PRÉPOSITION ET ADVERBE
136. Il n’y a entre les prépositions et les adverbes aucune limite fixe. Un tout petit nombre de prépositions s’emploient exclusivement comme prépositions et demandent toujours un complément; telles sont à, chez, de, en, par, sur. Beaucoup d’autres fonctionnent en même temps comme prépositions et comme adverbes: après, avec, contre, devant, entre, environ, etc. Il faut aussi remarquer que les prépositions sont souvent sorties d’adverbes: après, avec, hors, sons, vers, etc., et qu’un adverbe tel que dedans a été primitivement préposition (§ 90). Ajoutons que plusieurs locutions prépositives s’emploient également comme adverbes; on ne dit pas seulement en dehors de la ville, mais aussi faire de l'escompte en dehors; comp. rester en deçà , aller au-devant, demeurer vis-à-vis, etc.
137. Dans la langue parlée de nos jours, il arrive fréquemment que le mot qui aurait dû servir de régime prépositionnel soit placé avant le verbe comme régime indirect, et que la préposition soit par là changée en adverbe. On écrit il courut après lui; on dit souvent il lui courut après. On entend également: Le pont que nous avons passé dessus. Ce tour remonte au XVIIe siècle; M. F. Brunot (La pensée et la langue, p. 412) cite les deux passages suivants: Toute la trouppe leur allant au devant (Videl, Mêlante, liv. I, 81). Lucide luy venant la première à la rencontre (Sorel, Berger extravagant). Cependant ce tour n’est pas très employé en français; on le constate surtout avec après. Mais il faut remarquer que des grammairiens ont contesté qu’on pût dire: Il m’a couru après. Littré, dans son Dictionnaire, défend le tour critiqué, tout en reconnaissant qu’il est familier; il approuve également: Il lui a couru sus.
Remakque. D’autres langues présentent le même phénomène. On dit ainsi .en italien: Le correvo dietro (pour Correvo clietro di lei). Vienmi dietro (pour Vieni dielro a me). Il dottore mi passa davanti. Mi sedelte accanto. De même en danois, où le tour est très fréquent: Han gik mig forbi, et en anglais: Who are ijou talking to'l
138. Voici maintenant une série de prépositions employées sans régime d’une manière tout à fait adverbiale:
Après. Ex.: Le prévost des maréchaux estoit après avec ses gens qui trouva ces trois compaignons près de là où le meurdre s’estoit fait (Bonaventure des Périers, De trois frères, etc.). Personne ne l’aimait dans le quartier, ce grand rouge-là! Les chiens, les enfants, tout le monde lui était après (A. Daudet, Contes du Lundi, p. 261).
Atout (§ 77) s’employait couramment comme adverbe au XVIe siècle. Ex.: Ce levrier avoit ceste astuce que de la patte il renversoit le pot qui bouilloit au feu et en prenoit la chair, et s’en alloit à tout (B. des Périers, Nouv. Récréations, n° 18). Cet emploi existait déjà au moyen âge. Ex.: Va t’ent atout (. Richars li biaus, v. 4255).
Contre. Ex.: Il n’y a rien à faire là contre. Il est toujours contre. Les faits viennent contre. Laisser la porte contre. Exemple littéraire: Antoinette sentait ce désir funeste; mais elle luttait contre (B. Bolland, Antoinette, p. 111). On dit en Suisse: Tu me l’as lancé contre.
Depuis. Ex.: On ne l’a jamais revu depuis.
Derrière. Ex.: Nous l’avons laissé bien loin derrière.
Entre. Ex.: L’épingle doit être dans les fentes du plancher, elle est tombée entre.
Parmi (§ 121) s’employait adverbialement au XVIIe siècle. Ex.: Il aimoit les jardins, étoit prêtre de Flore, 11 l’étoit de Pomone encore. Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrois parmi Quelque doux et discret ami (La Fontaine, Fables, VIII, m> 10).
Pendant. Nous avons lu dans un journal: Ces arguments sont ceux-là même dont les pacifistes se servaient avant la guerre et pendant.
Pour. Ex.: Ainsi, plus il raisonnait, et moins Amable découvrait d’arguments contre son idée fixe. Il n’en rencontrait que pour (Richepin, Le cadet, p. 102). Notre monsieur à nous, c’est aussi un grand savant? — Oh! mais non! seule-
ment il a travaillé pour (Dialogue entre deux bonnes, dans F. Bernard et J. Schlumberger, On naît esclave, I, sc. 2). Un caporal, chargé de faire à ses soldats une » théorie « sur le drapeau, terminait ainsi: » Enfin, quoi, le drapeau c’est quelque chose qu’il faut se faire casser la gueule pour«!
Scms. Nous notons quelques tours de phrase familiers: Je ne l'ai pas vu partir. Avait-il son chapeau ? — Il est parti avec. — Mais non, il est parti sans.
Selon. Ex.: C’est selon.
Kr. Nyrop: Grammaire. VI.