‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 24 sur 168 · LATIN · texte numérisé non relu

LATIN

MOTS POPULAIRES

MOTS SAVANTS

An g (û) là tus a (

lonné angle

et

angulé

Blasph(ë)mâre

blâmer (v.

fr. blasmer) blasphémer

Çap(ï)tâle

cheptel

capital

Car(ï)tàtem

cherté

charité

Cire (û) lare

cercler

circuler

Com(ï)tâtus

comté

comité

Cum(û)lâre

combler

cumuler

Cart(û)lârium

chartrier

cartulairê

Hosp(ï)lâle

hôtel

hôpital

Lib{ë)râre

livrer

libérer

Mast(ï)câre

mâcher

mastiquer

Nav(ï)gàre

nager

naviguer

Dp (ô) rare

ouvrer

opérer

Pect(ô)râle

poitrail

pectoral

Recup(ô)râre

recouvrer

récupérer

Sep(â)râre

sevrer

séparer

Sim(û)lâre

sembler

simuler

Revind(ï)care)

revenger

revendiquer, el^

Ainsi est constaté© cette règle invariable : V atone brève, précédant immédiatement la tonique, disparaît toujours en français dans les mots d*oi'igine populaire , die persiste toujours dans les mots d'origine savanteK

Ge fait est aisé à expliquer : nos mots français d'origine savante viennent du latin classique, nos mots d'origine populaire viennent (nous ne saurions trop • répéter) du latin populaire ; or cette atone brève q

1. J'ai démontré cette loi dans un travail spécial {Dm Rôle voyelles latines atone* dans Us langues romaneff i.eipzig, 4866), qnei je dema.ide la permitsioû de renfo/er le lecteur.

existait dans le latin classique avait disparu, longtemps avant la chute de l'Empire, du latin populaire ; où le premier disait alàbàster, coagûlàre, capûlàtor, fistû- Idtor, veîérdniLSj tegûlàrius, popûlàres^ etc., le second supprimait Tatone brève immédiatement placée deyant la tonique, et disait albaster, coaglare^ caplator, fistlatOTf vetranus, teglarius^popîares^ etc.* Lorsque le latin populaire se transforma en français, il était naturel que celui-ci ne connût pas la voyelle brève, puisqu'elle n*existait plus dans le mot latin.

m. comte de la consonne médiane.

Le troisième réactif qui sert à distinguer les mots populaires des mots savants est la chute de la consonne médiane, c'est-à-dire de la consonne placée entre deux voyelles, comme t dans maiûrus. Voici cette règle : Tous les mots français qui perdent la coU' sonne médiane sont d^ origine populaire, les mots d'O' rigine savante la conservent : ainsi le latin vo{c)àlis est devenu dans le français populaire voyelle, dans le français des savants vocale. Les exemples sont innom- Drables :

LATIM. MOTS POPULAIBES. MOTS SAVANTS.

Aa (g) estas août auguste

Advo(c)4tus avoué avocat

4. Ces eiemplei el bien d'aatret encore, tirés des inscriptions romaines, sont réanis dans le livre de M. Scliacbardt, roealUmuê des Fmlgàrlatéùu, II, 39».

LiTin.

MOTS I>OPULAiaES.

MOTS SAVANTS

Anti(ph)6na

antienne

anîiphone

Gre(d)éntia

créance

xTédence

Communi(c)âre

communier

communiquer

Ccnfi(d)éntia

confiancs

confidence

De(c)auàtu3

doyenntl

décanat

Deli(c)at'iS

délié

délicat

Denu{d)àtu8

dénué

dénudé

Dila(t)âre

délayer

dUater

Do(t)âre

douer

doter

Impli(c)àro

employer

impliquer

Li(g)âre

lier

liguer

Re(g)âlis

royal

régale

Rene(g)âtus

renié

renégat

Repii(c)âre

replier

répliquer, etc.

La consonne médiane latine tombe en passant en français. Les deux voyelles que sép.arait cette consonne se trouvent alors en présence : ma(()tirujf devient ma-ûrus. Cette rencontre de deux voyelles sonores amène forcément leur choc et leur aplatissement réciproque ; elles s'assourdissent, puis se combinent en une seule. C'est ce qu'on voit nettement en étudiant l'histoire du mot ma{t)unis et de ses destinées en français; il est au treizième siècle meûrj au seizième mûr. On voit qu'après la chute du ( latin , s'est Dpéré l'assourdififsement de ma-uniSj en meûr ; de 'assourdissement, le mot passe à la contraction des deux voyelles en une seule *, eti est devenu tl, meUr est devenu mûr, et l'accent circonflexe indique pré-

\. Cette coDtraclion ou, comme disent les grammairienti eetie *jrn érès0, est étudiée en délai! au livre 1*'.

cisément la suppression de Te. Cet assourdissement des voyelles, cet aplatissement des formes, celte contraction des mots qui se resserrent en passant du latin au français est un des caractères essentiels de notre langue, et celui qui en apparence l'éloigné le plus du latin.

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