‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 48 sur 124 · Formations analogiques · texte numérisé non relu

Formations analogiques

1^ AT n'est pas étymologique dans reliquat, qui est pour reliqua (lat. reliqua); encore en 1694, l'Académie écrit le mot sans /. tout en ajoutant que » quelques-uns escrivent reliquat €.

2® AT a été remplacé par -as dans cadenas < cadenat (prov. cadenat), cervelas (^ cervelat (it. cervellato); par -âtre, dans mulâtre (§ 186) < mulat (esp. mu lato); par -ard (-art) dans brocard < brocat (il. broccato), escarbillard (^ escarbillat (gasc. escarrabilhat), surard < surai (dérivé de sureau, § 78); on hésite entre louvat et louvard. Au XVII* siècle, on disait rosar, violar, soldar, pour rosat, violât^ soldat,

310. ATEUR, dont la forme populaire est -ëor, -eur (§ 230), reproduit le latin -atorem: On le trouve dans les mots d'emprunt: administrateur, admirateur, adorateur, collaborateur, consolateur, explorateur, etc. Les créations françaises, qui apparaissent surtout dans la langue moderne, sont nombreuses; elles sont toutes tirées de verbes. Exemples: accélérateur, acclamateur, annonciateur, colonisateur, épurateur^ extirpateur, [dateur, régulateur, vulgarisateur, etc.

311. ATION reproduit le latin -ationem. On le trouve dans beaucoup de mots d'emprunt: abdication, aberration, adoration, adulation, circulation, considération, flagellation. C'est sur le modèle de ces mots d'emprunt qu'on a tiré de thèmes verbaux des dérivés nouveaux marquant l'action: association, autorisation, bifurcation, canonisation, centralisation, cautérisation, démoralisation , localisation, unification, vaccination, etc. Notre suffixe peut aussi s'ajouter à des thèmes latins: aviation, claustration, majoration. L'emploi toujours croissant de -ation a fini par tuer -aison (§ 168). Notons aussi que les anciennes formes dérivaison^ sevraison ont été remplacées par dérivation, séparation,

312. ATIQUE remonte à -aticus; il a été tiré de mots tels que aromatique, diplomatique, dogmatique^ énigmatique, flegmatique, etc. Il a peu servi à créer des mots nouveaux; citons emblématique (tiré de emblème probablement sur le modèle de problématique).

313. ATOIRE. Ce suffixe, qui reproduit le latin -atorius, a été tiré de mots d'emprunt tels que adjutatoirCy ambulatoire^ conservatoire, consolatoire^ etc. Voici quelques formations françaises: accusatoire^ dînatoire, soupaioire (Brillât-Savarin).

314. ATURE remonte au latin -atura, dont la forme populaire est -^ure, <ire (§ 296). On le trouve dans des mots d'emprunt latins comme armature^ dictature^ littérature^ nomenclature, quadrature, température, etc. et dans quelques mots d'origine italienne: caricature^ miniature, etc. Quant aux créations nouvelles, elles sont peu nombreuses. Comme -urc, -ature s'attache et aux verbes (français ou latins): filature, judicature, maculature, signature, et aux noms (français ou latins): arcatare, climaiure, musculature (de musculus), ossature, sacrificature, tablature (de tabula; cf. l'it. tavolatura). Ces exemples montrent que -ature sert ordinairement à désigner l'ensemble des caractères qu'exprime le radical.

Doublets. Le mot populaire armure existe à côté du mot savant armature, La vieille forme populaire temprêtj^re a disparu devant température,

315. ÉEN est une forme collatérale de 4en (§ 246). Il s'emploie surtout pour traduire les mots latins en -sens (-eus): Chaldéen (Chaldaeus), Européen (Europaeus), Héracléen (Heracleus), Néméen (Nemaeus), Phocéen (Phocseus), céruléen (cseruleus), éburnéen (eburneus), hyménéen (hymenaeus), marmoréen (marmoreus).

Remabque. a côté de -éen on trouve aussi, bien que rarement, 'éan. R. Garnier dit ainsi les voix hyménéanes (Cornélie, v. 256).

316. Le suffixe -éen se trouve aussi dans un petit nombre de dérivés français; il s'attache surtout aux mots terminés par -c, -ée, -ey, -ay, i, -y:

1® Dérivés de noms communs: alizéen (de a//zé), fuséen, lycéen,

2® Dérivés de noms de lieux: condéen^ Quadeloupéen, nancéen (de Nancy), nouméen (de Nouméa), panaméen, pyrénéen, quimperléen (de Quimperlé), sabéen (de Saba), tarbéen (de Tarbes), vendéen^ vitréen (de Vitré).

3^ Dérivés de noms de personnes: Goethe— goeihéen (RPhFP, XVII, 149).

317. ENCE, doublet de -ance (§ 172), reproduit le latin -entia: absence (ab senti a), abstinence (abstinentia), confidence (confia eniisi), é/oçuenc^ (eloquentia), évidence (evidentia), intelligence (intelligentia), etc. C'est sur le modèle des mots d'emprunt en -ence^ dont on trouve des exemples dès les plus anciens textes, qu'on a créé des mots nouveaux en -ence tirés d'adjectifs en -ent: adhérence, exigence^ intermittence^ insurgence, permanence, résidence.

Cas isolé. Jouvence^ qui remonte au moins au XVI* siècle, paraît être une altération du v fr. jouvente (de *ju venta pour juventus); le changement est probablement dû à l'influence du sufBxe -ence et du diminutif jouvenceL

318. lAT, forme collatérale de -at (§ 307), s'emploie pour former des dérivés de mots latins en -lus: noviciat (de nov ici us), vicariat (de vi cari us). C'est donc la forme ordinaire des dérivés de mots en -aire: antiquariat^ commissariat^ honorariat, prolétariaty salariat, secrétariat, volontariat II s'emploie par analogie dans margraviat,

319. IBLE est emprunté du latin -îbilis. Il se trouve dès le moyen âge dans les mots d^emprunt: contemptibilis ) contemptible, conversibilis > conversible (Furetière), convertibilis > convertible, corruptibilis > corruptible, credibilis > crédible^ divisibilis > divisible, flexibilis > flexible, horribilis > horrible, intelligibilis > intelligible, risibilis ) risible, etc. Le latin ecclésiastique et scolastique a fourni plusieurs formations nouvelles: comprehensibilis y compréhensible, concupiscibilis > concupiscible, disponibilis > disponible, imperceptibilis > imperceptible, etc.

320. Sur le modèle des mots cités on a créé un petit nombre de dérivés nouveaux. Ils sont tirés soit de verbes latins, soit de verbes français, très rarement de noms français.

1® Radicaux de verbes latins: accessible^ admissible, amovible, comestible, compatible, compressible, éligible, fusible, indicible, etc.

Ce mode de formation est encore vivant, comme le montrent les mots nouveaux conceptible^ explosible, impressible, etc.

2^ Radicaux de verbes français: corrigibky exigible^ lisible^ loisible, nuisible, etc. Dérivé nouveau: répétible (Littré, Suppl.).

3^ Dérivés de noms français: paisible, pénible.

Dans quelques cas il y a eu concurrence entre -ible et -able. Avant de dire nuisible on a dit nuisable; Cotgrave (1611) donne lisable à côté de lisible; la langue moderne admet faisable et faisible; on a eu autrefois pénable à côté de pénible.

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