‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 75 sur 168 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

ADJECTIFS QUAUnCATirS.

Si. Cas et

Les adjectifs suivaient dans notre ancienne langue les mêmes règles de déclinaison que le substantif: comme lui ils eurent à l'origine deux cas distincts,

8IN0UUIR.

Sujet : bon-u«=bon-t Régime : bon-tiin=:bon«

PLURIEL

Sujet : boD-t = bon.

Régime : boD*oi=bon-ff.

Gomme lui aussi, ils abandonnèrent au quatorzième ' siècle le cas-sujet pour ne conserver que le régime. Il est donc inutile de reproduire ici les règles énoncées ci-dessus' et dont le lecteur pourra faire l'application aux adjectifs.

«. roy. p»geM6.|U.

S 2. Genres.

C'est un pnncipe général qu'à l'orrgTne la grammaire française n'est que la continuation et le prolongement de la grammaire latine ; par suite les adjectifs de Tancien français suivent en tout point les adjectifs latins, c'est-à-dire que les adjectifs qui avaient chez les Romains une terminaison pour le masculin et une pour le féminin, bonus-bonaj avaient aussi deux terminaisons en français ; et que ceux qui en avaient seulement une pour ces deux genres (homo grandis^ femina grandis)^ n'en avaient qu'une en français: on disait au treizième siècle une grand femme, une âme mortel (mortalis), une coutume cruel (crudelis), une plaine vert (viridis), etc.... Le quatorzième siècle ne comprenant plus le motif de cette distinction, crut y voir une irrégularité, assimila à tort la seconde classe d'adjectifs à la première et contrairement àTétymologie, il écrivit grande, cruelle, verte, mortel/e, comme il écrivait bonne y etc.... Cependant une trace d» la formation correcte est restée dans les expressions grand'mère, grand'route, grand^faim, grand'garde, grand' hâte, grand' chère, etc., qui sont des débris du parler ancien. Vau gelas et les grammairiens du dix septième siècle, ignorant la raison historique de cet usage, décrétèrent étourdiment que la forme de ces mots résultait d'une suppression euphonique de Ve, et qu'il fallait marquer cette suppression par une apostrophe (').

ADJECTIFS Qualificatifs. i65

S s. Adjectifs pris substantivemanL

Certains mots, substantifs en français moderne, mais I revenant d'adjectifs latins, tels que domestique (dômest;cus), sanglier (singularis), bouclier (buccularius), grehade (granatum), linge (lineus), coursier (course), etc.^ étaient adjectifs dans notre ancienne langue, confor« mément à leur origine latine. On disait en vieux français:

Un serviteur domestique, c'est-à-dire un homme attache au service de la maison {domus). L'ancienne langue, régulière dans sa formation, disait domesche (domésticus) respectant ainsi l'accent latin.

Un porc sanglier (porcus singularis), c'est-à-dire un porc sauvage), qui vit solitairement; on l'appelle de même en grec, (xovi'o; (le solitaire).

Un écu bouclier (clypeus buccularius), ce qui veut dire littéralement un écu bombé.

Une pomme grenade (pomum granatum), c'est-àdire une pomme remphe de pépins (grana).

Un vêtement linge (vestimentumlineuni), c'est-à-dire an habit de lin. — Sur le changement de /ineus, en (uge, ou dé eus en ge, voir p. 116.

Un cheval coursier, c'est-à-dire un cheval réservé à la course , par opposition aux chevaux de trait, etc.

Dans ces différeiileg expressions, Tépithète a fini par éliminer le substantif, et devenir le nom même de l'objet. C'est alors qu'on a dit: un domestique, un 5an- (jlier, un linge, un coursier etc., comme nous disons

Aujourd'hui uu morl au lieu d'un hommemort, un moricly au lieu d'un être morlelj etc.

S k. Degrés de signiflcatioa

Ici, comme dans toute la déclmaisou française^ les particules ont chassé les flexions or, imiw, qui marqu nient en latin les degrés de signification, et ont pris leur place en français. En cela se reconnaît encore la tendance analytique des langues romanes :

Comparatif. Il s« forme par l'addition des adverbes plmj mollis^ aussi au positif, aussi bien dans l'ancienne langue que dans le français moderne. — Observons seulement qu'à côté de la forme plm.,., que, l'ancien français possédait, comme l'italien, la forme de : Il est plus grand de moi. On disait indifféremment : il est ,plus grand de moi, ou : il est plus grand que moi. De même en italien : Plu^ grand que mon livre : Più grande del mio libro.

Quelques adjectifs ont conservé en français la forme synthétique du comparatif latin : meilleur (melidrem). L'accent se déplaçant au cas-régime (mélior-melidrem), il en résulte, comme nous l'avons vu, une double déclinaison, qui se résout, soit en un seul cas, soit dans la conservation des deux cas revêtus d'une signification «liiTérento.

Les cinq adjectifs Bon, Mal, Grand, Petit, Moult ont gardé leur comparatif :

Bon : mélior^ vieux fr. mieldre — melidrem meilleur.

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