OI — OUEI, OUE, UEI, UE
L'o^ provençal * est représenté à Nontron par ouei et uei, réduits souvent à oue et ue. Mais oi ne se transforme pas indifféremment en ouei ou en uei. Il faut distinguer deux cas :
1° ISoi, dont Vo représentait soit un 0 tonique, soit un o antétonique, soit un u bref ou en position, et qui devait dès lors se prononcer om"**, est devenu ouei ou ue. 'Ex.: potionem, poizo, poueizou; — * fodire, foire, foueire ; - * bodina, boueino; — uter,
* Ce qui est parfaitement conforme à la loi des voyelles graves, loi que ou suit comme o, tandis que ei suit plutôt celle des grêles, comme nous avons vu que e le fait souvent. — Ce renforcement de ou en au est moins rare en haut limousin que dans les autres sous -dialectes.
^ Aurum cependant est devenu or, comme en français ; mais les dérivés gardent la diphthongue. — On peut citer encore môco (sorte de vase), qui paraît être le même mot que le pr. mauca {panse). — L'au de cauda, aujourd'hui couo, était déjà devenu o (==ow) dans la langue classique [coa], de même que la conjonction aut, chez nous 6u.
' On dit aussi et plus souvent vileto, par réduction de la diphthongue tou. (Voir ci-après, à l'article de cette diphthongue).
^ Dans les mots empruntés au français, l'ai pur tantôt devient ouei, tantôt reste oi (oua). Ex.: chanoueine, trouasiême. h'oi nasal de même origine, ayant déjà le son oué, ne subit pas de modification en passant en limousin.
5 En bas limousin , ïi de cette diphthongue n'a subi aucune modification. Ex.: bouissou, bouissâ, pedouiro, fouitâ; chez nous boueissou, boueissâ, pedoueiro, foueitâ.
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oira, (ped)oueiro * ; — ruina, roina, roneino ; — culcita, coueitio ; — pugnum, poing, pouen.
2° h'oi, dont Vo correspondait à un o tonique latin bref ou en position, est devenu uei ou ue, changement déjà accompli, du reste, dans l'ancienne langue, car tous ou presque tous les mots en oi de cette dernière catégorie j ont une autre forme, concurremment usitée, en uei ou ue. C'est celle-là seule que nous avons conservée. Ex.: hodie, hoi et huei, uei; — ocfujlus, oil et uelh, uei ; — coxa, coissa et cueissa, cueisso ; — noctem, noit et nuech, nue ; — coctum, coit et cuech, eue ; — octo, oit et ueit, ue.
Exceptions : — fària, foira, foueiro. Vo de ce mot avait été sans doute préalablement allongé. Du reste , il n'a dans la vieille langue que la forme en oi. — Cbquere, coire, coueire. On dit aussi cueire ; mais la forme provençale correspondante ne se rencontre pas. — Longe a pareillement donné deux formes, luen et louen, mais qui se retrouvent l'une et l'autre dans l'ancienne langue. La dernière est de beaucoup la plus commune, et l'on s'expliquera facilement qu'il en soit ainsi, si l'on se rappelle que Vo en position devant n est traité chez nous comme un o long, c'est-à-dire se change régulièrement en ou.
Dans le haut Limousin, on aime à réduire uei et ue à ei et e. Ex.: uei (oculus), ei; — einuei (in odio), einei; — duer (dormit), der ; ~ fuec (focum), fe^; — luec (locum), le^. — A Nontron, ces réductions ont lieu plus rarement. On peut citer Marei, pour Marueil (Marolium); ei-mati, pour uei-mati ; pei pour puei {podium), qui se dit également. On dit aussi indifîéremment ne et nue (noctem).
Dans quelques cas, beaucoup plus rares, et qui ne se rencontrent, je crois, qu'en haut limousin, la triphthongue ouei se réduit à son premier élément ou ou o. Ex.: boueirî (regain),
' On appelle ainsi une vessie gonflée de vent.
2 Formes inconnues à Nontron, où l'on dit seulement fio et Uo, qui représentent foc et loc.
vourî; — bigarouei fir. garouil), bigaro ; — limarouei (jargon), limaro.
UI
Ui provençal représente normalement un u long latin auquel s'est adjoint un ^ subséquent, originaire ou provenant d'une consonne vocalisée. Cette diphthongue s'est presque tou jours réduite à m*. Ex.: bûtyrum, bnire, bûre ; — nutricem, nuirissa, nûrisso ; — putrere (puirir), pûrî ; — nutrire (nuirir), nurir, nûrî*.
Remarque. Les mots tels que les deux derniers cités, dans lesquels Vu était douteux, avaient une seconde forme en 01, moins rare dans les textes que la forme en ui. C'est pourtant cette dernière seule que l'on a conservée à Nontron, même dans certains mots où elle était irrégulière et devait être exceptionnelle. Ainsi nous disons cûssi, qui suppose une forme cuissi, inconnue à Raynouard ' et parallèle à coissi, dérivation régulière de culcitinum. C est, SiU contraire, celle-ci qui, modifiée, selon la règle, en coueissi^, est restée à Limoges.
Ui est resté tel dans les verbes en uire. Dans les mots empruntés au français (et c'est peut-être le cas de plusieurs de ces verbes), il ne subit non plus aucune modification. Ex.: cuivre.
EU, lOU (lU)
Notre eu provient d'ordinaire ou de eu (dissyllabe), ou de la
1 Cf. le latin fructus == fructuis, etc.
2 Je considère comme ayant la même origine Vu de prûre, que je dérive de prurire par l'intermédiaire d'une forme praire, dans laquelle, grâce à la synérèse, Vu aurait absorba l'accent, et qui serait à pruzer, forme classique, comme coire est à cozer.
' On ne trouve pas non plus puirir dans Raynouard, qui n'a que poirir { = pouirir, forme restée en bas limousin); mais on y trouve puiridura et puirimen. La forme nuirir, qu'on n'y rencontre pas davantage, bien quil donne nurir, est prouvée de même par les dérivés nuirism, nuiridor, etc.
■* En bas limousin : couissi.
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vocalisation de v ou / après e. Cette diphthongue, qui dans le bas Limousin et dans la majeure partie du Périgord se prononce éou, comme dans tout le Midi, prend à Nontron un son spécial, déjà décrit, et que nous figurons eu feu-uj. A Limoges, elle s'est réduite à la voyelle simple eu.
Eu est sujet à perdre son second élément et à se réduire à e. Cette réduction n'a jamais lieu qu'en finale. Elle est facultative à Nontron, en sorte que tous les mots en eu j ont une autre forme* en ê. Ex.: meus, meû et mê ; — cœlum, cel, ceû et ce; — bellus, bel, beûet bê>,
Par exception, seû fsevumj et deû fdeusj s'abrègent en î et non en ê : sî, dî.
La diphthongue iou, figurée en provençal io ou iu, provient soit de la vocalisation de v (b, p) ou de / après i, soit du groupe io (par exemple dans les mots en ionem, iosum). Dans les mots de ce genre, o, en devenant ou et s'unissant en diphthongue à ^^ précédent, a cédé son accent à cette voyelle, qui, prenant ainsi la prépondérance, a fini par éliminer son associée. La même chose a eu lieu, à plus forte raison, de I'om atone représentant / ou V. Iou (iu) s'est donc réduit à î, comme eu à è. Mais, tandis que eu persiste à côté de ê, iou a aujourd'hui complètement disparu à Nontron, et aussi je crois dans le haut Limousin, sauf dans les mots originairement en iosum, qui y ont encore les deux formes iou et î. Je ne sais si d'autres variétés du limousin les oflrent simultanément dans tous les cas*. Quoi qu'il en soit, Yi auquel iou {iu) s'est réduit chez nous s'y change ad libitum en eu, et l'on a ainsi, pour tous les mots de cette désinence, au moins deux formes concurremment usitées. Ex.:
nvum,
riu,
ri
et
reû
vivum,
viu,
vî
et
veû
aprilem,
abriu,
abri
et
abreû
passionem,
passio,
passî
et
passeû
* A Périgueux et dans les cantons voisins, on dit seulement iou, Vou à peine sensible, surtout en finale.
graciosum, gracias, gracioû, gracî et graceû graciosa, gracîosa, gracioûso, gracîso et graceûso
Ajoutons à ces exemples Tancien composé contracte sius (=si vos), devenu sî ou seû.
Ainsi î (= il, iv, io) et ê (=e/, eu) se rencontrent en eu ; mais c'est sans s'y confondre. Sauf les deux exceptions déjà notées {dî, s«), jamais ew r=:e ne passe à Vî, pas plus que eu =î (iou) ne passe à Yê.
Dans le corps des mots, eu ne se réduit jamais à e. Ex.: levium, leûje et non lêje ; — bibere, beûre et non bêre. Il en est autrement de iou qui, s'abrège, au contraire, là comme en finale, en i. Ex.: sibilare, siular, ûlâ. Il peut aussi y devenir ew. Mais les échanges entre l et eu ne se font pas, à cette place, avec la même liberté qu'en finale. Il n'y a que les féminins des adjectifs en ios à qui il soit permis d'être indifféremment en îso ou en eûso. Ainsi viure [vivere) et liura [libra] ne font que veûre et /ewro (ou, par réduction, lûro); au contraire sm/ar, déjà cité, ne fait que s!/d.
Notre diphthongue eu (=e) a dans quelques cas' pour suppléante, en haut Limousin, la triphthongue iau, aujourd'hui généralement réduite à iô et qui est le renforcement normal de iôu, forme qu'a prise, en beaucoup de mots, Viou {iu) provençal, dans le bas Limousin et les cantons voisins du Périgord. Ex.: Diau-marcé -=■ Deû-marce ; viaure (viure) =-■ veûre; piauze fpiuzej=peûze; siau (sius) = seû. A Nontron, iau= iu ou eu ne se rencontre que dans un très-petit nombre de mots, et seulement, comme en haut Limousin, dans la syllabe tonique. Ex.: pipilat, piula, piaulo ; — mel (meuj, miau; — pilum, pet (peu), piau. — Iôu = iu ou eu y est également très-rare.
Remarque. — On voit par les textes provençaux que les mots en iu, outre une seconde forme en eu, en avaient encore une troisième, intermédiaire, en iéu. Cela est prouvé pour quelques-uns*, et l'on peut, sans témérité, l'admettre aussi
* Ex. : Estriub, estrieu, estreup, aujourd'hui, à Nontron, eitri et eitreii (étrier) . — Les formes en eu sont, je crois, plus rares dans les anciens textes que les formes en teu.
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pour les autres. D'un autre côté, eu et ou permutent quelquefois ensemble. Ainsi pleure f= pluerej du bas Limousin est pleure à Nontron. Cela étant, au lieu de dériver directement iôu et iau de iu, il serait peut-être plus juste de les considérer comme des modifications de iéu. Quoi qu'il en soit, iéu n'existe plus, ni en haut Limousin, ni à Nontron. Mais, dans les contrées plus méridionales du Périgord et dans le bas Limousin, on rencontre cette forme dans beaucoup de mots, tels que riéu, par exemple, qui est chez nous rî ou reû, et que Raynouard mentionne seulement sous la forme riu.
On vient de voir plusieurs diphthongues se réduire à l'un de leurs éléments. Il nous reste à signaler quelques simplifications analogues, mais plus rares et moins systématiques. C'est surtout dans les diphthongues où i figure que l'on constate ce phénomène.
/a. —Dissyllabe dans l'origine, ce groupe, devenu io en finale, forme chez nous une diphthongue très-compacte ; mais, sur la limite du dialecte limousin, du côté de la langue d'oil, il s'est réduit à î. Ainsi sentia, à Nontron sentio, est à la Valette senti.
le. — le s'est parfois réduit à ^. Ex.:pietatem, pietat, pita; — conscientia, conciencia, coucinço. — L7e français final, au lieu de devenir io, qui est, comme on l'a déjà expliqué, sa mutation normale, devient quelquefois simplement î, c'est-à-dire qu'en fait il ne change pas. Ex.: Julî, Ugénî, etc.
Ei. — ^i se réduit souvent àl, Ex.: vestire, veitî, vltî; — sueicau, seicau, sicau *; — chantei, chantî , et de même à la première personne singulière de tous les prétérits qui ont cette flexion.
Ue. — Nous avons vu ue = oi se réduire à e dans ne = nue
* Diminutif de suei, inusité à Nontron , dans la vieille langue sauc {=sambiicus). — Su£i suppose une forme soie, qui existe en effet dans le dialecte languedocien, mais qui ne se rencontre pas dans les anciens textes.
= noctem, et dans quelques autres mots. Cette diphthongue, provenant de l'union de m et de e primitivement séparés par une consonne, s'est au contraire réduite à u àaji^junjo = juenca =juvenca.
Uou se montre pareillement réduit à u dans sur, que Ton dit en haut limousin pour suour (=i sudorem), seul usité chez nous.