‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 25 sur 168 · IV. Gonolaaion · texte numérisé non relu

IV. Gonolaaion

On voit maintenant quels sont les trois sfgnes distinctifs, les trois caractères spécifiques des mots populaires; ils conservent Tatcent latin, suppriment l'atone brève et la consonne médiane. — Les mots d'origine populaire, en conservant à l'accent tonique la place qu'il occupait en latin, montrent qu'ils ont été formés d'après la prononciation romaine encore vivante, en un mot qu'ils ont été faits avec l'oreille, qn'ils viennent d'un latin vivant et parlé. — Les mots d'origine savante , qui violent l'accent latin et le génie de l'idiome romain, sont des mots vraiment barbares, puisqu'ils sont accentués à la fois contre les lois de formation du latin et du français. C'est qu'ils ont été créés longtemps après la mort du latin, par des savants, qui les tirèrent des livres pour les introduire tels queli dans notre langue. Les mots populaires sont le fruit d'une formation toute spontanée, toute naturelle, tout irréfléchie; les mots savants sont une création voulue, réfléchie, artificielle : les mots populaires sont faitp avec l'oreille, les mots savants avec les yeux. — L'initlnct a produit les premiers, la réflexion lés seconds.

Cette distinction nous permet de connaître d'nne manière précise le jour où la langue française naît à l'histoire : le français (et j'entends par ce mot la lan* gue populaire) était né, et le latin tout à fait mort, du jour où le peuple ne connut plus spontanément l'accent latin. C'est vers le onzième siècle que le sentiment de l'accentuation latine se perd définitivement. — Dès lors la création du français populaire est achevée : il n'entrera plus dans la langue d'autres mots que les mots savants. On les voit apparaître en grand nombre au quatorzième siècle ; Nicole Oresme traduit Aristote, Bercheure traduit Tite Live ; pour rendre en français les idées de l'antiquité, ils sont forcés de créer des mots nouveaux : ils transportent du latin au français une foule de mots sans changer leur physionomie originaire. Bercheure crée consulat y tiHbunitierij factioUy magistrat , triomphe, etc. ; Oresme, aristocratie, altération^ démocratie, tyrannie, monarchie, animositéy agonie, etc. Trop souvent ils forment ces mots contrairement à toutes les règles de formation et violent à chaque instant la grande loi de l'accent. Bercheure dit colonie au lieu de colônia; Oresme agile au au lieu de àgilis, etc. Cette inondation de mots savants va croissant pendant le quinzième siècle, brise touter-

es digues et submerge la langue au seizième siècle. Je renvoie le lecteur à Y Histoire de la langue française * ; il verra comment cette invasion, brusquement

arrêtée par Malherbe, ne fit point de progrès au dix-

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