‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 116 sur 119 · V. — Affirmation, négation, doute · texte numérisé non relu

V. — Affirmation, négation, doute

I. — La particule affirmative oc, de laquelle notre langue a pris son nom, se présente chez nous sous la forme d; mais elle n'est pas souvent employée seule. On la joint ordinairement à be {bene) *, plus rarement à plo [plane]^ et alors Yo s'abrège et, à Nontron, se renforce en a : abe, aplo. Quelquefois plo s'ajoute à be :obeplo. On use souvent aussi, dans le même sens, de plo tout seul. Ex. : piti, plôu-t-eû ? plo, pai, plôu ; phrase qu'on s'amuse à faire répéter rapidement aux enfants pour leur exercer la langue.

Concurremment avec o et ses composés, le limousin emploie aussi oui {voui), emprunté probablement au français*.

Pour affirmer en contredisant, nous avons si, qui s'emploie ou seul ou avec un verbe. Dans ce dernier cas, il est le plus souvent accompagné de plo : vou n ave pas minja; — si ai plo. Et de même : si f au plo, si fat plo, si far ai plo, exemples dan.-:; lesquels on voit que le verbe fâ, au lieu d'être immobilisé, comme dans le français moderne si fait ^, à la 3° pers. du singulier de l'ind. présent, s'accorde avec la personne qui affirme, ce qui était aussi la règle dans l'ancienne langue.

Joint à obé, si forme siobé, qu'on prononce, en contractant sio, en un seul mot dissyllabique, et qui répond au français si fait bien.

Si forme encore avec le verbe ei {est) une locution [siei) qui s'emploie comme si seul et qu'on renforce, soit en la faisant

* Ce que faisait d'ailleurs l'ancienne langue. Ex.: hoc be dans Flamenca, V. 3077, 3233.

' On le trouve pourtant quelquefois dans nos anciens textes. Ainsi dans Flamenca, v. 2589, oil o ; v. 4496, ai ben.

3 Cette expression incorrecte (au moins dans la plupart des cas cù on l'emploie), a cours aussi dans notre patois. C'est du français qu'elle nous vient, comme le prouve sa prononciation {si fé et non sifai). Ex. : Tu ne fé pâ vengudo. — Si fé. Régulièrement il faudrait r(5pondro si sai pfo, comme on fait, da reste, bien plus souvent.

précéder de ma : ma siei (mais si), soit en la faisant suivre de plo: siei plo (sic est plane).

D'autres expressions affirmatives sont : certènomen, pris au français ; de segur, déjà noté aux adverbes de manière ; ma fô (ma fe oc = îv. ma foi oui); tout parié (fr. populaire tout de même), pour dire qu'on accepte une offre ou une proposition. Notons encore le mot dominé, qui dans certains endroits (par exemple Saint-Pardoux-la-Rivière) sert à exprimer l'assentiment {c'est vrai, d'accord, oui, etc.).

II. — La particule négative non a pris chez nous, comme en français, une double forme : nou (noun)*, et ne, qu'on voit apparaître dès le XIV* siècle dans des documents du Limousin et d'autres provinces. Ne sert seulement devant les verbes : ne vole pâ. Quanta nou, on ne l'emploie chez nous qu'absolument; mais en bas-limousin il est employé aussi avec les verbes, selon l'usage classique, conservé également dans d'autres dialectes.

On renforce la négation en adjoignant à ne ou à nou, qui dans ce cas reprend sa nasale finale^, des substantifs désignant des choses d'importance ou de dimension médiocre : ce sont pâ, pouen{comme en français) et gro {granumy. En haut Limousin, on emploie de la même manière l'expression composée penpiau {pouen un pian = point un cheveu) : la nei penpiau esuriêro (Poucaud). — Dôu tout s'ajoute souvent, comme le français du tout, à pa ou à pouén .

Dans le provençal moderne et d'autres dialectes méridio-

* Noun, dans certains dialectes, entre autres ceux du bas Languedoc et du Rouergue, peut perdre son n initiale, ce qui se remarque aussi dans le sicilien. Ex. : qu'oun se podou pas dire {Béz\er&).

2 Voy. ci-dessus, p. 105, note 2.

3 L'ancienne langue employaitau même usageges{degenus),mija (miga) quelquefois dorn et aussi re: ren no sap si dema sera vins {P. Cardinal). Nous avons conservé re, mais seulement comme substantif indéterminé {la ne so re = elle ne sait rien). — Ges (gis) persiste tout au moins en bas Languedoc el en Provenc!'. Dans quelques autres contrées on emploie bouci et aussi moussel, qui rappellent mija et dorn : n'es boiici triste (Àugier Gaillard).

naux, ces auxiliaires de la négation ont fini presque toujours parFéliminer et la suppléer entièrement, comme tous lesauti'es mots (adverbes, pronoms, substantifs), tels que j'amai, re, cap (aucun), etc., qui, n'étant plus jamais, ou presque jamais, employés dans des phrases affirmatives, ont pu facilement être considérés comme renfermant nécessairement en euxmêmes l'idée négative. Cela a lieu aussi quelquefois en limousin, mais très-rarement, sauf dans la région sud-est du dialecte, où la chose est au contraire assez commune.

Ne, comme si, se joint à et [est) pour former une locution composée, nei, qui sert à nier en contestant et qui s'oppose à siei. On la fait précéder le plus souvent, comme cette dernière, de la conjonction md: ma siei; — ma nei.

III. — Pour l'expression du doute, nous avons deux locutions composées,dontla première seule nous vient del' ancienne langue :

1. Beleû, aussi heleû bé = fr. peut-être, peut-être bien. Cf. l'allemand vielleichtj qui a le même sens et qui est formé d'éléments de même signification.

2. Querâque. Cette dernière locution n'est pas autre chose, étymoiogiquement, que hoc erat quod (co era que); en sorte qu'elle a d'origine, comme l'expression française {sans doute] à laquelle elle co.-respond, une signification assez différente àe celle qu'elle a prise . Cf. en provençal et en languedocien bessai fbene scia) et saique {scia quod), qui ne traduisent, non plus, nullement la certitude, mais qui servent seulement à exprimer la probabilité ou même la simple possibilité. — Relativement à la forme, il faut observer que, la prononciation ajtxnt réuni en un seul les trois mots constituants de notre querâque, l'accent de era, devenu unique, s'est naturellement porté de l'e sur Va, qui, par suite, non-seulement ne s'est pas affaibli en o, mais encore est devenu long, conformément à la règle de l'a tonique paroxyton. En haut Limousin, où existe, iï côté de ero, une forme secondaire erio, notre locution en a iiussi parallèlement une autre, qui e?,i queriâque .

PARTIES DU DISCOURS 3^i>

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