f^ojr. ei-desgiis, p. M
pelle la Gaule « la nourrice des avocats, nutricula causidicorum. »
Au cinquième siècle, quelques années avant Tin va- BÎon barbare, la scène a bien changé; la position respective des deux idiomes est l'inverse de ce qu'elle était trois siècles auparavant : le latin littéraire se meurt; le latin populaire gagne rapidement du terrain, et cela bien avant que Tinvasion de 407 ait porté à la Gaule le dernier coup : l'institution des curiales, en amenant la suppression de la bourgeoisie, porta aux lettres et au latin littéraire une funeste atteinte. A la fois administrateurs municipaux et percepteurs des impôts, les curiales étaient solidairement responsables de la rentrée des taxes : s'il y avait déficit ou insuffisance, les propres biens des curiales étaient saisis et vendus pour compléter la somme ; réduits à la misère, la plupart s'enfuirent dans les bois, ou s'engagèrent volontairement comme esclaves.
Avec la destruction de la classe moyenne, les écoles se fermèrent de toutes parts, la culture littéraire cessa brusquement, et l'ignorance regagna bientôt tout le terrain qu'elle avait perdu. Dès lors l'usage du latin littéraire, du latin écrite de cette langue fixée pai la littérature, et qui ne vivait que par tradition, se restreignit à l'aristocratie gallo-romai;ie , poignée d'hommes qui se Iransmellaient un idiome pétrifié e( immobile, destiné à périr avec eux lorsqu'ils viendraient à disparaître. Celte fois encore le latin popu^ laire bénéficia des ^crtos snbias oar la langue littéraire.
Miné par ses excès fiscaux, TEmpire se soutient cependant quelques années encore, par la puissance de son administration, par la force inhérente à toute organisation régulière; mais l'heure dernière sonne enfin : les Franks, les Burgondes, les Alains, les Visigoths se précipitent sur T Empire, et renversent d'un souffle ce colosse aux pieds d'argile : le monument que César avait élevé s'écroulait moins de cinq siècles après lui.
Dans cette tourmente , l'administration , la justice , l'aristocratie, les lettres disparurent : et le latin littéraire qui en était l'organe périt avec elles comme il était né , destiné à suivre toutes leurs vicissitudes *. Le latin vulgaire s'accrut alors de tout ce que perdit l'idiome littéraire et le supplanta entièrement. D'ailleurs, si nous n'avions point à cet égard tous les té-
1. aL'iriTasion barbare (a très-bien dit M. Meyer) est l'éTénemeni qui consacre d'une façon irrévocable la scission des deux idiomes : le latin vulguire, mailre de la Gaule, et tout près de donner naissance au français; le latin littéraire, incompréhensible au peuple, langue morte conflnée désormais dans le domaine des savants et qui n'aura aucune influence sur la formation de nos langues mo« dernes. Par Grégoire de Tours, par Frédégaire, par la renaissance lie Gharlemagne, par la scolaslique du moyen âge, le latin se perpé ma dans les usages savants, et retrouva au seizième siècle comm une sorte de résurrection artiQcieile : il est encore de nos jours la langue de l'Église catholique, et jusqu'à ces dernières années H Hait, surtout en Allemagne, la langue dts savants.*
Après l'invasion, sous les Mérovingiens, les fonctionnaires publics ■'S notaires, le clergé, Vrop ignorants pour écrire correctement 1« itin littéraire, méprisant trop le latin vulgaire pour l'employer dans luars actes, jaloux d'ailleurs d'imiter le beau style des fonctionnaires romains, -écrivirent dans « une sorte de jargon vérital)lement liarbare qui n'est point le latin classique, qui n'est pas non plus la
moignages des écrivains contemporains, un fait capital suffirait à le démontrer : c'est que pour tous les cas où la même idée était exprimée par des termes différents dans le latin vulgaire et dans le latin littéraire le français a toujours pris la forme populaire et délaissé la forme savante , preuve incontestable que le latin littéraire, confiné dans les hajites classes, naquit et mourut avec elles, et qu'il resta toujours ignoré du peuple : les exemples de ce fait sont innombrables :
lATIll LITTÉBAIM
LATIN POPOLAIHE
Hebdomas
septimana
semaine (vieux fr.
sepmaine)
Equus
caballus
clieval
Verberare
batuere
battre
Pugna
batulia
bataille
Oseulari
basiare
baiser
nngae mlgaire, mali où ces deaz éléments sont étrangement amalgamés , la proportion do second croissant en raison directe de l'ignorance do scribe. • Cest ce Jargon barbare qu'on appelle le haê4atin. 11 a été la langue de l'administration française pendant tonte la dnrée do moyen âge , Jusqs'en 4 639, où François 1" ordonna d'écrire tons les actes en langue française. — Le lecteur Toit roainteiiant, et d'une façon nette, la différence du bas-latin et du latin vulgaire,' l'un est la langue naturelle du peuple, l'autre a'est qu'une imitation, grossière et stérile, de la belle langue littéraire romaine. Le latin Tulgaire a produit le français, le bas-latin 0'a rien produit du tout, et n'a point eu d'influence sar la formation de notre langue. Cette distinction est capitale. — A côté du latin classique, du latin vulgaire, du bas-latin (mélange de l'un et de l'autre), il est encore une seconde espèce de bas-latin, postérieure ta huitième, même au dixième siècle, Je tcux dire le latin du moyen âge, reproduction senrile du mot français (on en trouvera des exemples dans ce livre) ; ainsi missaticum avait donné mes' tage: les clercs transformèrent me^sau* en nussaginm. C'est là le véritable laiin de «uitioa.