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Il faut encore remarquer cesi

1° L’emploi du passé simple était très en faveur autrefois; depuis l’époque classique il s’est constamment restreint, et de nos jours il est surtout propre à la langue littéraire. Pour montrer la distance qui sépare l’usage moderne de l'usage classique, nous citerons un passage de Pascal: Lorsque vous vîtes qu’ils s’y portaient d’eux-mêmes, vous n’en parlâtes plus, et, quoiqu’il semblât que vous dussiez être satisfait de leur conduite, vous ne laissâtes pas de les traiter encore d’hérétiques. Ils s’étaient si bien justifiés . . . que vous ne pûtes plus les accuser ... et que vous fûtes réduits . . . car vous les voulûtes obliger . . . comme vous l’écrivîtes vous-même, etc. ( Provinciales , Chap. XVII). On voit par ce seul passage combien l’usage actuel diffère de celui d’autrefois. De nos jours un emploi si étendu du passé simple ne se rencontre que dans les romans d’intention archaïque comme »Les Rencontres de Monsieur de Bréot« par Henri de Régnier et »La Rôtisserie de la reine Pédauque« par Anatole France, et dans les discours académiques. Antoine Albalat, après avoir constaté ce fait, s’écrie: »Je me demande si on trouverait un académicien qui osât écrire: Vous bûtes, vous crûtes . . . Vous rîtes de mes plaisanteries . . . Vous vous repûtes de sa douleur . . . Vous nourrîtes ces orphelins . . . Vous vous plûtes à penser«.

2° Dans la langue parlée, le passé simple a presque entièrement disparu. M. A. Meillet remarque: »Dans le français courant de Paris et dans un vaste rayon autour de Paris, le prétérit simple, dit passé défini, du type il eut, il fut, nous crûmes, il partit est entièrement sorti de l’usage parlé* (Linguistique historique et linguistique générale, p. 150). Le

passé défini est resté vivant en Normandie et dans le Midi, ce qui explique probablement l’usage si fréquent que font Guy de Maupassant et Ferdinand Fabre de cette forme verbale. La disparition du passé défini paraît due à l’aspect singulier que présentent les formes de ce temps par rapport à celles des autres temps; comp. nous trouvâmes et nous trouvions, nous avons trouvé; nous fîmes et nous faisions, nous avons fait. L’élimination des formes morphologiques qui s’éloignent trop du type commun est un fait général que nous avons souvent relevé. Le passé défini est si bien sorti de l’usage vivant qu’on le tourne volontiers en ridicule, comme le montrent les vers suivants publiés dans l’Almanach Amusant de 1892 :

Oui, dès l’instant que je vous vis,

Beauté féroce, vous me plûtes!

De l’amour qu’en vos yeux je pris,

Sur-le-champ vous vous aperçûtes.

Mais de quel air froid vous reçûtes Tous les soins que je vous rendis!

Combien de soupirs je perdis!

De quelle cruauté vous fûtes !

Et quel profond dédain vous eûtes Pour les vœux que je vous offris !

En vain, je priai, je gémis:

Dans votre dureté, vous sûtes Mépriser tout ce que je fis.

Dans la langue parlée actuelle, le passé défini n’existe presque plus; il a été remplacé par l’imparfait et surtout par le passé indéfini.

Remarque. Nous venons de mentionner l’emploi si fréquent qu’a fait Ferdinand Fabre du passé défini. Voici, à ce sujet, quelques remarques intéressantes de Jules Lemaître: »En réalité, M. Ferdinand Fabre fait quelquefois parler ses personnages comme s'ils écrivaient, en style de mandement; mais cette convention, si c’en est une, est des plus efficaces pour l’effet général de ses peintures. Ajoutez que, par un hasard heureux, M. Fabre, étant méridional, prodigue, même dans les dialogues familiers, le passé défini. L’abus qu’il fait de ce temps, qui est, à Paris et dans tout le centre, un temps littéraire, contribue encore à donner aux discours de ses prêtres quelque chose de solennel et de tendre* ( Revue politique et littéraire, 1886).

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