CHAPITRE I
REMARQUES GÉNÉRALES
47. En français, les prépositions jouent un plus grand rôle qu’en latin. A cause de l’écroulement de la déclinaison nominale (cf. II2, § 227 ss.), le domaine de leur emploi a été très élargi: certains rapports syntaxiques indiqués autrefois à l aide d’une désinence casuelle s’expriment maintenant par une préposition. On disait, il y a deux mille ans, finis vitae, dat amico librum, gratia Dei; on dit actuellement la fin de la vie, il donne le livre à son ami, par la grâce de Dieu. Cet emploi des prépositions, qui se retrouve dans toutes les langues romanes, a des racines qui remontent très haut. Dans un règlement d’un temple de la Sabine, daté de l’an 57 avant Jésus-Christ, on prévoit le cas où des donations seraient faites au temple: Si pecunia ad id templam data erit . . Quod ad eam aedem donum datum erit. Au lieu du datif, nous trouvons ici la construction romane (cf. § 74). Ajoutons que Suétone, en parlant des habitudes de l’empereur Auguste, raconte que celui-ci, pour plus de clarté, ne craignait pas d’ajouter des prépositions aux noms de villes et des conjonctions aux verbes. Voici le passage en question: Praecipuamque curam du.vit sensum animi quant apertissime exprimere. Quod quo facilius efficeret aut necubi lectorem vel auditorem obturbaret ac moraretur, neque praepositiones urbibus addere neque coniuncliones saepius iterare dubitavit , quae detractae affermit aliquid obscuritatis, etsi gratiam augent ( De vita Augusti, chap. 86). Ainsi l’empereur, pour être mieux compris, ne craignait pas de recourir aux particules dont se servait le
Kr. Nyrop: Grammaire. VI. 5
»sermo plebeius«. Notons que même dans le »sermo urbanus«, les prépositions s’employaient parfois concurremment avec les cas: on disait Romani ire à côté de in (ad) urbem ire , Roma proficisci à côté de ex urbe proficisci. Cependant le peuple fit un emploi de plus en plus grand des prépositions, en même temps que les désinences casuelles devenaient de plus en plus incapables d’exprimer des rapports syntaxiques, et l’ancienne déclinaison latine finit par disparaître (voir II2, § 230).
48. Plusieurs des prépositions latines ont disparu; mais on constate un très riche développement de formations nouvelles qui ont largement comblé les vides.
1° Ont disparu les prépositions latines suivantes: Adversus, circa, coram, cum, erga, ob, penes, prœter, propter, tenus et quelques autres d’un emploi restreint.
2° Ont été conservées les prépositions suivantes: ad > à; apud > vfr. ot, od, o ; contra > contre; de > de; extra vfr. estre; in > en; inter > entre; juxta > vfr. joste ; per
> par ; post > vfr. pois , puis; pro > pour; super, supra
> vfr. soure, sour, d’où sur (cf. I3, § 302); trans "> vfr. très : ultra > outre. Pour les détails, voir III, § 616. Il faut ajouter quelques adverbes primitifs tels que subtus > sous et versus > vers.
3° Un grand nombre de prépositions nouvelles ont été créées en latin vulgaire, et on a continué à en former jusqu’à nos jours. Les procédés de formation sont assez divers; nous allons en indiquer les principaux.