‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 14 sur 124 · E. CONFUSION DE TERMINAISONS · texte numérisé non relu

E. CONFUSION DE TERMINAISONS

84. Un certain nombre de dérivés présentent, soit l'addition d'une consonne (bazar— bazarder), soit le changement d'une consonne (tabac — tabatière), soit enfin la suppression d'une consonne (plafond— plafonner). Ces phénomènes, très fréquents dans la langue moderne, sont ordinairement dus à une analogie proportionnelle (I, § 118, s), amenée par l'amuïssement de la consonne finale ou par d'autres développements phonétiques, grâce auxquels des terminaisons primitivement distinctes ont fini par devenir homophones. En eflTet, il n'y a plus, quant à la finale, aucune différence entre fardeau, lourdaud, linot, prévôt, enclos, entre contraint, empreint, parrain, serein, marin, entre bavard, rare, bizarre, etc. etc. La confusion des finales amène constamment des incertitudes et des hésitations dans les dérivés. Nous en avons déjà cité un cer-

tain nombre d'exemples dans les tomes précédents (I, § 315,6, Rem.; II, § 413, 416); nous nous proposons d'étudier ici la question dans son ensemble.

85. Avant d'entrer dans les détails nous présenterons quelques remarques générales sur les trois phénomènes d'analogie que nous allons étudier.

1^ Addition d'une consonne. De bazar on tire bazarder sur le modèle de hasard — hasarder. Comp. tard — tarde, bavard — bavarde qui amènent dans le parler vulgaire avare— avarde (H, 416,2).

2^ Changement d'une consonne. De tabac on a tiré tabatière sur le modèle de chocolat — chocolatière. Ce phénomène est au fond le même que le précédent: il suppose l'amuïssement de la consonne finale du primitif (quand on prononçait [tabak] on avait le dérivé régulier tabaquière); nous traiterons dans la suite du changement des consonnes sous la même rubrique que l'addition d'une consonne.

3^ Suppression d'une consonne. De plafond on tire plafonner sur le modèle de raison — raisonner. Ce phénomène qui suppose également l'aniuîssement de la consonne finale du radical sera, pour des raisons pratiques, traité à part dans l'exposé suivant.

86. Pour les exemples remontant au-delà de la Renaissance il faut ordinairement chercher une explication un peu différente de celle que nous avons donnée. On avait au moyen âge brebion à côté de brebis, comme on a maintenant taudion à côté de taudis; ces exemples, qui paraissent identiques, ne le sont pourtant pas, et ils s'expliquent différemment. Taudis se prononce maintenant [todi], et le dérivé moderne taudion a été tiré de la forme prononcée, comme plafonner de plafon(d). Quant à brebis au contraire il se prononçait [brabits] ou [brabis] à l'époque où on a formé brebion, et puisque la sifflante appartenait, au thème (berbice) on aurait donc dû la conserver dans les dérivés. Mais il ne faut pas oublier que, grâce au mécanisme grammatical, les indéclinables se règlent parfois sur les déclinables (cf. II, § 264, Rem.), et l'influence de mots tels que amis — ami amenait brebis — brebi. C'est de cette dernière forme analogique que proviennent brebion, brebiage, brebiail, brebiete.

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