‹ Grammaire historique de la langue françaiseChapitre 6 sur 97 · ADVERBES D’AFFIRMATION · texte numérisé non relu

ADVERBES D’AFFIRMATION

14. En latin on répondait à une question d’une manière affirmative, soit par la répétition du verbe ( Fierine potest ? — Potest ), soit par différents adverbes tels que etiam, ita, vero, sane, sane quidem ; si la question était négative, on répondait par im(m)o ou im(m)o vero. Ce système était propre à la langue classique; presque tous les adverbes cités ont disparu en roman. C’est sic qui a dû servir d’adverbe d’affirmation en latin vulgaire. On le retrouve sous la forme de si dans toutes les langues romanes, excepté le roumain (où l’on emploie da emprunté au slave). En français il fonctionne dans le seul cas où il s’agit de détruire une proposition négative qui précède. Ex.: Tu ne le connais pas ? — Si. Il répondit que si (cf. § 162). Il gage qu’il ne fera pas cela. — Et moi je gage que si. On peut renforcer si en ajoutant mais. Ex.: Tu n'as pas été là? Mais si, j’y ai été. Il y a des cas où le simple si paraîtrait trop laconique et par suite trop peu poli; on le remplace alors par: Je vous demande bien pardon.

15. Comme nous venons de le voir, le rôle de si, adverbe d’affirmation, a été fort restreint en français: il ne s’emploie qu’en répondant à une question négative. Pour répondre affirmativement à une question positive, on a eu recours à quelques procédés tout nouveaux:

1 0 En gallo-roman, on s’est servi de la forme neutre du pronom démonstratif hoc, d’où en provençal oc et en vieux français o et à ce o s’ajoutait un pronom personnel: o je, o tu, o il, o nos, etc., selon les exigences du sens. De ces combinaisons, o il seul est resté, en évinçant toutes les autres; il a perdu sa valeur étymologique et les deux mots se sont soudés: o il > oïl > ouïl > oui (pour les détails, voir I3, § 14,

Rem.). Ex.: Le connais-tu ? — Oui! Il répondit que oui. Oui, mon ami, on t'a trompé. Je ne dis ni oui, .ni non.

2° Une réponse affirmative s’exprime aussi, dans la langue moderne, à l’aide de comment donc et je vous en prie. Ex : Puis-je me mettre ci votre table ? — - Comment donc, ma chère! Tenez, voici une chaise. Le jeune homme, de plus en plus intrigué, prit une chaise: — Vous permettez, Mesdames ? — Je vous en prie, Monsieur. Rappelons aussi l’emploi affirmatif de peut-être qui s’observe dans les passages suivants: Tu m’as prise de force; tu le sais bien, peut-être? moi, je ne voulais point t’épouser (Maupassant, Maison Tellier, p 228). Vous n’avez vu personne à la fenêtre? — A la fenêtre, non, mais dans la glace, peut-être (H. Bordeaux, Une honnête femme, p. 67).

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