Formations analogiques
Dans un certain nombre de mots -as s'est substitué à d'autres terminaisons, surtout à -at, et à l'it. -accio, -asso:
Cadenas, emprunté du prov. cadenat.
Cannelas, au XVIP siècle cannelat (Acad. 1694), emprunté du prov. cannelat.
Canevas, emprunté de Fit. cane v accio.
Cervelas, au XVP siècle cervelat, de l'it. cervellato.
Cornillas, orthographe fautive (maintenue par l'Académie) pour cornillat.
Coutelas, emprunté de Fit. coltellaccio.
Galetas, de Gala ta à Constantinople.
Lilas; sur cette forme, voir II, § 365.
Matelas, emprunté de Fit. materasso.
Taffetas, emprunté de l'it. taffetà.
Verglas, est pour verglaz, postverbal tiré de l'ancien verbe ver glacier.
Pour plusieurs substantifs on a hésité entre -as et -asse (ace); on trouve coutelas et coutelace (R. Garnier), populas et populace (cf. Estienne, Deux dialogues, p. p. Ristelhuber I, 198).
181. Substantifs en -asse (-ace). Les formations nouvelles sont tirées de noms ou de verbes.
P Dérivés de noms: bannasse (de banne); bécasse (de bec); brumasse (de brume); cognasse (de coing; cf. I, § 229, . 5) ; culasse; grimace (?); militasse (de million; cf. § 79); paperasse (de papier; cf. § 59); pinace ou pinasse (de pin); *plumace (de plume), primitif hypothétique de plumasseau; rosace (de rose); terrasse (de terre); tétasse (de telle); tignasse (de teigne; cf.
§ 55); villace (de ville); vinasse (de vin). Ajoutons l'ancien paonace (étolTe d'une certaine couleur violelle, dér. de paon).
2" Dérivés de verbes: chiassc^ crevasse^ lavasse^ liasse, tirasse. Brouillasse est un postverbal (§ 548).
S*^ Ajoutons quelques mots propres à l'argot, où -as.se est resté productif: cannasse (prostituée), couturasse (couturière), /illasse, jupasse (couturière qui fait les jupes des robes, jupière), iripasse (femme d'un embonpoint excessif), verrasse.
182. Les autres mots en -asse (-ace) sont d'origine étrangère: Bagasse (esp, bagazo), bagasse (prov. bagassa); bancasse (prov. bancasso), barcasse, bestiasse (it. bestiaccia), calebasse, carcasse (it. carcassa), paillasse (it. pagliaccio), populace (it. populaccio), etc.
Remarque. A côté de -asse, on trouve -ache qui est de provenance italienne ou espagnole et reproduit surtout les terminaisons -accio, -acchio, -aïo: bravache (it. br a v acchio), ganache (it. ganascia), mordache (esp. mordaza), moustache (it. mostacchio), panache (it. pennachio), rondache (it. rondaccio), etc.
183. Adjectifs en -asse. Exemples: Blondasse, bonasse, fadasse, Iwmmasse, laidasse, mollasse, savantasse, etc. Ajoutons l'ancien riace (Patelin, v. 765) et le tout récent cocasse. Comment expliquer l'emploi au masculin de la terminaison féminine -asse"! Il faut probablement supposer que les plus anciens de ces mots ne s'employaient d'abord qu'avec des substantifs féminins: la mer bonasse^ une femme hommasse^ et qu'ensuite la terminaison -asse s'est pour ainsi dire pétrifiée et a été étendue aussi au masculin: un garçon hommasse, un trait hommasse. On pourrait peut-être aussi penser que des mots tels que hommasse, riace ont été primitivement des substantifs féminins qu'on avait employés sans changement comme attributs: une hommasse (A. d'Aubigné, Misères, v. 1175) — une femme hommasse — un garçon hommasse; cette combinaison s'expliquerait ainsi comme une femme médecin (comp. § 641).
Remarque. Rappelons qu'on a essayé de réagir contre l'emploi de -asse au masculin en créant une forme en -as. A. d'Aubigné emploie, dans le Baron de Fœneste, fadas et savantas sans doute à l'imitation des formes méridionales (comp. prov. sabentas). Molière et la Bruyère se servent encore de savantas. Cf. II, § 394.
184. Signification. Notre suffixe exprimait en latin une abondance: capillaceus, ce qui est couvert de (plein de) capilli, poilu. L'idée d'abondance comprend aussi celle de grandeur, qui finit par amener celle de grossièreté et de difformité. En français, le suffixe est ainsi en même temps augmentatif, dépréciatif et péjoratif.
P Le sens augmentatif se trouve dans hannasse, culasse, lavasse, milliasse, rosace, fripasse.
2^ Le sens péjoratif et dépréciatif se trouve dans fillasse, paperasse, tignasse, fripasse, villace, vinasse; hommasse, fadasse, etc.; cf. cognasse (coing sauvage).
Remarque. A cause du sens méprisant attaché au mot populace, Mercier demanda en 1801 qu'il fût remplacé par plèbe. On a adopté plèbe sans pourtant renoncer à populace, et les deux mots ont une valeur également dédaigneuse.
3^ Dans quelques mots le sens primitif paraît absolument obscurci: brumasse, petite brume.
185. AT remonte au latin vulgaire -attus, variante de -ittus (§ 220). On l'a surtout appliqué à des noms d'animaux: Aiglaf, petit de l'aigle (maintenant remplacé par aiglon). Vfr. cervaf, corbaf. Louvaf, jeune loup; on dit aussi louvard (§ 3à4) et louvefeau (§ 401). Verraf, dér. de l'ancien ver « ver rem); par la mort du simple, verraf a perdu sa signification diminutive. Sur la forme allongée -illaf, voir § 408.
186. ATRE, au moyen âge -asfre, remonte à la terminaison -aster, qui s'employait surtout dans la langue populaire. En français il n'a joué qu'un rôle modeste; on retrouve peu des mots latins en -aster et les dérivations nouvelles ne sont pas nombreuses. On a appliqué -âtre à quelques rares substantifs et à des adjectifs désignant surtout des couleurs.
P Substantifs. On avait en vieux français parasfre, marastre, fillastre, frerasfre, sorasfre, clergeasfre, genfillastre. De ces mots, la langue moderne n'a conservé que marâtre et gentillâfre.
2^ Adjectifs : Bellâtre, blanchâtre, bleuâtre, blondâfre, brunâtre, (louçâtre, fauvâtrc, foliaire, fmâtre, grisâtre, jaunâtre, noirâtre,
olivâtre, rosaire, rougeâtre^ roussâtre, verdâtre. Ajoutons acariâtre, dont l'origine est douteuse; il faut peut-être y voir un dérivé de Acaire, nom d'un saint qui guérissait les fous, sous l'influence de follastre (comp. Romania, X, 302). Opiniâtre est un dérivé à moitié savant du lat. opinio.