‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 17 sur 119 · III. — / avant la tonique · texte numérisé non relu

III. — / avant la tonique

A. — Avant la tonique et devant une consonne, i en posi-

* Dans horridus, c'est la finale qui, exceptionnellement, est tombée ett s'est maintenu, mais changé en e {are) . La même chose a eu lieu dans tepidiis, pallidus, devenus tébie, pâle.

^ On dit aussi oudâci, comme si le mot venait d'une forme audacium.

tion, bref ou long, mais dans ce dernier cas préalablement abrégé, devient régulièrement e. Ex. : viridarium, vergier; — siccare, sechâ ; — licere, lezei ; — bibere, heure ; — quiritare, cridar, credâ; — divinare, devinar, devina; — v'tcinus, vezin, vezi.

Les exceptions ont lieu principalement pour 1'/ long, qui dans beaucoup de mots reste i (ex.: fini, iver)^ et pour Yi nasal, qui, là comme sous l'accent, manque très-souvent à se renforcer. Ex.: printem, ingra, instrumen, linsôu (linteolum) . — Par contre, il arrive quelquefois que Vi nasal, devenu e, ne s'arrête pas là, et qu'il monte jusqu'à l'a. Ex.: infernum, anfer; — sincerus, sanciê; — singvltus, sangû.

Le renforcement d'^ en a, renforcement médiat, bien entendu, se constate encore exceptionnellement dans mouvamen = movemen = *movimentum.

1, en s' affaiblissant, devient naturellement u. Mais comme, ainsi qu'on l'a vu, il répugne aux affaiblissements, cette mutation n'a lieu que dans un très-petit nombre de mots. Ex.: primarius, prumier^, prumiê ; — implicare, empleiar, empluyâ.

B. — Devant une autre voyelle, i atone se change en la semi-vojelle y (/ latin), et dans cet état :

a. — Il reste tel si, par la chute d'une consonne, il se trouve placé entre deux voyelles. Ex.: gobionem, gouyou; — gaudia, joyo ; — "^habiamus (habeamus), ayam ;

b. — Si la consonne précédente est / ou n, il s'unit avec elle pour former l'une des deux consonnes composées qu'on appelle /mouillée et «mouillée, c'est-à-dire Ih flyj etnhfnyj. Ex.: ^Ha, filho; — filiolum, filhôu; — *vinia (vinea), vinho; — unionem, ounhou;

c. — Use durcit en/ après les labiales, après les liquides, excepté /, et après d. Si la consonne précédente est/), c'est en ch qu'a lieu d'ordinaire le durcissement. Ces mutations avaient lieu déjà dans l'ancienne langue; mais elles y étaient plus rares, surtout après la tonique, que dans le limousin moderne,

* A côté de cette forme, l'ancienne langue a aussi primier et premier.

où on les constate presque aussi fréquemment qu'en français. Ex.: diurnum, jom, jour; — cambiare, camjar, chanjâ; — *appropiare, apropchar et aprochar, aprouchâ.

C. — Après t, s, c, Vi précédant une autre voyelle ne se consonnifie pas : il reste i (ex. : renuntiare, renunciar, renounciâ) ou il tombe. J'ai donné des exemples de cette chute après la tonique. Avant la tonique, c'est surtout dans les mots en tionem qu'on la constate. Ex.: rationem, razo, razou; — sationem, sazo, sazou; — *refutiare, refusar, refusa; — *lintiolum (linteolum), linsol, linsôu. — D'autres fois Vi est attiré par la voyelle antécédente, qui se diphthongue avec lui. Ex.: mansionem, maizo, meij'ou ; — prensionem, preizo, preijou ; — potionem, poizo, poueizou.

Le Donat provençal ne distingue nulle part Yi en larg et en estreit. Mais Ve = i est toujours , dans cet ouvrage , sauf trois ou quatre exceptions *, qualifié estreit. Aussi a-t-il été traité en limousin comme les e originaires de cette catégorie . Ainsi es est devenu ei dans mei = mes = missus, comme dans mei = mes = mensis. Pareillement cresta, pescar, mesclar, de crista, *piscare, *misclare, ont donné creito, peichâ, meilâ. On voit même, en initiale, i passer à ïei, sans qu'on puisse toujours constater l'existence d'un e provençal intermédiaire. Ex.: in odio , enuey , einuei ; — innocentem, einoucen ; — hirundo , eiroundelo.

D'un autre côté, dans les désinences où les différences, quelles qu'elles fussent, notées par Hugues Faidit, se sont effacées, elles se sont effacées aussi complètement pour Ve=i que pour l'e originaire. Par exemple, Ve àe pela ::= pïlat, et celui de mndela = candëla, tous deux étroits, sont devenus l'un et l'autre également identiques à celui de sela=sella, qui est qualifié large.

OU {U latin)

Vou se comporte autrement que Vi dans sa manière de se * Ades (adipsmn), maissella (maxilla), aisseUa (axilla).

conformer à la loi générale des voyelles grêle». En effet, tandis que i long ne fait que s'abréger, ou long, en s' abrégeant, se renforce en u. Au contraire, ou bref ou en position reste tel le plus souvent, tandis que i bref passe ordinairement à Ye.

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