OBSERVATIONS SUPPLÉMENTAIRES
160. Construction. Les conjonctions de subordination sont suivies immédiatement du sujet de la subordonnée. Ex.: Il l’a fait quoiqu’on le lui ait défendu. Cependant l’usage moderne permet, dans quelques cas isolés, l’intercalation d’un complément circonstanciel entre la conjonction et le sujet de la subordonnée. En voici quelques exemples:
Lorsque. Ex.: Lorsque de la main j’avais essayé de remettre un peu d’ordre dans ma coiffure, elle revenait à la charge (C. Santelli, L’adieu à l’enfance , p. 53). Mon cœur se serra bien fort, et davantage lorsque, ayant questionné ma sœur au sujet de Lucie, elle me répondit avec une amertume que je ne lui connaissais pas (P. Bourget, Pastels, p. 253). Ses longues randonnées en Vendée, lorsque avec Mme de La Rochejaquelein, à quinze ans, elle courait à cheval les landes . . . lui avaient laissé ... le goût du vent (Mary Duclaux, Victor Hugo, p. 11).
Parce que. Ex.: Il nous semble utile de signaler ici cette importante étude en raison de l’intérêt général qu’elle présente ... et aussi parce que, en de nombreux passages, elle fournira des renseignements utiles et nouveaux (E. Hoepffner dans Romania, L, 478).
Quand. Ex.: Mais quand, arrivé au coupé des deux dames, il reconnut madame Martin, il sourit si joliment et lui donna le bonjour d’une voix si caressante (A. France, Le Igs rouge, p. 113). Quand, avec les autres, il pénétra à l’intérieur du casernement . . . ( Revue bleue, 1900, II, 337). Quand après une symphonie ... il reparut pour jouer quelques pièces pour piano (R. Rolland, Jean-Christophe, Antoinette, p. 225).
Si. Ex.: Si, avec cela, le lecteur ne se déclare pas satisfait, il pourra s’aller coucher (Courteline, La paix chez soi, I, sc. 1).
161. Que représentatif. Dans la langue moderne que sert à rappeler une conjonction précédente simple ou composée. Cet usage n’existait pas dans la vieille langue, qui ne répétait ni ne remplaçait la conjonction. Ex.: Quant li jorz passet ed il fut anoitiet (St. Alexis , v. 51). Et pour ce, faict bon bien faire, tandis qu’on a le loisir, et Dieu donne santé (Commynes, 449). Quand Gargantua feut à table et la première poincte des morceaux feut baufree, Grandgousier commença raconter la source et la cause de la guerre (Rabelais, I, 144). Voici quelques remarques de détail:
1° Que sert à remplacer une conjonction ou une locution conjonctionnelle composées avec que, telles que afin que, après que, avant que, alors que, lorsque, jusqu’à ce que, parce que, pour que, etc. et à mesure que, de peur que, de sorte que, si bien que, à moins que. On dira ainsi: A moins qu'on né pense et qu'on ne dise le contraire. Que faut-il croire, lorsqu’on flatte et qu’on menace en même temps ? Exemple littéraire: Parce quelle passait un soir, Qu’on l’aborda, tremblant d’espoir, Et qu’elle dit: Il faudra voir, On est parti, l’âme ravie (Xanrof, Éternelle bêtise).
2° Que sert aussi à représenter les conjonctions simples comme et quand. On dit: Comme j’ai parlé et que vous m’avez compris, je n’ai plus rien à ajouter. Quand il sé promène et qu’il rencontre son tailleur, il n’est pas content. Exemples littéraires: Quand je regarde Auguste au milieu de sa gloire, Et que vous reprochez à ma triste mémoire . . . (Corneille, Cinna, v. 10). Quand Alexandre seroit ici, et que ce seroit votre amant, je ne pourrais m’empêcher . . . (Molière, Sicilien, sc. 11). Ce que provient sans doute d’une influence analogique des conjonctions du premier groupe. Que peut aussi représenter si. Au lieu de dire: Si nous sommes jamais heureux et si la Fortune se lasse de nous persécuter, nous ferons etc., Vaugelas préférait: Si nous sommes jamais heureux et que la Fortune se lasse de nous persécuter, nous ferons etc., parce que ce tour lui semblait »beaucoup plus François et plus elegant« ( Remarques , I, 137). La tournure préférée par Vaugelas s’est' maintenue jusqu’à nos jours: si plusieurs propositions conditionnelles se suivent, liées entre elles à l’aide de et, ou, mais, on n’a pas besoin de répéter si, on peut le remplacer par que, qui demande le subjonctif. Ex.: Pourtant si Jacques
a fait un testament en sa faveur et qu’il nous soit enlevé . . . (M. Prévost). On se sert du subjonctif, parce que la proposition introduite par que exprime primitivement une supposition. Il y a une légère différence entre et que et et si; le premier tour s’emploie surtout quand en fait il n’y a qu’une seule condition; le deuxième sert à indiquer qu’il y en a deux. Remarquez la différence entre: Les candidats ne seront pas admissibles, s'ils ne connaissent pas ces règles et qu'ils ne les observent pas, et tes candidats ne seront pas admissibles, s’ils ne connaissent pas ces règles et s'ils ne les observent pas. Cette différence n’est guère observée dans la langue parlée, qui préfère et si.
3° Que représente, dans certains cas, une conjonction simple ou composée qui n’a pas été énoncée précédemment; selon les exigences du contexte, que signifie ‘avant que’, ‘lorsque’, ‘puisque’, ‘quand’, etc. On dit ainsi: Eh bien! il g a donc du nouveau, que vous venez de si bonne heure ? Exemples littéraires: Madame, levez-vous. — Non, Seigneur, que [— à moins que] mes pleurs n’obtiennent ma demande (Mairet, Sophonisbe, v. 866 — 68). Hélas! je parle encor que déjà ma parole Est tournée en poison (A. de Vigny, Le mont des Oliviers).
162. Absence du verbe. La conjonction introduit normalement une proposition, ce qui veut dire qu’elle régit un verbe: Je sais qu’il viendra. Tu auras une récompense si tu es sage. Cependant le verbe peut dans certains cas faire défaut dans la subordonnée.
1° Dans les propositions complétives les particules voici et voilà peuvent fonctionner comme des formes verbales. Ex.: Je crois que le voici (Le Sage, Turcaret, IV, sc. 4). Je crois que voilà le visage de mon frère le capitaine et de sa femme (Voltaire, L'Ingénu). Que s’emploie de même avec oui, non et si, qui représentent toute une proposition: Il croit que non. Je crois que oui. Ce tour a amené la création de que oui (si, non). On dit ainsi: Il n'y en a plus, des jeunes filles!
Que si! seulement il n'y en a pas ici. Exemple littéraire: Est-il allé prendre l’air? — Que non (G. Duhamel, Vie des martyrs, p. 54).
2° Dans les propositions circonstancielles le verbe peut parfois laire défaut. On dit ainsi: Je le fréquente parce que pauvre
et non quoique pauvre (comp. en italien: Fu scaeciato perché straniero). Pour les détails, voir V, § 17. Grâce à l’omission du verbe, la conjonction change parfois de nature. Ex.: Quoique ça, mon départ est arrivé avant qu’elle ait eu son autorisation (H. Barbusse, Le feu, p. 109). Ici quoique remplace malgré et fonctionne comme une pure préposition.
3° L’omission du verbe s’observe aussi dans une phrase telle que: Nus ne m’ot fors que tu seulment (Le Garçon et l'Aveugle , v. 143). Il faut comprendre: Personne ne m’entend, excepté que tu m’entends. Cependant, par l’absence du verbe, fors que peut aussi être regardé comme une préposition, et dans ce cas il est suivi du cas régime. Ex.: Le sentier . . . Que nus el monde ne savoit Fors que lui et son palefroi (Pair Palefroi, v. 191).