CHAPITRE TROISIÈME CONJONCTION
Il ne reste aujourd'hui, et il ne restait déjà dans l'ancienne langue, qu'un petit nombre des conjonctions latines. La plupart de celles qui ont disparu ont été remplacées par des locutions composées, dont le premier élément est, soit une préposition ou un adverbe, soit un nom, un pronom ou un participe, ordinairement précédé d'une préposition, et le second la conjonction que. Rappelons que plusieurs adverbes jouent aussi, à eux seuls, le rôle de conjonction. C'est particulièrement le cas de tous ceux qui servent à interroger : ente, quan, coumo, perque, etc.
Les grammairiens divisent, comme on sait, les conjonctions, d'après leur emploi, en un assez grand nombre décelasses (co-
pulatives, adversatives, etc., etc. Il paraît inutile de s'astreindre ici à une rigoureuse classification de ce genre. Je m'attacherai seulement, en énumérant les conjonctions limousines, à mettre, autant que possible, ensemble celles dont la destination est analogue.
1. E (lat. et). Autrefois aussi et, ed, devant les voyelles. Les dialectes méridionaux avaient encore les formes es, ez {eti, edz). Plusieurs textes du Limousin et du Périgord, depuis le XIP jusqu'au XVP siècle, offrent i {y), qui ne servait que devant les voyelles, plus particulièrement devant a. Cette dernière forme se rencontre très-fréquemment dans Gérard de Rossillon. On la trouve aussi plusieurs fois dans les Joyas del gaysaber et dans d'autres textes languedociens moins récents.
A la place dee^, on emploie aujourd'hui beaucoup plus souvent l'adverbe mai, qui parfois, à la vérité, ajoute quelque chose à l'idée de et, mais le plus souvent n'en dit pas davantage : Jan mai soun frai = Jean et son frère*.
On rencontre déjà dans les anciens textes quelques exemples de cet emploi de mais. En voici un tiré d'un document limousin de 1371 {Liin. histor., p. 648) : que puninchatz mays defendatz. Le suivant, oixmais a un peu plus de force que n'en aurait e à sa place, est pris dans le roman de Flamen § (840-1); il est question des cheveux de la comtesse :
Ans son plus blon que non es aurs, Mais so fon sos meillors thesaurs.
Plus souvent, au lieu de substituer mais à et, on ajoutait ces deux particules ; ainsi, dans Flamenca (v. 4139) : Ans bels e grans e mais cortes ;
dans G. de Rossillon (v. 8220) :
Ne sai quans n'au aucitz e mais nafratz.
* Le dicton suivant offre un exemple de wai= et unissant deux propositions
Lou soalei râyo, mai ca plôu ; I,ou boun Dî té Boun fllhôu ;
« Le soleil luit et il pleut; le bon Dieu tient son filleul. » — Mai = et peut précéder mai = plus. Ex. : mil' an mai mai = mille ans et plus.
Cette locution se rencontre fréquemment dans les textes plus récents [Blandin, Joyas del qay saber, etc.). Elle est devenue, par le renforcement de 1>*, amay, aujourd'hui si répandu dans tout le Languedoc et les contrées voisines', et dont les exemples commencent à abonder dès le XV" siècle. La Croisade albigeoise en prose et le Ludus sancti Jacobi offrent concurremment les deux formes. Notre mai = et est souvent renforcé au moyen de enguêro, denguêro (fr. encore]. Il équivaut alors au latin etiam, dont il peut d'ailleurs suffire, à lui seul, à rendre l'idée.
2. Ni (anc. ni et ne) -= lat. nec. Cette conjonction renferme en soi une négation dont la langue cessa, dès son premier âge, d'avoir une conscience bien nette. Aussi fut-elle employée comme simple équivalent de et. Ex. : Si Dieu platz ni a sa maire {Ferabras. 2358); — personas singulars deu dich chasteu ni de sas apertenensas ( Coutumes de Limoges, p. 628 ) ; — en lorpoder ne obediensa {ibid., p. 618). Elle ne gardait en général le sens négatif que dans les phrases où il y avait une autre négation exprimée. Ex. :
B non an gaire escavalcat Ni non son del castel luinat
{Jaufre, p. 140 b.)
Aujourd'hui wî n'est plus jamais employé que dans de telles phrases, c'est-à-dire qu'il sert exclusivement à unir des propositions négatives. Mais, joint hmai, il forme une locution [nimai), qui équivaut presque toujours à et, et qui tient ainsi lieu, chez nous, de Yamai languedocien. Ex.: là beliâ nimai loû burgau (Foucaud) ; — î rriàu an di nimai yôu sâbe (id.); — H auro de tout nimai mai (id,). Dans l'ancienne langue, où l'on constate déjà la même union des deux particules, nimais servait aussi quelquefois de copule positive. Ex. :
S'ieu plus que tuit l'autr'amador vos vuelh
Ni mais vos am, es doncx dregz que m'en planha.
(Pons de Capduelh.)
* Gf. avesque, avangeli, formos secondaires de evesque, evangeli. ' On s'en sert aussi en bas Limousin (ornai), mais non pas, à ma connaissance du moins, dans les autres variétés du dialecte.
3. Ou (lat. aut). La forme classique esto^ diphthonguée plus tard en ou, forme nontronnaise, qui s'est ailleurs renforcée en au, revenant ainsi à son point de départ. Je trouve déjà ou dans un document limousin de 1389'. — Nous employons rarement 021! seul, préférant nous servir des locutions composées Ôuhe et ôubetout, dont la première, aujourd'hui la moins usitée des deux, se rencontre déjà de temps en temps dans les anciens textes. Ex. :
Tro que coms o vescoms o he rixs bar.
{G. de Rossillon, v. 3401.)
La conjonction 6u se supprime habituellement entre les
noms de nombre pris dans un sens indéterminé : doù trei an
= deux ou trois ans; fâ soû trei quatre repâper jour (Foucaud).
Et de même dans la locution entau entau (de telle ou telle façon);
dautrei lou nâ entau entau [d'autres [ont] le nez ainsi ou ainsi)
(Foucaud).
4. Si' Autre forme se. Cette dernière est la plus usitée en bas Limousin. A Nontron, on ne laconnaîtque dans l'expression consacrée se Di plâ = si Deo placet. L'une et l'autre existaient dans l'ancienne langue; mais si est celle que les troubadours ont préférée.
Uni à la négation, si a formé sinou (anc. si no, si non), qui a les mêmes emplois que le français sinon et qui équivaut toujours aune proposition entière*. Un équivalent non elliptique est, en haut Limousin, si conei fco ei=hoc est) de nou, locution qui s'est probablement développée de celle de l'ancienne langue si queno^, par l'intermédiaire de si que de nou, qui en est la forme nontronnaise.
5. Ma (fr. mais) remplace sed et verum. — J'ai déjà dit que des deux formes principales de magis en langue d'oc, c'est à
' Limousin hidorique, t. Il, p 44.
* L'idée de msi est rendue par a min que (Ir. à moins que .)
3 Ex. : Si d'aisso m'es certana
Autra votz lan creirai,
0 ti que no, jamai
No oreùai cr< sfciana .
(B. de Ventadour.)
Ja seconde, mas, que nous avions réservé le rôle de conjonction adversative'. Des formes secondaires de mas étaient dans l'ancienne langue mar, mos, mor, qui toutes se rencontrent dans Gérard de Rossillon et qu'on voit aussi dans d'autres textes. On trouve également quelquefois ma sans s, comme aujourd'hui.
(J.Pertan. Cette conjonction composée n'a plus aujourd'hui, comme le français pourtant, qui lui correspond, que le sens de malgré cela, néanmoins. Ex. : pertan c'aribo be souven (Fou • caud). Mais autrefois, conformément à l'étjmologie, elle signifiait au contraire à cause de cela. C'est l'habitude qu'on avait de l'employer surtout dans des propositions négatives * qui a conduit, comme pour jamais, à croire que l'idée de négation lui était essentielle et à la détourner ainsi de sa signification normale. La même chose avait eu lieu déjà dans l'ancienne langue de pero, qui veut dire proprement pour cela, mais que l'on trouve le plus souvent employé au sens de néanmoins:
Sap que mortz es e pero si combat.
(A. de Mareuil.)
Nous n'avons plus pero. Mais le bas-limousin emploie quelquefois de la même nanière, c'est-à-dire sans négation exprimée, per oco, au sens àe malgré cela. Voy. Béronie, p. 194 a.
* On s'expliquera facilement l'attribution ù magis de ce nouveau rôle, si l'on fait attention que cotte particule a ici, au fond, la même signification que lorsqu'elle remplace (voy. ci-dessus, paragr. 1) et ou etiam. Il est bon mais vif= il est bon et de plus vif, avec une idée accessoire d'opposition entre ces deux qualités, qui naît d'elle-même de leur rapprochement. On comprend que cette idée accessoire à' opposition, s'ajoutant ainsi à celle d'addition, qui est seule au fond contenue dans magis, ait fini par devenir la dominante. En limousin, et en général en langue d'oc, la possession de deux formes dérivées de magis a permis de conserver à cet adverbe la plénitude de sa signification originaire, en attachant celle-ci à la première (mai), et en réservant pour la seconde {mas) la signification dérivée et restreinte de sed. Mais en français, où la même dualité de forme n'existe pas, magis a dû se réduire au second de ces deux rôles, sauf dans la lo cution n'en pouvoir mais, où il conserve sa signillculion primitive.
* Ex. : K pertant nos laissa d'anar
(Jaufre.)
342 DEUXIEME PARTl]^
Une autre équivalent de tamen est la locution saique de lai *, abrégée de que de sai que de lai, et déjà mentionnée, sous fa?, au chapitre des Adverbes. En languedocien et en provençal, on dit beaucoup, dans le même sens, pamens {pas moins).
Citons encore, outre cependen, imité du français cependant, une expression, en tout aco {îrsinG. populaire, avec tout ça), que connaissait aussi l'ancienne langue {ab totso ') et dans laquelle la signification adversative s'est développée, comme dans mas, de la copulative.
Il nous faut enfin mentionner ici de nouveau si (lat. sic), qui est essentiellement adverbe, mais qui, dans certains cas, joue, comme dans l'ancienne langue » et comme en vieux français, le rôle des conjonctions latines tamen ou verum *; sin*ei copâ
1 Sai que de lai est plus rarement employé dans ce sens que dans celui de enfin, donc, eh bien t II traduit aussi, mais plus rarement encore, le r. quoiqu'il en soit, locution dont l'équivalent le plus ordinaire est sio que sio {soit que soit).
* Ex.: Bertran Garbonel {Denkmâler, 6, 25) :
Mas ab tôt so fan que fol e musart.
8 Voy.-en deux exemples dans Raynouard, Lex. rom , V, p. 224 a.
♦ J'ai déjà signalé plus haut l'emploi de Si (sic) comme particule affirmative d'opposition, emploi dont celui que je constate ici ne se distingue pas au fond, et comme formule de souhait (dans l'ancienne langue). Celte particule servait aussi quelquefois, mais moins à ce qu'il semble que dans le vieux franc., à unir deux propositions indépendantes, comme aurait fait et, ou à marquer la transition de l'unn à l'autre. Ainsi, dans Flamenca, 257-8 :
Lfivas (l'aqui. si la venes Doncas vezer dedluz Pa cambra.
Et. dans Boëce, v. 59 :
Fez SOS mes soj^re, silz fsz metrc en preso.
Elle conserve cet emploi en Provence, sinon dans le langage courant (ce que je n'ai pas les moyens do vérifier), du moins dans des chants populaires, où elle est aussi quelquefois purement explétive. Voy. le recueil (le M. Damase Arbaud, I, pp. 134, 144, 157, etc., et cf. dans des chants français du Forez {Romania, IV, 113) :
Sout trois soldats l'ont dérobéie .
Si son père la suit-z-après.
Et encore :
0 mon Dieu, je vous remercie, ainsi que vous, Vierge Marie!
Si son père la voit venir, etc .
tan maleiza (Foucaud). Dans les phrases affirmatives, il est presque toujours accompagné de plo ou de be : qu'ei bien far, si fou co plo parti.
7. Car (lat, quare\ même sens qu'en français. Particule aujourd'hui peu employée. On se sert beaucoup plus de persoque.
Car ayant pris la place de quia, qui s'était lui-même, dans le latin des bas siècles, substitué à quod {mémento quia pulvis es), on s'explique facilement que le rôle de cette dernière conjonction ait été usurpé aussi par notre car, qui signifie ainsi dans les anciens textes non-seulement parce que, mais encore de ce que, à savoir que. Ex.: Arnaut de Mareuil :
Si conoissetz nius par Que sia fallimens Car vos sui benvolens, Soffrelz m'aquest faillir.
Bernard de Ventadour :
Sa m'auci de dolor Quar ochaison non ai De soven anar lai .
Le français c'est pourquoi se rendait habituellement par perque ou per so, placé en tête de la proposition. Nous n'employons plus ainsi ces locutions, et nous les remplaçons dans ce rôle par aussi, eitaplo, citabe, eitapau, locutions composées, dont la dernière emprunte ordinairement à son second élément une nuance négative ou adversative.
8. Doun, anc. donc, doncx, doncas. Déjà mentionnée parmi les adverbes de temps, cette particule a, comme conjonction, les mêmes emplois qu'en français. Elle a aussi chez nous pour équivalent, per counsequen, qui quelquefois s'y ajoute :
Edoun per counsequen lo li sauvé la vito.
(Foucaud.)
9. Coumo, anc. comaf corn, con{quomodo). Cette conjonction, concurremment avec que, sert encore, comme autrefois, à unir
les deux termes d'une comparaison d'égalité : tan gran ou si gran coumo soun frai.
El m on non es ren qu'ieu am tan cum vos.
(Arn. de Mareuil. )
Elle traduit aussi sicut, dont l'ancienne langue avait dans si com un équivalent plus exact: queiariba coumo ou zou vio di. Elle a enfin quelquefois la signification temporelle de tandis que, pendant que. lorsque. Composé : coumo si =^ fr. comme si.
10. Quan et quante (anc. quant, quan; lat. quando). L'e est paragogique comme dans ounte et comme i'o {a) dans les deux coumo. On rélide à volonté devant les voyelles. Un composé de môme signification était lanquan {illo anno quando)., qui n'a pas survécu. Sjnon. d'un emploi plus restreint : couro et courà: la ne so pâ courà la vendra.
Quan n'a jamais chez nous, non plus que dans les purs monuments de l'âge classique, d'autre signification que celle de lorsque ; mais, dans le languedocien et le provençal, cette conjonction a aussi, comme en latin, celle de vu que, puisque, de ce que, qu'on lui trouve déjà quelquefois dans des textes anciens de ces provinces. Ex.: grand joia ay quand ses ayssivengut {Croisade albigeoise en prose, p. 99); a lo remerciât quand tanta de pena a volgut prendre [id., p. 13).
12. Que, aussi qued , quez, ques, quelquefois quas, dans les anciens textes, lat. quod. Cette conjonction a les mêmes em- |)lois qu'en français. Pour lier les deux termes d'un comparatif d'égalité, elle cède souvent, surtout après tan, la place à coumo. En pareil cas, la vieille langue employait, de préférence, quant (ex.: an tant de poder quant lo rnortnavia [Coût, de Limoges, p. 600)) ; ce qui aujourd'hui n'a plus lieu .
Que a servi, comme en français, à former, avec d'autres mots, beaucoup de locutions conjonctives. J'énumérerai ici les principales :
Dei que, anc. deis (des, deusj que. On disait aussi de se (ce) que, où se est peut-être une forme du pronom so, devenue assez commune dans les dialectes modernes. — Deipuei ( ou
detpei) que = depuis que et, autrefois, aussi a/jm que. Ex.: despoy que ho auran comprat [Coût, de Limoges, p. 608).
Avan que, anc. abans que, anceis que, enans que et, avec le simple, ans que. — Pu tô que (fr. plus tôt et plutôt que). — Si tô que et ôussitô que (anc. tan tost que ).
Apt^ê que, peiprê que. L'ancienne langue employait de préférence despueis que, ou le simple pueis (pois) que, aujourd'hui peique, qui n'a conservé, comme le français puisque, de sa double signification d'autrefois, que le sens causal, sorti du primitif grâce à la confusion si naturelle, et qui est la source du plus commun des paralogismes, des idées de conséquence et de postériorité.
Deicio que ( d'aissî a que'^) = fr. jusqu'à ce que. On dit aussi jusquo que {cî. jusquas que {Crois, albigeoise en ^vo^e.,'^. 30) et jusqua tan que. Say que se trouve, avec le même sens, dans des textes limousins du XIV* s., par ex.: say que v ans sian passât {Lim. histor., p. 622). L'expression ordinaire de cette idée dans l'ancienne langue était entra que, plus souvent abrégé en tro que, et où l'on sous-entendait habituellement que. Ex.:
Tro ve la nuhs escura que toi esgart.
(G. deRossillon, v. 8670.)
Penden que. Forme toute moderne et imitée du français. Nous disons aussi tandis que. L'ancien mentre que existe encore en bas Limousin. Mentre provient d'ailleurs de la forme plus complète domentre, dementre (dum intérim), qui avait donné aussi domens, plus particulier, à ce qu'il semble, au dialecte provençal. On trouve aussi enmentre.
A. inter et non à intérim se rattachent entre que et entretan que, qui ont le même sens que mentre et qui ne sont pas rares dans les textes classiques. Entretan que se dit encore, mais moins que entretandî que. Quant à entre que, tombé en désuétude en limousin, il se conserve dans des dialectes plus méridionaux, qui emploient du reste plus souvent entre seul, avec
* D'ayssiche. avec ce sens, est dans Btondm de Cornouailles, v 278. Formes analogues de diverses contrées du Languedoc : d'aquio que, d'aqui que, dinquio etdinquios que, duscos que, elc
rinfinitif, dans le même sens, et aussi dans celui de dès que, après que. Ex.: sega lous blats entre que sou madurs (Peyrot); — entr'aveire soupat, avant de s'ana jaire (le même).
Per que^= fr. pour que, afin que, et aussi, par suite de la double signiflcation de per, parce que et puisque. Dans le premier sens on dit encore per fi que et mieux per l'amour que {per mour que). Cette dernière locution signifie également parce que, dont nous avons d'ailleurs l'exact équivalent dans persoque (quelquefois yOé'rce^'we), qui se litdéjàdans les plus anciens textes de notre langue*. Une autre expression ancienne des mêmes idées est per tal que, encore usitée dans le Languedoc.
Ma que = dès que, pourvu que . (Nous disons aussi pervu que, à la française.) Cette locution doit s'expliquer, comme noumâ, mâquan, déjà analysés, par une ellipse. L'expression pleine serait mas so que = plus cela que, c'est-à-dire cela (qu'on va dire) étant déplus. C'est ce que montre d'ailleurs clairement une expression équivalente de l'ancienne langue, où so est tantôt exprimé, tantôt sous-entendu : ab so que (littéralement avec cela que). Ex. : am so que sia sespecat [Joyas, 157); am que vos batejes [Sainte Agnès, 693). — Mas que avait plus souvent autrefois la signiflcation de puisque, qu'il partageait avec pois que et que nous ne lui donnons plus ^. L'idée de pourvu que
* Ne pas confondre avec perque = pourquoi, qui est aussi conjonction en même temps qu'adverbe {dijo me perque tu z'd fat), comme font quelquefois les gens illettrés de nos provinces méridionales, quand ils parlent français. Cette faute paraît commune dans le Bordelais. Il n'est pas rare d'y entendre dire pourquoi au lieu de parce que.
* A côté de persoque, on avait encore lalocution pléonastique per so car, qui recevait de son dernier élément une signification plus précise.
' Il a celle de pourvu que dans les deux ex. suivants, relativement récents, et dont le second est tiré des Coutumes de Limoges : Mas que tu vuelhas eêtar am mi {Leys d'amors, II, 240); mas que eysso se fassa ses frau {Lim. hist., p. 606) . — Je rappellerai ici que dans les textes poétiques, mas que, comme pois que, laissaittoujours, ou presque toujours sous-entendue la conjonction gue. Ex. :
E mot. K, vos manda, anem en lai.
(&. de Rossillon, ▼. 3469.)
s'exprimait aussi alors par sol que, aujourd'iiui hors d'usage.
Quoique, bien que, malgré que. Ces locutions françaises sont aujourd'hui les seuls équivalents de etsi qui aient cours à Nontron et aussi, je crois, en haut Limousin. Le bas Limousin en possède une autre, ornai, qui lui est commune avec le languedocien {amai, emai), et dans laquelle il faut sous-entendre que. Le sens fondamental est et plus, d'où l'idée d'opposition s'est développée comme dans mas (voy. ci-dessus, p. 341). — Les expressions classiques de-la même idée étaient sitôt et si ben. On avait aussi, pour la prose, jasiaisso (ja sia aisso) que, dont les exemples ne sont pas rares dans les textes limousins des XIV- XV^ siècles.Enfin la poésie employait assez fréquemment dans le même sens la locution coras que, qui signifie proprement à quelle heure que.
Je clorai la liste de nos principales locutions conjonctives par les deux suivantes, qui sont des plus usitées parmi celles que nous avons formées avec des noms :
De maniêro que (on dit aussi de feissou que, de sorto que) et de beu que (mot à mot de beau que). Cette dernière correspond au français tant ou à force de, avec l'infinitif. Ex. : de beû que l'ei ôro ■= tant elle est laide; de beûquôu tutâvo, du enfouncé la porto = à force de frapper, il enfonça la porte.
Remarque. — On a vu que, dans l'ancienne langue, plusieurs des locutions conjonctives qui viennent d'être énumérées rejetaient souvent, quelques-unes presque toujours, au moins en poésie, la conjonction que. Telles étsàent pois que, mas que, tro que. Persoque est, je crois, la seule qui puisse le faire aujourd'hui {perso vole î nâ ==parce que je veux y aller), et c'est précisément une de celles qui ne soufiraient pas cette ellipse.
Au contraire, que pouvait avoir à lui seul le sens de quelques-unes des locutions conjonctives qu'il concourait à former, et c'est ce qui a lieu encore de nos jours, où il signifie souvent afin que, tandis que , au lieu que , parce que, vu que, de manière que , tant que. Pour des exemples anciens de la plupart de ces significations, voyez Raynouard, Lex. rom., V, 13.