II. — Temps
1. Quan, quante {quando), anc. quan et quant, plus fréquemment écrits par c. L'e de quante est paragogique comme celui de ounte. Quando interrogatif se traduit mieux par couro, courâ (anc. cora, coras), qui représente qua (ou, selon M. Diez, que) hora.
2. Uei, vuei{hodie), anc. oi et uei. On dit aussi, avec laprép. a, avuei. En composition avec mati, uei se réduit à ei, usité d'ailleurs isolément en quelques lieux : ei-mati = fr. ce matin.
' Un synonyme bien moins usité était ai/ions (de aliunde), que le béarnais possédé encore.
2 Dans cette dernière locution, les trois parties qui la composent se sont si intimement unies que lia a perdu son accent. Prononcez endegûnlho . — Pour a'icubi, le bas-limousin a aussi endoconi; pour nusquam, celie variété de notre dialecte erriploie souvent, avec la négation exprimée ou sonsentendue, à l'exemple du languedocien, en lé (= in (nulle) loco).
— Un synonyme de ueiesiané^ {îr. anuit), composition connue aussi de l'ancienne langue avec ce sens ( Jaufre, 86 b, etc. ).
3. Yer {heri)^ avec la prép. a, ayer. Forme plus rustique: yar. Hier soir se dit arse« (anc. arser). — Avant-hier se dit {a)van'tyer,passa-t-yer,par-f-yer, locutions dans lesquelles le ?, malgré son apparence étymologique dans les deux premières*, doit être considéré partout comme euphonique. L'a d'avan-tyer (plusieurs disent avan-z-yer) subit souvent l'aphérèse. Par, dans par-t-yer^, est la préposition per, au sens du superlatif, comme dans le fr. à la par fin ^ etc. Cf. très hier de l'ancienne langue, qui a le même sens.
4. Démo {* de mane pour cras), aussi doumo ; anc. dénia, deman. On trouve aussi donna, auquel correspond notre doumo (p. ex. Blandin, v. 2275). On dit, en un seul mot, demôusei {dema al ser), ou demanosei (== deman a ser*) ; mais, dans démo mati, les deux composants restent distincts. Après-demain ( lat. perindie ) se dit, comme en français, aprê-demo, ou mieux, passa-demo.
Les idées de pridie et de postridie se rendent, comme en français, par des substantifs au cas absolu : la velho, l'endemô ( ou lou lendemô ), et de même V avan-velho ou la sur-velho, lou surlendemô. C'est aussi par des substantifs, avec l'article et sans préposition, que nous traduisons, comme en français, mane, vespere, interdiu, noctu : lou mati, lou sei ( mieux l'ensei, qui n'est jamais employé que comme adverbe), lou jour, la né. S'il s'agit de la soirée du jour où l'on est, on dit desei ( = fr. ce soir ), -composition que connaît aussi avec ce sens spécial le dialecte poitevin {de soir), et qui a été formée exactement comme deman. On peut ajouter ici les locutions a mieijour ( à midi), a miané {aino. mieia nuech ) = à minuit.
* On dit aussi ou sei d'ané (littéralement: au soir de cette nuit), et cette expression n'a pas d'autre sens que hodiè.
' On dit, du reste, aussi avan-yer.
3' Je trouve un exemple de la même locution dans une pièce française d'Augier Gaillard, de Rabastens, qui écrivait dans la seconde moitié du XVI' s.:'Jereceiis la votre par hier (édit. Glausade, p. 138 ).
* Ou peut-être deman au ser ( qui est dans G. de Rossillon. v. 3515 ).
5. Ujan {hoc anno), anc. aussi ogan, ojan {G. de Ross., 3161, etc.). D'autres dialectes disent oungan, forme nasalisée qui n'est pas sans exemple dans les anciens textes (p. ex., Denkmàler, 12,9 ). — Ont été formés de même avec annus, antan*, commun au vieux fr. et au provençal, et dueinan (en quelques lieux d€inan)= de uei en (un) an, c'est-à-dire Vannée prochaine. On dit aussi, et plus souvent, avec en préposé, endueinan. Je n'ai pas d'ancien exemple de cette locution.
6. Ouro, aussi ôure, anc. aora (ad horam ou hac hora), traduit seul le latin wMnc. L'accent s'est porté et se tient maintenant avec assez de fixité sur la voyelle finale. Composés : d'ôuro, per ôuro =fr. pour à présent, quant à présent. Le second élément de cette locution était employé seul par l'ancienne langue au même usage, soit pur, soit sous les formes abrégées ou modifiées, or, ara, ar'*, era, er. Composés: lora, alara, que nous n'avons pas. Nous disons, comme en français, alor, et plus souvent per lor ou par lor (fr. pour lors). — D'autres composés de ora sont : 1" abora, dont le premier élément doit être a be (cf. dans Boëce, v. 133 : lo be ma), et qui n'est plus usité chez nous qu'en composition avec de ( dabouro ' = fr. de bonne heure)',2° enquêro, enguero, enquêrâ, enguêrà = fr. encore ( lat. hanc horam ). Enguera, et la forme plus étymologique angera{o\i g doit être dur), se montrent déjà dans les plus anciens monuments de notre dialecte. Aujourd'hui nous préposons habituellement de ; denguêro, denguêrà. Pour l'ancienne langue, voy. d'autres formes dans le Lexique roman, II, 540.
7. Doun, anc. donc (lat. tune). Cet adverbe n'est plus employé isolément, comme dans la vieille langue, avec sa signi-
* Un synonyme de antan est arunan, usité p. ex. en Agenais. Cf. dans Flamenca, v. 4818 : ques agras fag ara dos anz ?
* Composé avec ad: adars {Gir. Riquier, p. 168), usité en Gascogne {adare ).
^ C'est à tort que, trompé par la locution française à laquelle il correspond, j'ai expliqué ci-dessus ( t. IV, p. 656 ) ce mot par de bona hora. Il faut l'effacer des exemples de contraction allégués à cet endroit, — En Provenceel ailleurs, douro seul signifie la même chose que notre dabouro.
ficatioii étymologique; mais il la conserve dans le composé leidoun {oMsai aleidoun), dont le premier élément est l'adverbe de lieu lai {alai), et qui signifie simplement alors. Des textes des XIIP et XIV* siècles offrent déjà cet adverbe composé sous les formes ladonc, aladonc^. Le haut limousin emploie aussi tan [tanturn) au même usage. Ainsi, dans Foucaud : ce li disse tan lou che = lui dit alors le chien. C'est l'ancien abtant. Cf. le V. fr. atant, et Fit. intanto.
8. Deija. C'est le français déjà. Le simple /a (lat, jam) n'est plus usité que comme interjection. Nous le retrouvons dans jamai, identique au français jamais. — L'anc. langue avait encore ancmais et onca(unquam), nonca ou noca (nunquam) .
9. Tô ( anc. tost ) répond à mox. Il est usité principalement dans bientô, emprunté au français ou modifié par son influence. L'anc. langue avait ben leu, conservé avec cette signification en bas-limousin {bien léu], mais qui chez nous n'a plus que celle de peut-être, qui lui était commune avec l'autre.— Autre composé de tost: ôussitô^ (immédiatement). — L'opposé de tù est tar, comme dans l'ancienne langue {tart) et comme en français.
10. Les idées de nuper, pridem, jampridem, se traduisent, comme en français, par dernièromen (ancienn. l'autr'ier), deipuei lountem. Oiim se rend par autre ten et par autrei co, locution dans laquelle co { = colps) remplace vetz, usité dans l'an-
* Un synonyme qui commence à se montrer vers la même époque, mais qui est propre aux dialectes plus méridionaux, est alauetz, lavetz alabetz à Toulouse et dans le pays circonvoisin); littéralement : à cett^ fois.
2 Synonymes : dabor, tout ôuro, tanquetan. D'autres formes, plus méridionales, de cette dernière location, sont tant e quan et quantequan (aussi quatequan). On trouve aussi canquecan dans des textes ai:ciens. — Men-^ tionnons encore ici co se (proprement coup sec), locution que possèdent aussi d'autres dialectes et qui peut traduire également slatim et subito. Dans je même ordre d'idées, la vieille langue avait mânes, mantenen, dont le dernier seul nous reste, mais avec la même signification qu'en français moderne.
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cienne langue en de pareilles compositions*. On dit aussi autrei viagei. Et de même, pour traduire aliquando : quaaquei co ou quauquei viagei, et aussi au singulier : quauque co, etc. Dansée dernier cas, le haut-limousin emploie encore vé (vetz) : cauco ve, côucà vé, et enfin cùucà de vé, où l'on voit le seul exemple qui nous reste d'une particularité syntaxique assez fréquente dans les anciens textes.
11. Souven (subinde), anc. soven, soen* , traduit comme en franc, le latin sœpe. — Quotidie et quotannis se rendent par des périphrases : toû loû jour, toû loû an. L'ancienne langue disait cada jorn, cad'an. — Pour tandem on o. a la fi, a la fî, ou enfin, que l'on prononce à la française. Sai que délai, déjà mentionné, sert aussi à rendre la même idée.
12. Ensemble (in simulj, même sens qu'en français; dans l'ancienne langue aussi ensems.
13. Avan (ab ante) traduit antea. L'ancienne langue avait, avec le simple anz, abans, abansas et aussi 'Janceis. L'idée contraire se rend par aprê (anc. après) et, mieux, par peiprê, anc. pueis après = ensuite, et deipuei{d,nc. depois). Puei ni pei (anc. pois, pueis, etc.) n'est plus guère employé chez nous isolément. Postea avait donné à l'ancienne langue poisas, que nous n'avons plus. — Plaçons ici les locutions évidemment empruntées au français dorenavan ^, en attenden, quauque tem (aliquandiu) .
14. Lountem, comme en français, traduit seul le latin diu. Cette locution se trouve déjà dans l'ancienne langue. Diu nous reste seulement dans le composé tandî, plus souvent usité dans la nouvelle composition entretandi, qui signifie cependant, pendant ce temps-là^. Nous avons aussi cependen, pro-
* Cop est déjà très-fréquemment employé pour vetz, etc ,dans la version en prose de la Croisade albigeoise. * «
2 On trouve sovendet, qui est un exemple curieux d'adverbe à forme diminutive. J'en ai rencontré un analogue {douçomentel) dans un poète toulousain contemporain.
3 Formes correspondantes dans l'ancienne langue : derenan, de lor en »ay, oimais, mais ci, d'aras en avant, etc.
* Synonyme entremiâ : liU., inter médias (r es).
bablement pris au français ; mais il sert surtout comme conjonction.
15. Toujour. C'est notre seul équivalent de semper* . L'ancienne langue Tavait aussi {(otz jorns), et, de plus, totz temps, jasse=^ja sempreei ades {adipsum), qui signifiait encore, et plus étymologiquement, aussitôt, d l'instant.