‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 71 sur 168 · ytiré · texte numérisé non relu

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Quant au mot gens, il est proprement féminin, et l'idée qu'il exprime (hommes, individus) est du genre masculin; de là une lutte qui a amené ce mot à posséder les deux genres. Mais on peut dire en général que ces distinctions de mots masculins par devant, féminins par derrière [automne^ gens, etc.), de mots masculins au singulier, féminins au pluriel {arnoxer. orgue, délices, etc..) ne sont que des barbarismes et des subtilités oiseuses inventées par les grammairiens, et que rien ne corirme dans l'histoire de la langue.

S 9. Nombres.

Le français, comme le latin, et le grec éolien *, n'a que deux nombres : le singulier et le pluriel, — celui-ci distingué du premier par l'adjonction d'un 5. Pourquoi cet s ? « Quand on considère le français moderne en soi, et sans se reporter à ses origines, il est impossible de comprendre pourquoi il a choisi cette lettre à l'effet de marquer la pluralité dans les noms. C'est, ce semble, quelque chose d'arbitraire : toute autre lettre aurait aussi bien convenu à un pareil office; et l'on serait tenté de von dans ce choix une convention des grammairiens qui s'entendirent pour établir ainsi une distinction entre le singulier et le pluriel; distinction destinée aux yeux, et nulle pour l'oreille, puisque dans la plupart des caf cette s ne sonne pas. Pourtant *' ^'in est rien; et ello

1 . Le dialecte éolien ne connaissait point Tusage du duel, L L* différence des trois autres dialectes de la langue grecque.

a 83 raison d*être.... Pour la justifier, il faut sortir du français moderne, et entrer dans le français ancien*. Lî, nous trouvons, avant le quatorzième siècle» uns déclinaison à deuxcas :

suïODLiEB : murs (murus) — mur (muriim) PLOHiEL : mur (mûri) — murs (muros)

Au quatorzième siècle on supprime, dans chaque nombre, le cas-sujet pour ne garder que le régime (mur-murum, murs- muros); le type du singulier étant mur (murum), celui du pluriel murs (muros), Y s devint le signe caractéristique et la marque du pluriel. Si l'on avait au contraire pris pour type le cas-sujet, et abandonné le cas-régime, on aurait eu alors au singulier : mur^ (munts)^ au pluriel : mur (mûri) y et Vs qui est aujourd'hui la marque du pluriel fût devenu la marque du singulier.

Certains substantifs tels que vitrum, glacies, etc., qui n'avaient point de pluriel en latin» Tout en français: verreSy glaces, etc.... D'autres, qui n'avaient point de singulier en latin, ont en français les deux nombres : menace (minaciae), noce (nupliœ), relique (reliquiae), gésier (gigeria), arme (arma), geste (gesta) etc....

D'autres enfin qai possédaient en latin les deux nombres n'ont plus que le pluriel en français ; mcsun (mores), ancêtres (anlecéssor), gens (gens). Jusqu'au dix-septième siècle gens et ancêtres eurent un singulier, témoin ces vers de Malherbe :

Ohl combien lors aura de vcuvjs La gent qui porte le turbto.

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