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PROPOSITIONS RELATIVES

369. Les propositions relatives commencent par un pronom ou un adverbe relatifs: qui, que, quoi, lequel , dont, que, où. La proposition relative ne représente ni une juxtaposition ni une subordination: elle tient en même temps de la juxtaposée et de la subordonnée; c’est pourquoi on l’appelle aussi «conjonctive* . Voici quelques exemples de propositions relatives: J'ai vu mon frère qui m'a tout dit. Il y a quelque chose à quoi il pense sans cesse. Il n'y a rien dont je sois plus certain. Nous avons accompli la tâche dont on nous avait chargés. C’est une des raisons pour lesquelles il s’est tant donné de mal. Ils ont été punis par où ils ont péché.

Remarque. Notez que les locutions relatives sur quoi et sans quoi servent souvent à introduire une principale. Ex.: Retournez vite à Tarascon, monsieur Tartarin — — Vous perdez votre temps ici. — Quant aux lions, c’est fini. Sur quoi le petit monsieur salua, ferma la portière et s’en alla en riant (Daudet, Tartarin de Tarascon, p. 177 — 78).

370. La proposition relative marque beaucoup de rapports très différents. Elle indique la cause, le but, la condition, la concession, l'hypothèse, la coïncidence, pour ne citer que les principaux de ces rapports. En voici quelques exemples:

1° Cause. Ex.: Mon frère, qui connaissait bien son fils, ne perdit pas confiance. L’homme, qui est égoïste, abuse toujours du plus faible.

2° But. Ex.: Je veux une bonne qui soit honnête. Il a besoin d’un secrétaire qui puisse travailler le soir.

3° Concession. Ex.: Lui qui ne dansait pas, qui ne se battrait pas non plus, la griserie de ce bal héroïque l’envahissait (A. Daudet, Les rois en exil, p. 356).

4° Condition. Nous rappellerons un proverbe méridional

cité par A. Daudet: Qui perd une femme et quinze sous, c’est grand dommage de l’argent. Sur le qui conditionnel, voir § 376.

5° Coïncidence: de les entendais <iui discutaient. Le chat est au jardin <pii guette tes oiseaux.

Remarque. Dans plusieurs cas, surtout dans des exclamations, la proposition relative ne présente aucun sens bien précis et pourrait être remplacée par une proposition principale. Quand je dis ton petit frère qui est malade, cette phrase est à peu près synonyme de ton petit frère est malade. De même: Comme il fait froid aujourd’hui! Et moi qui ai oublié ma fourrure! Exemples littéraires: Elle laisse ses deux enfants qui sont petits, L’un s’appelle Guillaume et l’autre Madeleine; L’un qui ne marche pas, l’autre qui parle à peine (V. Hugo, Les pauvres gens). Ton père qui vient. Et Albert qui n’arrive pas (Tristan Bernard, Le petit café, II, sc. 9).

371. La proposition relative peut fonctionner comme une sorte d’adjectif, et dans ce cas elle se réfère ordinairement à un membre de la proposition qui précède, rarement à un membre de celle qui suit.

1° Le corrélatif peut être un nom, un pronom (personnel, possessif, démonstratif, interrogatif, indéfini) ou un adverbe. Ex.: Ta petite sœur est là qui pleure. Tout est bien qui finit bien. Je la vois (pii vient. C’est moi qui l’ai dit (V, § 74). Je connais celui qui l’a fait. Connaissez-vous quelqu'un qui puisse le faire ? Il y en a qui prétendent qu’il est un peu fou (V, § 64).

2° Une proposition relative peut être coordonnée à un adjectif ou à un autre membre de phrase correspondant à l’aide de la conjonction et; on emploie aussi, mais moins souvent, ou, mais, puis. Ex.: C'est une besogne très dure et qui demande une attention toute particulière. Comp. § 142, i.

3° L’antécédent peut être toute une phrase et, dans ce cas, la langue moderne demande l’intercalation du démonstratif neutre ce devant le pronom relatif. On dit maintenant: Il est parti, ce qui m'afflige; on disait autrefois: Il est parti, qui m'afflige (voir V, § 293). Au lieu de ce qui, la langue moderne admet aussi chose qui.

4° Il y a quelques cas isolés où l’on ne se sert pas du déterminatif ce, quoiqu’il se rapporte à une phrase entière. Nous rappellerons les expressions littéraires et un peu archaïques qui pis est, qui mieux est, qui plus est, se rapportant à ce qui suit (V, § 297).

Remarque. Dans la langue vulgaire on ajoute souvent un que absolu devant les propositions adjectives en citant une affirmation d’autrui. On entend ainsi: Ce sont des gens qu'on ne connaît pas, qu’il m’a dit. Comp V, § 317, 3.

372. Les propositions adjectives sont déterminatives ou simplement explicatives. Nous examinerons d’abord le premier groupe. La proposition déterminative ajoute un élément qui précise ou restreint; elle fait donc partie intégrante de la phrase et c’est pourquoi elle n’est pas séparée de l'antécédent par une virgule. Ex.: L’homme qui est égoïste, abuse toujours du plus faible. Les soldats qui ne s'étaient pas sauvés, furent faits prisonniers. Ma fille qui a vingt ans, se mariera dans quelques jours. Pour nous en tenir à cette dernière phrase, celui qui la prononce a plusieurs tilles, dont une de vingt ans. Notons aussi que la déterminative se met souvent au subjonctif. Ex.: Je ne connais pas un homme qui soit sans défauts. Tâchez d’avoir une infirmière qui soit de toute confiance. Si c’est un homme à qui on puisse se fier , faites-en votre ami. C’est bien le meilleur homme que je connaisse. Poulies détails, voir § 314 ss.

373. La proposition explicative ajoute un détail, une explication. Elle a le caractère d’une incidente, c’est pourquoi elle ne se met jamais au subjonctif. Il faut encore remarquer qu’elle se place ordinairement entre deux virgules et qu’elle pourrait être supprimée sans que la clarté de la phrase en souffrît beaucoup. Ex.: L’homme, qui est égoïste, abuse toujours du plus faible. Les soldats, qui ne s’étaient pas sauvés, furent faits prisonniers (c.-à.-d. Tous les soldats furent faits prisonniers, parce qu’ils ne s’étaient pas sauvés). Il faut encore remarquer ce qui suit:

1 0 La proposition explicative est ordinairement introduite par le pronom qui. Ex. : Son livre, qui a été publié à Londres, a eu un gros succès. Sur l’emploi de l’imparfait ou du passé défini dans la relative, voir § 281 et § 285.

2° A côté de qui on emploie aussi lequel-, ce dernier pronom a plus de précision que l’autre, mais son emploi est bien plus rare (voir V, § 331). Ajoutons que lequel ne s’emploie jamais dans une proposition déterminative.

3° Au point de vue phonétique, il faut noter que l’intonation change quand on passe du corrélatif à la proposition explicative. Celle-ci est, comme nous l’avons dit, une sorte d’incidente; c’est pourquoi elle se prononce, comme tout membre de phrase placé entre parenthèses, sur un ton bas, tandis que pour la déterminative il n’y a pas de changement d’accent musical. Ainsi les mots l'homme qui est égoïste, se prononcent, selon le sens, de deux manières différentes. S’il s’agit d’une proposition déterminative, il n’y a aucun arrêt entre le corrélatif et la relative : l'homme qui est égoïste est une unité qui se prononce avec un ton montant régulier, tout comme l’homme égoïste , la relative fonctionnant comme un adjectif épithète. Si, au contraire, il s’agit d’une explicative, on la détache du corrélatif par un arrêt indiqué graphiquement à l’aide d’une virgule et, phonétiquement, par un changement de ton (Comp. Manuel phonétique, § 143).

374. Signalons ensuite quelques propositions relatives qu’on pourra appeler prédicatives; elles ne sont ni explicatives ni déterminatives, mais occupent une position intermédiaire entre les deux groupes. Elles se réfèrent ordinairement au sujet ou au régime de la principale, et elles ne peuvent jamais être introduites par lequel.

1° La prédicative se réfère au sujet dans le cas où le verbe de la principale est être accompagné d’une détermination de lieu ou d’expressions synonymes telles que rester là, se trouver lêi, se tenir là. On dit ainsi Mon frère est là qui nous observe; sa femme se trouvait là qui lui souriait, etc. Exemple littéraire; Elle est dans la cuisine qui fond des balles (P. Mérimée, Colomba).

2° La prédicative se réfère au régime dans le cas où la principale contient soit un verbe de perception comme apercevoir, contempler, entendre, regarder, sentir, voir, soit découvrir , rencontrer, surprendre, trouver et quelques autres de même sens, soit enfin avoir. On dit: je l’entends qui pleure, je la rencontrai qui descendait, j’ai le cœur qui défaille. De même le voilà qui revient, voici le bureau qui va fermer. Ces prédicatives ont souvent la valeur d’un participe présent ou d’un infinitif; on dit je la vois qui patine, et qui patine peut être remplacé par patiner (§ 218,«) ou patinant.

375- La proposition relative peut fonctionner comme un substantif, et comme tel elle peut être sujet, régime direct et régime prépositionnel.

1° Sujet. Ce cas a lieu surtout avec le qui absolu et il s’observe de préférence dans des expressions sentencieuses; il s’agit ainsi souvent d’un usage quelque peu vieilli. Ex.: Qui dort dîne. Qui trop embrasse mal étreint. Rira bien qui rira le dernier. Sauve qui peut! Qui m'aime me suive! La langue littéraire ne recourt ordinairement à cet usage que pour donner à la phrase un cachet archaïque ou solennel. Comp. V, § 294, ss.

2° Régime direct. Ce cas se présente presque exclusivement dans des tours vieillis: Aimez qui vous aime (cf. V, § 305, i). Cherchez qui vous conseille! La langue littéraire moderne fait rarement usage de ce tour.

3° Régime prépositionnel. La proposition relative peut dépendre des prépositions à, de, pour (cf. V, § 305,2). Ex.: Pour qui connaît l’exaltation tarasconnaise, ii est aisé de se représenter l’affolement de la petite ville depuis la brusque disparition de Tartarin (A. Daudet, Tartarin sur les Alpes,

Remarque. Au lieu de qui on emploie parfois quiconque dans la proposition relative (cf. V, § 450). Ex.: Pour quiconque le connaît, il est sûr qu'on peut se fier à lui.

376. Signalons enfin la proposition relative introduite par le qui conditionnel. Ex.: Tout vient à point qui sait attendre. Cet emploi de qui, dont nous avons expliqué l’origine au volume précédent (V, § 301), n’appartient plus à la langue vivante; il ne se trouve que dans des locutions toutes faites et des formules. Nous noterons le tour figé comme qui dirait; il est à regarder comme une locution adverbiale. Le qui conditionnel est encore vivant dans une formule bien connue telle que: Qui de dix ôte six reste quatre. Ici la principale indique le résultat obtenu de l’action marquée par le verbe de la proposition relative.

377. Nous finirons par quelques remarques sur les propositions relatives entrelacées avec une proposition subordonnée substantive. Soit le passage: Les confidences que je ne doutais

pas qu'elle eut reçues de ma sœur. Ici la proposition substantive est subordonnée au verbe de la relative, en même temps que le pronom relatif dépend du verbe de la proposition substantive. Exemples littéraires: Avez-vous jamais vu, Madame, un diamant plus vif que celui que vous voyez que mon père a au doigt (Molière, L’Avare , III, sc. 7)? Qu’avezvous donc à cacher dans votre vie que vous ne voulez pas que je voie (P. Bourget, Mensonges , p. 393)? Je veux n’épouser qu’un homme que j’aimerai et que je sentirai que je peux aimer plus que tous les autres (Gyp, Le mariage de Chiffon, p. 28). Cette fusion d’une proposition relative avec une proposition substantive est de très vieille date en français; elle s’employait déjà au moyen âge. Ex.: Del cors, qu’il voit que l’an anfuet, Li poise ( Ivain , v. 1341).

Remarque. L’usage syntaxique de l’allemand, de l’anglais et des langues Scandinaves emploie depuis le moyen âge des propositions entrelacées comme celles dont nous avons constaté l’existence en français. On trouve en allemand: Ferner will ich deinem Vater sagen, was ich glaube, dass du wiinschest (Lessing). On peut dire en anglais: This mari wlio I thought was mg friend, et en danois: Demie mand, som jeg troede var min ven.

878. Nous passerons ensuite à un groupe spécial de propositions entrelacées nommées propositions relatives doubles; elles étaient assez employées autrefois, mais l’usage moderne les a à peu près abandonnées. Soit la phrase latine Iste vir , quem credebam esse amicum meum; pour la rendre en français, on s’est servi de la construction étudiée au paragraphe précédent; mais on a aussi remplacé la proposition substantive par une proposition relative dans les cas où le pronom relatif par cet entrelacement deviendrait le sujet de la proposition substantive. Voici quelques vieux exemples de cette construction: Cil que la reïne dist Qui hier si grant enui li fist ( Erec , v. 1099). Ne dirai chose que je cuit Qui vos griet ( Cligès , v. 5523). N’i voldrent arcevesque ne primat apeler, Ne pluisurs des evesques, que jo n’i voil celer, Ces qu’il soient qui voldrent en lealté ester (Guernes de Pont-Sainte- Maxence, Vie de Saint Thomas, v. 4785). Un des gentilshommes de la Beauce que l’on dit qui sont deux à un cheval quand ils vont par pays (B. des Périers). Nous citerons ensuite

quelques autres exemples de propositions relatives doubles qui ont ceci de particulier que la seconde proposition ne commence pas par un qui sujet, mais par un mot relatif à un cas régime: E les leis que vus dites a quei li reis s alie, Ne sunt de leauté, ainz sunt de felunie (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, Vie de Saint Thomas, v. 1736). Et Jeanne, que tu vois dont on ne parle point, Qui fait si doucement la simple et la discrète, Elle n’est pas plus chaste, ains elle est plus secrete (Régnier, Macette , v. 104).

379. Les propositions relatives doubles s’emploient aussi au XVIIe siècle, comme le montreront les exemples suivants: Mais pour guérir du mal qu’il dit qui le possède, N’a-t-il point exigé de vous d’autre remède (Molière, École des femmes, v. 583)? Qui voulez-vous, mon père, que je dise Qui me touche le cœur, et qu’il me serait doux De voir par votre choix devenir mon époux (id., Tartufe, v. 445 — 448)? Mais qui voulez-vous donc qui pour vous sollicite ( id ., Le Misanthrope, v. 186)? Un époux Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous (La Fontaine, Fables, VII, n° 2). Le singe en fut chargé: l’on lui mit par écrit Ce que l’on voulait qui fût dit (ib., IV, n° 12). Cette madame Quintin que nous vous disions qui vous ressemblait (Madame de Sévigné, II, 289). Quelle est cette femme que je vois qui arrive (Boileau, Les héros de roman)?

380. Il faut pourtant remarquer que les grammairiens n’étaient pas très favorables à ces constructions compliquées. Vaugelas reconnaît qu’elles sont très employées et il s’excuse presque de les critiquer; il avoue que Mous nos meilleurs Autheurs s’en seruent, qui me doiuent oster tout scrupule, et me donner la loy«. Le hardi défenseur du »bon usage« se voit ici obligé de se prononcer contre l’usage suivi par des auteurs dont il reconnaissait ordinairement la haute autorité; mais comme c’est un esprit indépendant, il proteste malgré les auteurs contre ce qui lui paraît contourné et dit franchement qu’il désapprouve la construction discutée »parce que ie sçay qu’elle choque beaucoup d’oreilles délicates, et de

fait, ie sens bien qu’il y a quelque chose de rude en cette construction. le tascherois de l’éuiter le plus adroitement que ie pourrois«. Vaugelas préfère une proposition infinitive à la construction relative, et il cite comme modèles les deux passages suivants: Il marcha contre les ennemis, qu'il sçauoit auoir passé la rivière. Il fit du bien à tous ceux qu'il sçauoit avoir aimé son fils. Vaugelas continue: » Cette façon de parler, et plusieurs autres semblables, sont fort en vsage, parce quelles sont fort commodes et qu’elles abrègent l’expression; Outre qu’elles ostent la rudesse qu’il y auroit à dire, il marcha contre les ennemis qu'il sçauoit qui auoient passé la rivière, qu’il sçauoit qui auoient aimé son fds« ( Remarques , I, 187). Thomas Corneille adopte tout à fait la manière de voir de Vaugelas, et l’Académie Française approuve sans aucune réserve sa condamnation de la construction relative et sa préférence pour la proposition infinitive; elle dit: »Ces manières de parler que M. de Vaugelas trouve fort commodes, ne doivent causer aucun scrupule à ceux qui les voudront employer. Elles abrègent beaucoup, et sont préférables aux détours qu’il faudroit prendre pour les éviter«.

381. Au XIXe siècle la construction étudiée se fait rare. Littré (sous que, n° 8) dit qu’celle est vive et très commode* et qu’»il serait utile de la remettre en honneur« ; cette dernière remarque prouve qu’elle était relativement peu usitée au milieu du siècle passé. Nous ajouterons que personne n’a voulu la réintroduire, excepté quelques critiques tels que Brunetière, dont la langue sent son XVIIe siècle. Voici maintenant une petite série d’exemples modernes de propositions relatives doubles: J’ai travaillé à cette grande bombarde, que vous savez qui a crevé au pont de Charenton (V. Hugo, Notre- Dame de Paris). De l’or qu’on craignit qui ne fût faux (F. Génin). Je ne comprends pas bien comment on peut ainsi séparer ... ce que la nature a voulu qui fût si étroitement uni (Brunetière, Études critiques, III, p. 265). Celui que tu vois là qui baigne son faucon (G. Paris, Poèmes et légendes du moyen âge, p. 228). Que ton vers soit la chose envolée Qu’on sent qui fuit (Verlaine, Art poétique). Chez les auteurs du XXe siècle nous n’avons trouvé qu’un seul exemple de cetle

construction qui doit être regardée maintenant comme à peu près morte; elle représente une syntaxe peu compréhensible actuellement. Pierre Mille écrit: De ce fumier sort une étrange vermine, qu’on ne connaissait point, qu’on ne croyait point qui existât ( Les mémoires d’un dada besogneux, p. 147).

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