‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 19 sur 119 · III. — OU avant la tonique · texte numérisé non relu

III. — OU avant la tonique

A cette place il éprouve le même sort que sous l'accent, c'est-à-dire que long, il devient u, que bref ou en position, il reste ou. Ex.:

long : mutare, mûdâ; — lucere, lûzi; — sudare, suâ; — putere, pûdî; — punire, pûnî; — curare, cura;

bref : putare, poûdâ; — suave, souau;

celui de remudar devient eu sous l'accent. Était-ce la même différence qu'a voulu noter Hugues Faidit entre jura et conjura, et plus gén(5ralement entre ura larg etura estreit ? Les analogies me manquent pour le décider, car la prononciation actuelle ne laisse apprécier chez nous aucune différence dans r« des mots de cette désinence, cités par lui, qui subsistent encore. Ils sont tous uniformément en u bref.

en position : pukare, poussa; — dubitare, douta; — *fructicare, froûjâ; — ructare, routa; — pulverem, poûvero.

Exceptionnellement, c'est l'inverse qui a lieu, c'est-à-dire que ou long reste ou, tandis que bref ou en position il devient u. Ex.:

long : unionem, oûnhou*; — *mucare, moucha;

bref : ^fugire, fugî; — furiosus, furios, fùrî;

en position : luciare, lûchâ; — * sufferire, sûfrî; — pulcella, pûcelo; — ululare, unla} — bullire, bùlî.

L'oM et Vu provençal ou français sont devenus e dans quelques cas isolés. Ex.: *rotulare, pr. redolar% rudelâ; — rudimentum, fr. rudiment, redimen. L'm latin s'était de même déjà changé en e dans un certain nombre de mots tels que treblar, aujourd'hui treblâ, =. *turbulare.

Lorsque Vu latin tonique ou antétonique, pur ou nasal, était suivi d'un i ou de l'une des consonnes c, g, t, qui se changent en cette voyelle, l'ancienne langue le diphthonguait souvent soit en ui, soit en oi; — en ui s'il était long, en oi f=ouiJ s'il était bref ou en position. Quelques mots présentent à la fois les deux formes. Ce sont, en général, des mots dont I'm était de quantité douteuse, tels que nutrire, qui a donné en même temps nuirir et noirir. — On verra ci-après ce que sont devenues ces diphthongues en limousin.

L'a latin est quelquefois représenté par g dur. Cette mutation sera expliquée ci-après, au chapitre des consonnes, article du V.

Notre u provient, soit de Vo, soit de Vu {ou) latin. On a lu, aux articles de ces dernières voyelles, ce que nous avions à en dire. Rappelons que, sous l'accent, il devient souvent eu. Ex.: sufrî, seufre; — durmî, deurmc. Dans les mots empruntés

' On dit aussi, et plus souvent, inhou, forme qui se trouve déjà dans l'ancienne langue et qui est un exemple de la mutation normale, mais chez nous assez rare, de u en i.

* 0, ici, se prononçait ou

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au français, il reste u, et, s'il est nasal, rejette la prononciation française {eun) pour prendre celle qui lui est propre.

TROISIÈME SECTION. — diphthonques

AI, AU — El, OU <

Nous avons vu que Va précédant la tonique reste pur en général, s'il est isolé. Mais, dans les diphthongues ae et au, l'influence de la voyelle qui lui est conjointe s'ajoutant à la tendance naturelle des voyelles antétoniques à l'affaiblissement, il passe constamment à Ve et à Vo, c'est-à-dire à la voyelle la plus voisine de son associée.

Ainsi ai devient ei, et au devient ou. Ces mutations ont lieu

même sous l'accent, si la voyelle suivante est un a long*. Ex.:

ai: — naissensa (pr.), neissénso ; — captivus, caitis, cheitî ; —

laxare , laissar, leissâ; — aquas, aigas, eigâ; — laxas,

laissas, leissà.

au: — "auricla, aurelha, ôurelho ; — audire, auvir, ôuvî; —

calcare, chôuchâ ; — * haustare, ôutâ; — aucas, ôuchâ; —

raucas, r ôuchâ; — graculas, grôulà.

Réciproquement, ei devient ai sous l'accent; mais ce renforcement n'est général que dans les verbes ; il n'a lieu dans les autres mots qu'exceptionnellement.

Ex.: œquat, ega, aigo; — prœstat, presta, praito; — * piscat, pesca, paicho; — bresca (pr.), braicho ^

* De ces quatre diphthongues, une seule, au, remonte au latin; mais, dans la plupart des mots de notre dialecte où elle se rencontre, elle représente

^ av ou oL— On a vu, aux articles de l'a et de IV, les divers modes de génération de ai et de ei. Quant à ou, il provient de ol ou de ov, lorsqu'il n'est pas — cas plus fréquent — le résultat d'une modification de au ou de o.

* Au tonique, même non suivi d'à long, devient encore ou dans quel ques mots très-usuels, tels que chou ( ^-^ caul == caulem ) fou (=falh^ fallit), loîi (•=> lau = illac), ou (= al) .

3 Lat. /auus.— Voir ci-dessus à l'article de l'e, sur la diphthongaison de cette voyelle. La m utation en ai est logiquement postérieure; mais il est pro bable qu'en fait les deux phénomènes ont été simultanés.

Quant à ou, il ne se renforce que dans des cas fort rares *, par exemple à?a\^chaulhoàechôulhâ(solhar^'suculare), piaulo de piaula fpiular = pipilarej .

Les diphthongues au et 6u se réduisent souvent, dans le parler actuel de Limoges, à la voyelle simple o. Mais ces réductions n'ont jamais lieu à Nontron*. Loin de là, la tendance est, chez nous, de diphthonguer en ou Vo et You. C'est surtout en initiale que cette modification se produit. Ex.: oblidar, ôublidâ; — obedir, ôubahî; — odor, ôudour ; — ovelha, ouvelho ; — o faut), ou. Citons encore nôusilho, diminutif de nou (= nucem) qui n'est pas usité à Nontron, et viôuloun, viùuleto '.

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