H. Lillré
s. Dialogue dufraneois italiarUtéy par H. Silienne.
HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE. 5r
(affldato), carnaval (carnevale), cAar/aton (ciarlatano) , escorie (scorta), carriériste (camerista), camerier (cameriere), bouffon (buffone), faquin (facchino), brave (bravo), spadassin (spadaccino) , carrosse (carozza), etc.; en même temps que les termes d'art nécessaires pour exprimer les idées nouvelles, venues d'Italie avec le Primatice et Léonard de Vinci : balcon (balcone), costume (costume), baldaquin (baldacchino), cadence (cadenza), cartouche (cartuccio), etc., les relations commerciales des deux pays laissaient dans notre langue quelques traces telles que bilan (bilancia), agio (aggio), escale (scala), banque (banca), banqueroute (bancorotto), etc....
Les italianiseurs, comme on les appelait an Sbizième siècle, allèrent plus loin encore, et tentèrent Tœuvre pernicieuse et inintelligente de remplacer, dans le langage usuel, les mots français par des mots italiens; c'est ainsi que les beaux esprits ne disaient plus suffirey grand revenu j la première fois, mais baster, grosse intradôy la première volte, parce que l'italien disait hastare. entrata, prima volta, etc....
A cette luneste exagération se joignit un autre fléau de la langue, la manie de l'antiquité. On était alors dans une grande ferveur pour l'antiquité classique ilont la découverte et la connaissance se répandaient rapi. dément; et plus d'un de ces admirateurs entboa. siastes, dédaigneux de notre langue, aurait voulu introduire en français toute la majesté d'expression e de peniée qu'il admirait chez les anciens. L'un d'eux, Joachim du Bellay, voulut tenter l'aventure et lança
en 1548 un manifeste célèbre intitulé Défense et Illustration de la Langue Française, et dans lequel il proposait un plan de réforme pour créer d'un seul jet une langue poétique, par l'importation directe des mot grecs et latins en français : « Nos ancêtres, disait-il. a nous ont laissé notre langue si pauvre et si nue, « qu'elle a besoin des ornements, et s'il faut parler « ainsi, des plumes d'autrui. Mais qui voudrait dire e que les langues grecque et romaine eussent toujours « été en l'excellence qu'on les a vues au temps d'Ho- « race et de Démosthène, de Virgile et de Gicéron?... « Traduire n'est pas un suffisant moyen pour élever « notre vulgaire français à l'égal des plus fameuses « langues. Que faut-il donc? imiter 1 imiter les Ro- « mains comme ils ont fait les Grecs, comme Gicéron « a imité Démosthène, et Virgile Homère.... Là donc, » Français, marchez courageusement vers cette su- « perbe cité romaine, et de ses dépouilles ornez vos « temples et vos autels.... Donnez en* cette Grèce « menteresse, et y semez encore un coup la fameuse « nation des Gallo-Grecs. Pillez-moi sans conscience a les sacrés trésors de ce temple delphique, ainsi que a vous avez fait autrefois. »
Ge manifeste proclamait clairement le double but des réformateurs, ennoblir la langue par d'abondants emprunts faits aux langues antiques ; ennoblir la poésie française en y important les genres littéraires usités ohez les anciens.
(• C*Mt-i-4iro : attmquetonmarehezàrtusautdt cette Grèce etc.**
Un page du duc d'Orléans, Pierre de Ronsard, genlilhomme vendômois, résolut d'accomplir la réforme que proposait du Bellay. Rejetant les formes et les genres de notre ancienne poésie française, il introduisit brusquement chez nous le poème épique latin et la tmgédie grecque. Grâce à lui, pendant plus de deux cents ans, la France a regardé ces deux formes antiques du récit et du drame comme les seules légitimes aux yeux du goût, comme les seules qui pussent recevoir de grandes inspirations * . Jusqu'à quel point cette idée était en harmonie avec l'époque oîi elle régna, et de quelle façon elle a été satisfaite, c'est ce que nous n'a?on8 pas à examiner ici : mais en même temps qu'il réformait la poésie, Ronsard voulut du même coup réformer la langue,
Et pouvoir en français p&rier grec et latin.
il rompit violemment avec le passé, et jeta la langue et la poésie dans une voie funeste d'imitation où le caractère national risquait de se perdre : pour créer des mots nouveaux, il puisa sans ménagement aux sources grecques et latines, el affubla d'une terminaison française plusieurs centaines de mots antiques; le latin liltéraire et le grec, qui n'avaient rien donné au français lors de sa formation populaire ', reprirent Ici leurs