces consonnes doivent leur origine à la fusion d'un phonème palatal avec une autre consonne. On a de bonne heure mouillé / , n, r, et probablement /. s et [z]. La forme mouillée des quatre dernières dentales a vite disparu: facta > fat't'a > faite (§ 407); messionem > messjone > mes's'one > meisson > moisson (§ 473, 2); basiare > basjar > bas'ar > baisier, baiser (§ 473,i); paria > p a r j a > par'a > paire (§ 471, 3). La forme mouillée de / a persisté jusqu’au commencement du XIXe siècle: l’ilia > filja > fiXa > fille [fiXa], devenu [fij ] (§ 351). La forme mouillée de n est encore en usage: linea > linja > lipa > ligne [lip] (§ 333).
306. Consonnes fricatives. La langue actuelle connaît les consonnes fricatives suivantes: [v], [f], [z], [s], [3], [J], auxquelles il faut ajouter les semi-voyelles [j], [q], [wj. Si l’on remonte plus haut, on peut constater l’existence d’autres fricatives. Ainsi les dentales ouvertes [b] et [5], qui proviennent des explosives dentales / (§ 383) et d ($ 391), étaient d’un emploi fréquent, encore au XIe siècle; la forme sonore se trouvait entre deux voyelles ou devant une liquide: vide [viôa], iedre [jfcôra :, redne [reôna], plus tard vie, lierre, rêne; la forme sourde se trouvait à la fin des mots: perdut [ptrdyp] (§ 387). Une fricative palatale [y] provenant de [k] (voir § 366, s) a probablement existé en gallo-roman; elle est inconnue au français.
307. Consonnes affriquées. Les consonnes affriquées sont des consonnes composées d’une explosive, sourde ou sonore, et d’une fricative, sourde ou sonore. De nos jours, ces phonèmes doubles n’existent en français que dans des mots d’emprunt, mais ils jouaient un rôle important dans le consonantisme du moyen âge, qui possédait [tj], [d3], [ts], [dz].
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1° La consonne chuintante affriquée [(I3] provient de tout g initial ou médial appuyé, suivi d’i, d’c ou d’a: gentem > gent; argentum > argent (§ 423); de tout j initial: jam > jà (§ 469); de dj initial ou médial appuyé: diurnum > jour, viridiarium > nergier (§475); de (b)j médial: tibia > tige (§ 472); quelquefois de (m)j, de (n)j, de ( r)j : simium > singe , lanea > lange, cerea > cierge (§ 471); de c dans -ica: j udicare > jngier (§401,2), de e dans ëgo > je. Vers la lin du moyen âge, [dj] perd son élément dental, et devient [3]. Dans la langue moderne, [dg] n’existe que dans les mots d’emprunt: djinn [dgin].
2° La chuintante affriquée sourde [tj] provient de tout c initial ou médial appuyé, suivi d’a; carum > chier, sicca > sèche (§ 401), de (p)j: sapiam > sache (§ 472, 1). Vers la fin du moyen âge, [tj] perd son élément dental et devient [J], Dans la langue moderne, [tj] n’existe que dans quelques mots d’emprunt récents: patchouli [patjuli], tchèque [tjek], cachucha [katjutja], etc. Ajoutons qu’ordinairement le [tj] des mots étrangers s’est réduit à [J] (voir § 116).
3° La dentale affriquée sourde [ts] provient de tout c initial ou médial appuyé, suivi d’e ou d’i: centum > cent [tsent], mercedem > merci (§ 403); de cj devant une voyelle: facia m > face (§ 476); de tj appuyé: tertia > tierce (§ 474,4). A la finale, elle provient de c suivi d’e ou d’i: fa cio > vfr. faz, placeo > vfr. plaz (§ 476,2); de t, d -j- s: pedes > piez, anratis > amez, in tus > enz, grandis > granz (§ 384); de n appuyé -j~ s : annus > anz, diurnus > jorz ( ns > nts, un élément dental s’étant intercalé entre nasale et fricative). Enfin, elle se substitue à s, après n mouillé et / mouillé, qui perdent en même temps leur mouillement: cuneos > cup o s > coinz (§ 231), meli u s > meXos > mielz, *periculos > perilz, (cf. II2, 268). Notre phonème double se notait par z ( fazet dans le premier Serment de Strasbourg), cz, te ( manatee dans Ste Eulalie) et surtout par c. Vers la fin du XIIIe siècle, [ts] se réduit au son simple [s], écrit c ( tierce ) ou ss (fasse). De nos jours, [ts] ne s’entend que dans des mots d’emprunt: tsigane.
Remarque. Les affriquées, disparues en français, se retrouvent dans quelques mots passés, au moyen âge, dans les langues étrangères; ainsi [dz] et |tj] s'entendent en anglais dans gentle, gest et chamber, change; pour d’autres exemples, voir § 24.
4U La dentale atfriquée sonore [dz] provient de tj médial non appuyé: pre tiare > preisier (§ 474, 1) et d’un c intervocalique (devant une voyelle palatale): *vecinum > voisin (§ 41 (i). Elle s’est de bonne heure réduite au son simple [zj.