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Dans la langue moderne, par sert surtout à indiquer

1 0 Le mouvement et le lieu par où l’on passe. Ex.: Par

monts et par vaux, passer par la porte, se jeter par la fenêtre, monter par l'escalier de service, descendre par une pente insensible, passer par chez vous (§ 54).

2° Les conditions météorologiques dans lesquelles l’action a lieu. Ex.: Se promener par tous les temps, par un beau soleil d’été, rentrer par une tiède soirée, se promener par un ciel étoilé et froid, sortir par une telle chaleur. L'usage ne permet plus partir par malin; on disait aussi venir par un vendredi. Ce tour ne s’emploie plus que lorsque le nom est accompagné d’une épithète: sortir par une belle après-midi d’été.

8° L’agent véritable (être animé ou chose) de l’action. Ex.: Il fut vaincu par son adversaire. La voiture est tirée par deux chevaux. Le soldat frappé par une balle. Il fut blessé par

son épée. Une tente renversée par te vent. La poudre fut inventée par un moine. Pour la vieille langue, rappelons un vers bien connu de la Chanson de Roland: Dulce France ne seit par nus hunie (v. 1927).

4° L’instrument, le moyen. Ex.: Penser par le cerveau, voir par tes yeux, parler par la bouche. Arriver par le train. Envoyer par la poste. Répondre par retour du courrier. Répondre par signes. Nettoyer par le vide. Prendre par la main, par le bras, par tes épaules, par les cheveux, par le collet. Prendre le taureau par les cornes. Brûler la chandelle par les deux bouts. Juger un arbre par ses fruits. L’emploi instrumental s’observe déjà au moyen âge: Deus del ciel li mandat par son angele ( Roland , v. 2319).

5° La cause, le principe, le motif. Ex.: Par crainte, par paresse, par convenance, par cette seule raison. Par droit de naissance, par contrat, par testament. Faire une chose par bonté, par charité, par grâce, par pitié, par amour, par amitié, par goût, par instinct, par avarice, par jalousie, par devoir, par respect, par distraction.

6° La manière. Ex.: Par sauts et par bonds. Prendre les choses par leur meilleur côté. Se casser le bras par accident. Épouser par force une femme qu'on n’aime pas. Par hasard, par miracle, par enchantement, par mégarde.

7° La distribution. Ex.: Cinq francs par mot, trois fois par an, dix francs par cachet, deux sous par tête, par morceaux.

120. Nous avons vu plus haut (§ 86) que, dans plusieurs cas, de s’emploie concurremment avec par, pourtant avec

une légère nuance de sens, ajouterons les suivants:

Ce mari est battu de sa femme (indique que la femme a l’habitude de battre son mari).

Un rocher battu des flots (exprime un état habituel

Kr. Nyrop : Grammaire. VI.

ux exemples déjà cités, nous

Ce mari est battu par sa femme (signifie que la femme bat présentement son mari ou qu’elle a l’habitude de le battre).

Un rocher battu par tes flots (peut indiquer en outre

du rocher, tenant à sa situation).

Il a été loué de tout le monde (la préposition de s’emploie ici selon § 86 pour exprimer l’approbation éprouvée et qui n'est pas nécessairement formulée).

Nous avons été effrayés des conséquences de cette faillite.

Nous avons été effrayés de la mauvaise mine de ce pauvre homme.

Le malade a été abandonné des médecins.

Le malheureux a été abandonné de Dieu et des hommes.

un état momentané provenant des vents ou de la tempête).

Il a été loué par tout le monde (ce tour peut signifier aussi qu’on pense surtout aux paroles par lesquelles on exprime l’éloge).

Les passagers ont été effrayés par l’orage.

Les promeneurs ont été effrayés par la mauvaise mine de cet individu.

Madame X. a été abandonnée par son mari.

L'appartement a été abandonné par mon frère depuis longtemps.

On peut noter que, dans ces exemples, l’emploi de par est toujours possible, tandis que l’emploi de de est limité aux cas spéciaux de la première colonne.

121. Parmi est un composé de par et de mi (lat. medium). On a dit d’abord par mi le gant et par mie la forest; mais, de très bonne heure, l’adjectif s’est soudé à la préposition, et il est devenu invariable, d’où parmi le gaut, parmi la forest (eomp. V, § 78). Voici quelques remarques générales sur l’emploi de parmi à travers les temps:

1 0 Au moyen âge, parmi gardait, pour une grande partie, son sens primitif; comme par, dont il était un synonyme renforcé, il désignait surtout un mouvement: en passant, au milieu de, en traversant, à travers, au travers de. Ex.: Parmi le cor li fait le froit acier passer (. Berte , v. 69). Et parmi les chans furent espandu maint cervel (/£>., v. 3736). Guardet

su destre par mi un val herbus ( Roland , v. 1018). Il li orent mis par Champaigne et parmi France (Villehardouin, § 42). Et fu feruz parmi le vis d’un glaive (id., § 160). Li hom lays, quant il ot mesdire de la loy chrestienne, ne doit pas desfendre la loy crestienne, ne mais de l’espee, de quoy il doit donner parmi le ventre dedens, tant comme elle y puet entrer (Joinville, § 53). Liquel traioient a nous de visee parmi le flum (id., § 194). Et je en alai outre parmi les oreilles dou cheval (id., § 223). Il prend aussi le sens de ‘moyennant’. Ex.: Li cuens de Champaigne vendi au roi, parmi les quarante mille livres, les fiez ci apres nommés (id., § 87).

2° Parmi s’emploie encore dans la langue classique avec un régime au singulier; l’ancien sens apparaît dans ce vers de La Fontaine: Force moutons parmi la plaine ( Fables , XI, n° 1); employé de cette manière, il est aussi suivi du pluriel: Parmi des demeures pareilles (. ib ., III, n° 15). Les grammairiens ont blâmé l’emploi de parmi dans les passages suivants: Parmi ce grand amour que j’avais pour Sévère (Corneille, Polyeucle I, sc. 3). Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore (Racine, Britannicus, II, sc. 6). On n’admettait en effet parmi devant un singulier que s’il s’agissait d’un collectif: Il court parmi le monde un livre abominable (Molière, Misanthrope, I, sc. 1).

3° Dans la langue moderne, parmi doit être suivi d’un régime au pluriel ou d’un collectif: parmi les Russes, parmi les étudiants, parmi nous, parmi la foule (sérieusement concurrencé par dans la foule).

4° Les poètes modernes recourent parfois à l’ancien usage. Ex.: Et parmi sa pâleur, éclate Une bouche aux rires vainqueurs (Th. Gautier, Carmen). Chevalier, chrétien ou maure, Qui dors sous le sycomore, Parmi l’herbe du vallon (V. Hugo, Romance mauresque). Il s’engouffre au fond des ravines Parmi le fracas des torrents (Leconte de Lisle, Pantoums Malais). Parmi le tourbillon cruel Où tombent les poteaux minces du télégraphe (P. Verlaine, La bonne chanson). Restons silencieux parmi la paix nocturne (id., Circonspection). Parmi le vent (H. de Régnier, Exergue). Parmi, à jamais, la nuit sombre (id., Le Vase). Parmi le sable aride (id., Vestigia Flammæ, p. 8). Je respirais parmi le soir, ô pureté, Mon

rêve enveloppé dans tes voiles de femme (A. Samain, Ermione). Les prosateurs, eux aussi, recourent parfois à l’usage signalé pour donner à leur style un cachet archaïque et naïf. On se rappelle le beau commencement de »Le Roman du Lièvre « par Francis Jammes: Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse. Notons aussi que Catulle Mendès, qui se sert souvent des prépositions d’une manière originale (cf. § 135), a fait un emploi très large de parmi. Il écrit par ex.: Parmi l'étroite chambre, parmi la fumée, parmi le fleuve noir , parmi le satin blanc de sa robe , parmi la gloire, parmi le désordre, parmi la musique, etc.

5° L’ancienne valeur de parmi se retrouve aussi en Belgique, où l’on dit parmi le lit.

Remarque. On peut signaler l’existence d’un autre composé de mi propre au moyen âge: enmi. On disait enmi les chans, enmi la cort, enmi le gaut. Il est évident que mi sert à renforcer le sens de en; comp. it. in mezzo a. Enmi s’est conservé dans les patois; dans »Les maîtres sonneurs*, G. Sand emploie l’expression emmi les blés.

122. Pendant s’est développé comme durant (§ 94). On a eu d’abord la construction absolue pendant l'orage ou l’orage pendant (= l’orage étant suspendu); ensuite on a perdu la compréhension des rapports primitifs entre les deux mots, et pendant a été regardé comme régissant l'orage ; enfin on a dit par extension sémantique pendant la guerre, pendant la nuit, pendant une heure.

123. Pour, vfr. por, continue le lat. pop. por, altération du classique pro (I3, § 518,2). Cette préposition présente un si grand nombre d’emplois différents qu’il est impossible de les analyser ici d’une manière détaillée; nous nous contenterons des observations sommaires suivantes:

1° Pour signifie ‘à la place de’ (comp. en latin ibo pro te; est mihi pro pâtre; pro consule). Ex.: Guenes respunt: Pur mei n’iras tu mie ( Roland , v. 296). Un jour le cuisinier, ayant trop bu d’un coup, Prit pour oison le cygne (La Fontaine, Fables, III, n° 12). La cour . . . Pour deux que l’on cherchait en eût présenté mille (Racine, Britannicus, I, se. 2). On dit également: Rendre le bien pour le mal. Echanger une vieille montre pour une neuve .

2° Pour en vient à indiquer la fin, le but. Ex.: Brochent ad ait pur le plus tost aler ( Roland , v. 1184). Prozdom i out pur sun seignur aider ( ib ., v. 26). C’est le même pour qui se trouve dans l’ancienne conjonction pour ce que (§ 156). Ex.: Sunent mil grailles por ço que plus bel seit ( Roland , v. 1004). Le pour final est très employé dans la langue moderne: Je le fais pour vous être utile. Nous avons téléphoné pour un taxi.

3° Pour exprime en outre une série de nuances indiquant surtout des rapports de cause à effet. Ex. : De Mareilie s’en fuient por la chrestientet Que il ne voelent ne tenir ne guarder ( Roland , v. 686). Pur sa beltet dames li sunt amies (ib., v. 957). Pour l’obscurité de la chambre, ne le pooit cognoistre (Marguerite de Navarre, Heptaméron). Dans la langue moderne on dit: Il a été puni pour une faute légère. De même souvent devant un infinitif: Il est malade pour avoir mangé des cerises. Il sera puni pour avoir volé (voir § 230,4).

4° Pour signifie ‘par rapport à’, ‘à destination de’ (comp. en latin: pro se quisque, pro tempore et pro re consilium capere, mori pro fide). Ex.: C’est un bonheur pour nous. La tendresse d’une mère pour ses enfants. C'est bon pour la fièvre. — Il est parti pour la campagne. Il s’est mis en route pour Genève. Il a pris le train pour Amsterdam. Nous partirons demain pour l’Italie (concurrencé par en Italie; voir V, § 33,3).

Remarque. C’est ici que nous rappellerons le tour médiéval aler por qn. Ex.: Amis, alés por vostre mestre {Barlaam et Josaphat , v. 5350). On disait également aler poruec (lat. pro hoc; cf. avuec, avec; § 79). Ce mot, dont le sens primitif fut vite oublié, s’employait comme préposition tout comme le simple por. Ex.: Alés pruekes le parkemin (Dit de l'empereur Constant, v. 3J7).

5° Pour exprime enfin une hypothèse. Ex.: Ja pur mûrir n’eschiverunt bataille ( Roland , v. 1096). Ils ne veulent, pour mourir, mettre leur fin aux choses basses (Marguerite de Navarre, Heptaméron).

6° Pour en vient aussi à exprimer une concession. Ex.: Les rois, pour être rois, ne laissent pas d’être hommes (Satgre Ménippée p. p. Labitte, p. 223). Ah! pour être Romain, je n’en suis pas moins homme (Corneille, Sertorius, v. 1194). Ah! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme (Molière,

Tartufe, v. 966). Pour dormir dans la rue on n’offense personne (Racine, Plaideurs, I, sc. 1). Ici pour a le sens ‘par le fait de’, comme dans les vers suivants: Ton bonheur n’est couvert que d’un peu de nuage Et tu n’as rien perdu pour le voir différer (Corneille, Le Cid, v. 447).

Composé. A côté de pour, on avait au moyen âge empour. Ex.: Empor ton fil dont tu as tel dolor (St. Alexis, v. 219).

124. Près (lat. pressum) est primitivement un participe passé («serré contre«); il fonctionne dès les plus anciens textes et jusqu’à nos jours comme préposition et adverbe. Employé comme préposition, il était autrefois accompagné de à: Près a trois bues ou a quatre S’estoit de la cort trestornez ( Ivain , v. 5878), ou plus généralement de de: Près est de Deu e del régné del ciel (St. Alexis, v. 179). Plus près d’ici purrez truver les Francs (Roland, v. 2735). Voici quelques exemples types montrant les différentes fonctions de près de dans la langue moderne, qui sont, en général, celles que lui assignait la vieille langue: Echouer près du port, demeurer près du théâtre, durer près de six mois, être près de partir, être assez près de la perfection, etc. Remarquez aussi la valeur spéciale que présente près de dans le vers suivant: Et près de vous, ce sont des sots que tous les hommes (Molière, Tartufe, I, sc. 5). Ajoutons que, dans la langue des provinces, on omet parfois de devant un nom de lieu, et l’on dit près l'église. Comp.: Se mire-t-on près un rivage (La Fontaine, Fables, VIII, n° 13).

Composés. On trouve dans la vieille langue après (de), auprès et auprès (de). La langue moderne n’a conservé que la dernière de ces prépositions, qui ordinairement a le sens de ‘en comparaison avec’: Votre malheur n’est rien auprès du sien. Elle a presque perdu le sens local, qui se trouve chez Corneille: Reprends auprès de moi ta place accoutumée ( Cinna , V, sc. 3). On dirait actuellement à côté de moi. L’ancien usage vit toujours dans le langage diplomatique : Ministre plénipotentiaire auprès de Sa Majesté le Roi de Suède.

Remarque. Près a remplacé pruef (lat. prope), qui s’employait jusqu’au XIIe siècle; on disait prüef de et pruef a (tout comme près de et près a).

125. Proche est probablement une formation proportionnelle (cf. I3, § 118,2 et III, § 536), tirée de prochain (comp. certes — certain, haut — hautain, etc.). Le mot ne se trouve dans aucun texte médiéval; pourtant son existence est prouvée par l’adverbe dérivé prochement, dont Godefroy (VI, 420) cite un exemple de 1259. Comme préposition, il se combine volontiers avec de (comp. hors de, § 110; près de, § 124): proche de la muraille, proche de l'église, proche de nous, proche de chez moi, proche de sa ruine, proche de mourir. Le de peut s’omettre: proche les bornes de Manassé (Saci), proche l'église, proche le Palais. Cet emploi présente actuellement un caractère archaïque ou familier. Pourtant plusieurs auteurs modernes s’en servent. Ex. : Les vingt-quatre disciples ayant construit leurs cabanes proche la sienne imitaient ses austérités (A. France, Thaïs). Le refuge est proche le lac (H. Bordeaux, Le chamois couleur de neige). Une eau glacée, jaillie du sol proche les neiges (ib.). Pour l’omission de la préposition, on peut comparer en face la gare, qui appartient à la langue familière, avec en face de la gare. Comp.: Les homm’s de Loi, dans l’monument Qu’est en fac’ la Bell’ ^Jardinière (Xanrof, Au Palais de Justice).

126. Puis, vfr. aussi pois, pueis, pues, etc., remonte à l’adverbe pôstea par quelque forme altérée telle que par exemple *postius, propre au latin vulgaire. Dès les plus vieux textes français, puis fonctionne aussi comme préposition. Ex.: Puis mon deces en fusses onorez (St. Alexis, v. 405). Pois Rollant ne pois Olivier N’out en terre tel chevalier (Wace, Roman de Rou, III, v. 8961). On disait de même puis cel jour, puis cele ore, puis demain, puis vespree, puis peu de temps, etc. Au XVe et au XVIe siècle, puis est moins employé comme préposition; on le trouve surtout dans la locution puis n’agueres-, partout ailleurs il est remplacé peu à peu par le composé depuis ou par après (§ 76).

Composés. A côté de puis, on trouve dès le XIIe siècle le composé depuis. Ex.: Ne fust si granz depuis la mort Guaifier ( Couronnement de Louis, v. 2325). Dans la vieille langue cette particule fonctionnait surtout comme adverbe; ce n’est qu’au XVe siècle que puis la mort est remplacé par depuis la

mort ou après la mort. Depuis marque non seulement des rapports de temps, mais aussi des rapports de lieu: depuis ma naissance, depuis hier, depuis l'invention de la boussole, depuis les Pyrénées, depuis la frontière, etc. Exemples littéraires: Depuis avoir connu feu Monsieur votre père . . . j’ai voyagé par tout le monde (Molière, Le Bourgeois gentilhomme, IV, sc. 3). Il faut m’excuser, car je n’ai pas eu depuis quinze jours dix minutes de liberté ( Lettres de G. Flaubert à G. Sand,

127. Rière continue le lat. rétro. Il fonctionnait dans la vieille langue comme adverbe et comme préposition. On disait riere lui, riere ses espaules, etc. Relevons surtout l’emploi spécial qu’en faisaient les juristes: riere nous (en notre pouvoir, chez nous); on trouve encore au XVIIe siècle rieres le dict notaire (par devant 1. n.). Depuis lors le mot a disparu; il survit dans derrière (voir ci-dessous) et dans les noms de lieu Rière-les-Chênes et Rière- Mesnois. La Suisse romande se sert encore de nos jours de la préposition rière.

Composé. Derrière remonte sans doute au latin populaire de rétro; il s’employait dans la vieille langue surtout comme adverbe; mais l’emploi prépositionnel se constate de bonne heure. Ex.: Sa rereguarde lerrat derere sei ( Roland , v. 574).

128. Sans, autrefois senz. Dans la vieille langue on renforçait cette préposition par l’addition de point de (§ 25). Ex.: Bueves la jure sanz point d’arestement (Les Narbonnais, v. 1332). Gonbaut il pendent sanz point d’arestoisson ( ib ., v. 1850). Il exprime l’absence, et son emploi n’a guère varié depuis le IXe siècle: sans amis, sans témoins, sans argent, sans souci, sans orgueil, sans honte, sans cela, sans quoi, sans mentir, sans s’excuser, etc. On dit sans amis et sans argent ou sans amis ni argent (cf. § 145). Parfois sans représente toute une proposition conditionnelle. Ex.: Mme Aubain s’y décida, et eût tout de suite repris sa tille à la maison, sans le climat de Pontl’Evêque (G. Flaubert, Un cœur simple). D’autre part on peut employer n’était comme synonyme de sans; on dit ainsi: N’était la musique, la vie ne serait plus supportable. Sur sans que et la négation, voir § 37,2.

Remarque 1. On a beaucoup hésité sur l’emploi de l’article après un infinitif régi par sans. L’usage ordinaire veut qu’on mette l’article, si la négation n’est pas absolue: II ne peut parler sans faire des fautes graves ; si, au contraire, la négation est absolue, on omet l’article: Il parle sans faire de fautes. Comp. § 25. Sans se combinait rarement avec de. Ex.: Sans de femme (ATF, I, 61). Il était parfois suivi de pas ou point. Montesquieu a écrit: César avait de grandes qualités sans pas un défaut.

Remarque 2. L’origine de sans est obscure: La plus vieille forme française est senz, et elle paraît exclure sine comme point de départ; l’italien présente senza, et c’est surtout cette forme qui a fait penser à absentia comme mot d’origine; c’est très douteux. Les vieilles formes espagnoles et provençales demandent une autre explication, qui reste également à trouver.

129. Selon paraît être une formation hybride. Le point de départ est probablement secundum contaminé avec le synonyme longum (cf. I3, § 524 — 27) qui a dû servir de pré position déjà en latin vulgaire. A côté de selon , on avait au moyen âge aussi sulunc , suronc. Le sens de cette préposition n’a guère varié depuis le moyen âge. Ex.: Sulunc les clers divins (Pli. de Tbaun, Comput, v. 287). Selon fonctionne aussi comme adverbe. Ex.: Nul obstacle, je croi, Ne vous peut empêcher d’accomplir vos promesses. — Selon (Molière, Tartufe, I, sc. 5).

Remarque. A côté de selon, on avait aussi en ancien français son, qui représente le développement régulier de secundum, et segont, forme savante du même mot.

130. Sous, autrefois souz, soz, continue le lat. subtus, forme collatérale populaire de subter. Dans la vieille langue, sous avait en somme la même valeur qu’aujourd’hui ; c'est pourquoi nous ne donnerons que des exemples types modernes: Sous mes pieds, sous la table, sous la terre, sous le ciel, un navire sous voiles, être sous les armes, meltre une lettre sous enveloppe, plier sous le faix, sous les verrous, sous clef, mettre sous presse, sous un déguisement, sous seing privé, rire sous cape, sous Louis XIV, sous telle condition, sous des formes parfaites, sous tel numéro, sous peu, sous ce rapport, sous peine de mort, vivre sous un astre heureux, etc. Sur dessous, voir § 92.

131. Sur. Le développement de cette préposition est assez curieux. Le point de départ est à chercher dans super (ou supra) devenu sovre ou plutôt soure, d’où sour, cou-

serve dans sourcil, et ensuite seur, qui a fini par céder la place à sur (comp. prend' homme > prudhomme ; I3, § 302). A côté de sur on a la forme réduite su (voir Manuel phonétique , § 56), qui existait déjà au moyen âge (voir Roland, v. 1018 et 1341). Les emplois de cette préposition sont multiples, et le domaine de sur est bien plus étendu que celui de super. Voici d’abord une série d’exemples littéraires par ordre chronologique: Chi rex eret a cels dis soure pagiens ( Ste Eulalie, v. 12). Sur un perrun de marbre bloi se culchet ( Roland , v. 12). Austorje Ki tint Valence e Envers sur le Rosne (ib., v. 1583). Il looit que il se traisist a main destre sur le flum (Joinville, § 230). Sur l’effroyable coup le coeur se refroidit (A. d’Aubigné, Misères, v. 531. Il s’agit ici d’un rapport de temps, non pas de cause). Que sur 'tous actes noirs ie hay l’ingratitude (Mairet, Sophonisbe, v. 1391). Le Patriarche Georges Fox vint du fond de l’Angleterre le voir à Londres sur sa réputation (Voltaire, Lettres Philosophiques, IV). Mais l’un et l’autre .... consentaient à se fâcher sur la façon dont les partis adverses s’efforcaient d’utiliser Salvat (Zola, Paris, p. 402). Le vieux se lève sur son fauteuil (A. Daudet, Lettres de mon Moulin: Les Vieux). Il était, luimême, assuré sur le feu, sur la maladie, sur la vie, sur les accidents de voiture et de bicyclette, sur le bris des glaces, enfin sur toutes choses (G. Duhamel, Deux hommes, p. 51). Après ces exemples littéraires nous donnerons une série d’exemples types montrant les plus importants des emplois qu’on fait actuellement de cette préposition: Un pont sur pilotis, assis sur un banc, coucher sur le sol, avoir un bandeau sur les peux, perché sur un arbre, Bar-sur-Aube (V, § 42, s), revenir sur ses pas, pâlir sur les livres, la clef est sur la porte, sur ma parole, sur l’honneur, sur soi i témoignage, sur sa foi, compter sur ses amis, être sur ses gardes, s'étendre sur une matière, revenir sur le passé; un jour sur deux; sur dix invités, cinq sont venus; vingt mètres de longueur sur dix de profondeur ; partir sur l’heure, sur ces entrefaites, sur le malin, sur-le-champ (comp. Manuel phonétique, § 56). Nous signalerons enfin le tour un peintre sur porcelaine, tiré de peindre sur porcelaine (cf. § 69,2). Ajoutons aussi que sur dans certains cas a remplacé en; on ne dit plus en la bouche, mais sur la bouche (§ 101). D’autre part sur servait autrefois à exprimer l’hosti-

lité. Ex.: Car molt avoit le cuer sor lui iré ( Enfances Ogier, v. 1327). Cet emploi a disparu.

Composés. On avait dans la vieille langue desour. Ex.: Dessoure terre nel pourent mais tenir (St. Alexis, v. 596). Oliviers muntet desur un pui halçur (Roland, v. 1017). Il est peu employé après le moyen âge; Ronsard écrit dans une de ses odes: Dessur le bord D’une belle source azurée. Il s'emploie encore dans une chanson populaire bien connue: J’ai trois vaisseaux dessur la mer jolie ( Trois jeunes tambours). On avait aussi autrefois le composé parsur.

182. Sus continue le lat. sursum (cf. I3, § 362). Cette particule est étymologiquement adverbe, et telle elle est restée jusqu’à nos jours (courir sus). Au moyen âge elle fonctionnait aussi comme préposition au sens de: sur, vers, du côté de, contre, tout proche de, etc. Ex.: Met pié a terre sus le sablon marois (Auberi, p. 121). Sus un estant sont arestees ( Ysopet de Lgon, v. 1385). Un chapel de paon blanc sus sa teste (Joinville, § 60). Sus cesse de fonctionner comme préposition après le moyen âge; on le trouve quelquefois chez Rabelais: Et monte sus une grosse roche qui estoit sus le chemin ( Gargantua , I).

Composés. Nous noterons surtout dessus , dont se servent encore les auteurs du grand siècle. Ex. : Mon ame insensée A voulu s’arrêter dessus ceste pensée (Mairet, Sophonisbe, v. 293). Enfin toute la ville est dessus la muraille (ib., v. 333). Plus brusquement qu’un chat dessus une souris (Molière, L’Étourdi, IV, sc. 4). Dessus la foi d’autrui (La Fontaine, Fables , II, n° 10). De nos jours, dessus est exclusivement adverbe ; mais il a gardé sa valeur prépositive dans par-dessus et de dessus; on dit par-dessus le marché, par-dessus les maisons, par-dessus (le) bord, par-dessus tout, etc. et de même lever la tête de dessus un document.

188. Travers sert à former les deux prépositions à travers et au travers de. On dit à travers les champs, promenades à travers Paris, à travers la porte, mais l’épée passe au travers du corps, la balle passe au travers du mur, il se fraie un chemin au travers de l’ennemi. Cette distinction n’était pas bien établie autrefois. Ex.: Et, poursuivant Moïse au travers des

déserts (Boileau, Art poétique, I, v. 25). Selon Vaugelas, à travers était moins employé que au travers de. Une contamination des deux formes à travers de, dont se sert par ex. Bossuet, est sévèrement condamnée par le même grammairien (. Remarques , I, 392).

134. Très continue le lat. trans, devenu tras (I3, § 330,5). Il fonctionne comme préposition jusqu’au XVe siècle. Son sens a été modifié. En latin il indiquait exclusivement un rapport de lieu: traus Rhenum incolunt, trans mare currunt, aliquid trans caput jacere. Le sens local s’est conservé surtout en hispano-roman; il a presque disparu en français, où très s’est appliqué essentiellement au rapport de temps: on ne disait pas très un fleuve , mais très une semaine et il a pris le sens de ‘après’, d’où se sont développés plusieurs autres sens voisins (dès, depuis, pendant, auprès de, etc.). Ex.: Très sei la [chartre] tint, ne la volst demostrer (St. Alexis, v. 286). Et si te fas mon escuier Très maintenant (MND, IV, 271, v. 856). On disait de même très Alixandre, très Cloovis, très cel tens, très le premier jour, très devant ier, très puis, très donc (dès lors), etc. A partir du XIVe siècle, très ne fonctionne plus comme préposition, et il est remplacé de différentes manières, surtout par après (§ 76) et par dès (§ 91).

Composé. Detres a gardé le sens local et signifie ‘derrière’; on disait detres le dos, detres sei, detres le jardin. Le mot disparaît avant le XVIe siècle.

135. Vers continue le lat. versus qui, de très bonne heure, a été employé comme préposition. Son emploi a très peu varié depuis les premiers textes. Il signifie ‘du côté de’, et marque une direction dans l’espace et dans le temps: vers la côte, vers la maison, vers la Méditerranée, vers la Chine, vers minuit, vers janvier, vers les une heure (cf. V, § 46, i), vers la quarantaine, etc. Notons les deux points suivants:

1 0 En ancien français, vers s’employait aussi dans le cas où il s’agissait de rapports moraux. Ex.: Ses tu vers cui tu t’es donée (Énéas, éd. Salverda de Grave, v. 8566). Cet usage existe encore au grand siècle. Ex.: Et vers l’un ou vers l’autre il faut être perfide (Corneille, Cinna, III, sc. 2). La libéralité vers le pays natal ( ib ., v. 464). A propos de ce der-

nier vers, Voltaire observe qu’il faudrait envers le pays. Cette observation eût fort étonné Corneille qui suivait tout simplement l’usage ordinaire de son temps. Pascal, Molière, Racine emploient sans hésitation vers, là où l’usage moderne demande envers. Voltaire lui-même suivait parfois l’usage classique: L’un de l’autre jaloux, l’un vers l’autre perfide. A partir de la fin du XVIIIe siècle, les grammairiens soutiennent qu’il ne faut pas dire bon vers les pauvres, mais envers. C’est là une décision tout à fait arbitraire, et Littré la regrette presque. Pourtant, si la délimitation précise de la valeur d’un mot est à regarder comme un progrès, la distinction, établie actuellement entre vers et envers, en est un.

2° Parmi les auteurs modernes, Catulle Mendès a une prédilection marquée pour vers. Il l’emploie au lieu de à après les verbes penser, rêver, méditer. Il écrit ainsi : Elle pensait vers les dames. Il rêvait vers le mystère. On trouve de même chez lui: Les applaudissements vers les chefs-d'œuvre, les volontés vers sa mort, les douleurs sincères vers le cercueil du roi, l'attente vers l'événement définitif. Cet emploi très pittoresque se retrouve parfois chez les poètes. H. de Régnier écrit: Je maudissais l’aurore et je pleurais vers l’ombre (Le Vase). Nous le retrouvons également dans la prose de Jules Romains. Voici quelques passages pris dans »Mort de Quelqu’un* (Paris 1925, 5e édition): Le jour les maisons voient la rue et pensent vers elle; le soir, c’est la rue qui voit les maisons et qui pense vers les lampes (p. 73). Le groupe, soudain, exista vers la femme qui avait parlé (p. 86). Les corps avaient beau être face à face, ils ne se dévisageaient pas, et ils ne pensaient guère l’un vers l’autre (p. 101).

Composés. Devers. Ex.: Devers Ardene vit venir uns leuparz ( Roland , v. 728). Et devers la mer drecierent les eschieles sor les nés (Villehardouin, § 85). Li larges cuens se tourna devers Ertaut (Joinville, § 91). Cette préposition s’employait encore au XVIIe siècle. Ex.: Tout un grand peuple armé fuyait devers le port (Corneille, Pompée, V, se. 1). C’est ainsi devers Caen que tout Normand raisonne (Boileau, Epître XI). Vaugelas déclarait le mot vieilli. On avait également la locution surcomposée par devers. Ex.: Et lor gens s’en rala par devers la montaigne (Villehardouin, § 521). Enterraient en Brie et en Champaigne par devers France (Joinville, § 82).

Cette locution prépositionnelle, qu’on trouve encore dans La Fontaine ( par devers soi ) et dans Hamilton, est restée comme terme de jurisprudence: se pourvoir par devers le juge. Envers s’emploie dès les plus vieux textes à côté de vers et de devers et avec le même rôle. Ex.: Envers le rei s’est Guenes aproismet (Roland, v. 468). A partir du XVIIe siècle, devers disparaît, et envers sert exclusivement à exprimer les rapports moraux: bon envers ses enfants, généreux envers les pauvres, ingrat envers son bienfaiteur. Il sert à renforcer contre dans le tour envers et contre tous.

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