Substantifs verbaux masculins
1^ Dérivés de verbes en -er: aboi(s), accord, accroc (§ 70), achat (§ 547), aguet, amas, appareil, appeau (II, § 313), appel, appui, arrêt, aveu, babil, bal, branle, calcul, cintre, coût, cri, début, dédain, défi, dégel, destin, détail, écart, échange, effroi (I, § 159), embarras, entrechat (I, § 99), envoi, flair, galop, labour, mépris, oubli, pardon, pleurs, pli, propos, recul, reflet, refus, regret, repos, reproche, retard, retour, réveil, rot, séjour, souci, souhait, soupir, transport, trépas, tricot, troc, trot, trouble, viol, vol, etc. Sont propres à la vieille langue: acost, acul, adorn ou adour (ornement), adoub, afeu (affouage), agart (inspection, inspecteur), aleu (location), apreci, baail (bâillement), chaple (coup violent), clain (cri), despuel (dépouillement), dessoivre (séparation), esbanoi (amusement), escri (cri), esme (apprécia-
tion), frap (coup), gazoïiil, livre (livraison), pri, ronfle, ruef (demande), tast (toucher), etc.
2^ Dérivés de verbes en -ir: accueil, bond, choix, départ, entretien, maintien, offre, recueil, ressort, rôt. A l'ancienne langue appartiennent assent (assentiment), consent, cueil, desvest (dévêtissement), glap, glat (aboiement), ment, etc.
3° Dérivés de verbes en -re: abat, bat, combat, débat, défend(s), ébat, mord, rabat, rebat, refend, refrain (I, § 305, 7), revif A l'ancienne langue appartiennent: contrebat (difficulté), destort (détournement), entrebat (interruption), sourt (source), etc.
543. Changements phonétiques. L'apocope de la terminaison est souvent accompagnée de différents changements phonétiques du radical. A cause de la concordance qui existe entre les substantifs verbaux et les formes rhizotoniques du présent de l'indicatif: crier — je cri(e) — un cri, offrir — f offre — un offre, les particularités phonétiques propres aux formes verbales sont aussi introduites dans les substantifs: soutenir ^— je soutien(s) — un soutien, etc.
Remarque. Les changements phonétiques ne se trouvent que dans les substantifs verbaux masculins, jamais dans les féminins; de cZamer on avait tiré au moyen âge clain et clame, de relever, relief et relevé.
544. Voyelles. Les voyelles inaccentuées de l'infinitif en devenant accentuées se changent de différentes manières, dont voici les principales:
P a > ai (cf. II, § 24): vfr. clamer — clain, vfr. manoir — main.
20 a > e (cf. § 47) : vfr. abaer—abé.
3° e ) ie (§ 59): maintenir — maintien, soutenir — soutien, relever— relief; on trouve au moyen âge aussi grever- — grief, lever — lief tenir — tien.
40 e > oi (§ 60): vfr. agréer — agroi, d'oii agrès (§ 547), vfr. conreer — conroi, maintenant corroi; enteser — entois (action de tenir son arc tendu); vfr. esfreer — esfroi, effroi; espérer — espoir; vfr. sevrer — soivre.
50 oi > i (voir II, § 28): vfr. denoiier — déni; vfr. noiier — ni; vfr. ploiier — pli; vfr. proiier—pri; vfr. renoiier — reni, etc. ; on trouve aussi des tormes analogiques avec oi: denoi, ploi, etc.
6® o(u) > eu (cf. § 58): avouer— aveu; à la vieille langue appartiennent afouer—afeu (affouage), aloer—aleu (location), enfoer — enfeUj plorer— pleur. Pour les créations nouvelles, le passage à -eu ne s'observe plus: labourer — labour.
1^ o(u) > ue (cf. I, § 301); ce changement est propre à la vieille langue: mouvoir } muef (§ 546,9), rouver > ruef (demande), trouver > truef (épave), vouloir > vueil (volonté).
8^ Devant une consonne nasale devenue finale, la voyelle se nasalise: vfr. clamer — clain, gagner — gain, etc.
546. Consonnes. Les consonnes qui précèdent la terminaison de l'infinitif subissent différents changements en devenant finales: les sonores b, d, v deviennent les sourdes p, t, f (I, § 314,2), le n mouillé perd son mouillement, le /i dental peut tomber, etc.; voici quelques détails:
P b > p (voir I, § 379,2): vfr. gaber > gap; l'analogie peut amener la conservation du b\ on trouve ainsi gab, comme adoub (de adouber) et radoub.
2^ c [ts] (voir I, § 307, 3) se conservait dans la vieille langue: esforcier — esforz, eslancier — eslanz, entercier — enterz, esclicier — escliz, recomencier — recomenz, etc. De ces mots la langue moderne a gardé eslanz et esforz sous les formes altérées élan et effort
3^ ch est parfois remplacé par c (cf. § 69): accrocher — accroc, déjucher — déjuc; raccrocher — raccroc, tricher — vfr. trie. Dans d'autres cas on conserve la chuintante: relâcher — relâche, reprocher — reproche (comp. charger — charge, échanger — échangé).
4^ d > t (voir I, § 395, 2). Ce changement est propre à la vieille langue: accorder — accort, comander — comant, mander — mant, etc. Dans la langue moderne acort a été remplacé par accord. ,
5^ gn ) (i)n (voir I, § 336, 1): vfr. bargaignier — bargain; vfr. desdaignier — desdain, dédain; vfr. desseignier — dessein; vfr. gaignier — gain ; vfr. meshaignier — meshain, etc.
60 1 > [Ji] (cf. II, § 121): vfr. doloir — dueil, vfr. valoir — vail, vfr. voloir — vueil.
70 1 ) u, devant une consonne (I, § 342). De appeler on a tiré appel qu'on munit de la marque du nominatif, d'où ajopeaus (I, § 238); la langue moderne présente les doublets appeau et appel (voir II, § 313).
- 8^ n, après un r, disparaît (cf. I, § 327, Rem.) : détournerdétour, retourner — retour, séjourner — séjour; vfr. escharnir — eschar.
9^ V > f (voir I, § 449): élever — élef; relever— relief ; on trouve dans la vieille langue lever — lief, mouvoir — muef, trouver — truef.
547. Cas particuliers. Quelques formes demandent des explications spéciales :
Achat a été tiré de l'ancienne forme achater (voir I, § 169); il l'a emporté sur achet, dérivé plus récent, tiré de acheter, après beaucoup d'hésitations. Nicot ne connaît que achet; Cotgrave (1611) renvoie d'achat à achet; Monet (1635) donne les deux formes, Duez (1639) ne cite qu'achapt.
Agrès est pour agrais, agrois (I, § 159), pluriel du vfr. agroi (armure, équipage), tiré de agréer.
Amers est peut-être pour amercs, pluriel de amerc, tiré du vfr. amerquer (marquer).
Appeau, doublet de appel; voir II, § 313.
Bagou; on dit en picard bagout, ce qui paraît indiquer un dérivé de bagouler (conservé dans déhagouler).
Bascule est une altération de bacule, tiré de l'ancien verbe baculer (I, § 529).
Croît; la forme régulière serait crois qu'on trouve dans la vieille langue; le t, qui ne s'introduit qu'au XVP siècle, est dû à l'influence du t adventice de croître. De la même manière s'expliquent accroît, décroît^ surcroît.
Décalque, tiré de décalquer sous l'influence de calque.
Dessein, tiré de l'ancien verbe desseignier.
Dessin, variante orthographique de dessein, créée au XVIP siècle sous l'influence de l'infinitif dessiner. Richelet (1680) remarque: » Quelques modernes écrivent le mot de dessein étant terme de peinture, sans e après les deux s, mais on ne les doit imiter en cela.«
Effort a remplacé esforz, dérivé régulier de esforcier. L'altération est due à une assimilation aux mots déclinables en -orz.
Élan a remplacé élans (encoriB dans Trévoux) qui remonte à eslanz, dérivé de eslancier.
Entrechat s'écrivait primitivement entrechas, dérivé de entrechasser.
Go (dans tout de go)y autrefois gob, de gober.
Legs, forme fautive due à une étymologie populaire (I, § 119), est pour lais, de laisser.
Rachat remonte à Fancienne forme rachater; comp. achat.
Raconte (récit), vieille forme dérivée de raconter, sous lïnfluence de conte.
Réchaud, probablement dérivé de réchauffer, sous l'influence de chaud.
Redan, graphie fautive pour redent, de redenter.
Rehaut, tiré de rehausser, sous l'influence de haut.
Relais (chevaux frais pour remplacer les chevaux fatigués), pluriel de relai tiré de relayer; comp. II, § 365.
Rempart, graphie fautive pour rempar, de remparer.
Renfort a remplacé renfors, renforz, de renforcier.
Revient, graphie fautive pour revien (cf. soutien, maintien), de revenir.
Taux, pour taus, de l'ancien verbe tausser.
Transfert, de transférer; le t est peut-être dû au latin transfert.