‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 18 sur 168 · G. Pari», Hut.poit. de Charlemagne, p · texte numérisé non relu

G. Pari», Hut.poit. de Charlemagne, p

2. Pour l« laliD I.liéraire, notiji l'avons dt^rnonlrc^ aillcur* (roycj p.. 36}. Quant aa grec, les Gallo-Romains et la Grèce ne Turent jamais en contact, et toutes les fables patriotiques qn'ont inTentéei «Henri EsUenne, Joachiu Péri«n ti Ménage pour démontrer l'aTHniie

droits, et grâce à l'école de Ronsard, les mots savants aous envahirent de toutes parts : ocymore^ entéléchief oligochronieriy etc.

Ceci n'était qu'extravagant, les disciples de Ronsard firent mieux * . Non contents de créer à pleines mains des mots nouveaux, ils voulurent refaire les mots déjà français, et remanier la langue usuelle sur le modèle du latin : — oticsus, vindicare, par exemple avaient donné, à l'origine de notre langue, oiseux et venger. Les réformateurs firent table rase de ces mots, les déclarèrent nuls et non avenus; au lieu

de notre langue et de la grecque ne sont qu'extraragance. La seule Yille qui eût pu nous mettre en rapport avec l'idiome grec, Marseille, colonie phocéenne., fut de bonne heuro absorbée par les Romains, et le grec originaire y céda rite la place au lalin. Nous avons bien quelques mots grecs (je ne parle ici qu'avant le seizième siècle el du français populaire), tels que chè/ty somme, parole, etc.... Ils ne viennent point directement du grec xdpa, aây^oi, irapo6o)>iQ, mais du lalin qui les lui avait empruntés {cara, sagma, yarabola) , et on les trouve dans les auteurs latins du sixième siècle. On voit que pour le grec, on peut répéter ce que nous disions pour les langues oricniales (p* & 0 • "^^ influence directe sur le français populaire s été nulle.

4. Je dis à dessein les disciples de Ronsard, car il faut séparer ici le mallredes poêles formés à son école: Ronsard les dépasse de beaucoup; ■ans parler de son génie poétique, qui est réel, il eut comme réforotateur de la langue, plus d'une idée heureuse et vraie. C'est lui qui canseillait de pratiquer le provignement des vieux mots, d'éludier avec soin les patois et d'en tirer le plus de ressources pour notre langue : on voit que Ronsard n'a pas tout brouillé, comme le prétend Boileau qui l'exécute plutôt qu'il ne le juge. D'ailleurs, je ne saurais mieux faire que de rapporter ici le jugement si Qn et si juste de M. Géruzez sur ce poêle : « Ronsard enivra d'abord ses coniempo> rains, et s'égara de plus sur la fui de leur admiration. Il a élé trop Joué et trop dénigré; e^était, comme l'a dit Balzac, le commencement ftm poite. Il en a eu l'enlbousiasme et non le goût. S'il a échoué eomplétemen^ dans l'épopée et l'ode piiidarique, il faut reconnaître

à* oiseux, ils dirent otieux, au lieu de venger, vindiq'jer; en un mot, ils voulurent ramener la langue à la copie exacte des langues antiques. Au delà de ce calque servile, il ne restait plus qu'à parler grec ou latin.

On s'étonne souvent qu'une aussi ridicule et absurde folie ait été accueillie par mille cris d'admiration. Cet enthousiasme est cependant aisé à expliquer : le peuple ne comprit jamais rien à cette langue qui n'était pas faite peur lui ; quant aux savants, « cet « idiome artificiel n'avait rien de ridicule pour eux; a ils n'en durent apercevoir que la richesse : la diffé- « rence qui le séparait du langage parlé était tout è « son avantage. La connaissance du latin^ si répandue t alors, servait de lexique pour l'entendre ; les lettrés 1 surent même bon gré au poète des innovations qui c exigeaient leur perspicacité pour être parfaitement « comprises. La haute poésie devenait ainsi un lanc gage d'initiés, cher à auiconque n'était pas du pro- « fane vulgaire. »

Toutes ces exagérations appelaient une réforme nécessaire, le bon sens de la nation protestait contre ces ftxtravagances, et Malherbe se fit le promoteur et le

aussi qu'il a rencontré la vraie nohicssc du langage poétique dam quelques passages du Bocage royal, des Hymnes, et des Discours sur Us misèie* du temps, M. Saiole-Beuve, qui de nos Jours a révisé c« grand procès, a lout au moins prouvé, pièces en maio, que dans le sonnet, et dans les pièces anacréontiques, Ronsard garde un rang élevé. Malherbe, qui a si heureusement profité des efforts de Ronsard, aurait dû blâmer moins rudement les écarU de ce poflle martjr de la cause dont il reste le héroa. »

chef de cette réaction. Il n'eut point de peine à chasser de la langue une foule de mots grecs ou latins que les novateurs y avaient violemment introduits; grâce à lui les mots tels qu^entéléchie, otieux ou vindiquer ne vécurent qu'un jour; il essaya de mettre fin à la confusion inextricable, causée par la création de mots nouveaux à l'aide d'un mort latin qui avait déjà donné un dérivé dans le parler populaire (tel que le néologisme otieux, à'otiosuSj à côté d'oiseva) ; les pédants avaient rejeté page, plaie, parfait, pèlerin, et calquant îe latin, disaient pagfine, plague, perfect, peregrin {pagina, plaga, perfectus, peregrinus). Malherbe chassa toutes ces créations artificielles, et reprit les anciens mots; mais il ne les chassa pas tous; plus d'un persista, tels ({M* incruster, à côté à! encroûter (incrustare), polype à côté de poulpe (polypus), faction à côté de façon (factionem), potion à côté de poison (potionem), etc.... — Comme tous les réformateurs, Malherbe dépassa le but, et plusieurs de ses prescriptions sont inintelligentes ou ridicules; dans la réforme des lois poétiques, et de la versification, il fit fausse roule; mais ses réformes en matière de langue, ne sont point à regretter. Au lieu de prendre pour guides le grec et le latin, il s'adressait à la langue du peuple de Paris, s Quand on lui demandait son avis sur quelques mots i français, il renvoyait ordinairement aux crocheteurs ■ du Port au foin, et disoit que c'éboient ses miiitres « pour le langage ^ »

<. Kacao He de Malhnhê,

HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE. 6ù

Malherbe avait à peine accompli son œuvre, qu'un-c nouvelle manie vint troubler cette langue qu'il avai" si soigneusement expurgée. Le seizième siècle avait débuté par Timitation de l'Italie, le dix-septième pril l'Espagne pour modèle, et subit dans sa première moitié l'invasion du goût espagnol. Les guerres de la Ligue et le long séjour des armées espagnoles, avaient répandu parmi nous la connaissance de la langue de Philippe IL Avec la langue s'étaient implantés les modes el tous les ridicules de l'Espagne. La cour d'Henri IV s'était espagnolisée. « Les courtisans, nous dit le « grave Sully, ne poussaient qu'admirations et excla- • mations castillanes. Ils réitéraient des /^5if5-5ire .' et « criaient en voix dolente : Il en faut mourir * !» La langue française ne put se soustraire à cette contagion, et c'est vers ce temps qu'apparaissent pour la première fois chez nos écrivains une foule de mots et de locutions empruntés à l'Espagne. Capiton (capitan), duègne (dueâa), embargo (embargo), galon (galon), guitare (guitarra), haquenée (hacanea), mantille (mantilla), matamore (matamoros), sarabande (zarabanda), sieste (siesta), castagnette (castanetas), habler (hablar), CO" marade (camarada), caramel (caramel), cassolette (ca- Eoleta), nègre (negro), case (casa), créole (criollo), albinos (albinos), algarade (algarada), etc.

L'hôtel de Rambouillet, les Précieuses, l'Académie et les grammairiens (Vaugelas, d'Olivet, Thomas Corneille), continuent au dix -septième si^le le travail

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