I. — V initial
A. — V initial reste ordinairement v. Ex.: vicem, vé; — vinum, vi; — venire, venî; — vacca, vdcho. Mais fréquemment aussi il se renforce en b. Ex.: vervecem, berbi ; — viduare, houeidâ (pr. voidar) et boujâ{^r. voiar) ; — veruculum, barouei,
B. — On sait que le v n'avait pas en latin le son net et franchement consonnant que nous lui donnons. C'était une semi -voyelle, qui devait différer fort peu du w anglais. Les Latins aimaient à associer cette semi-voyelle aux gutturales dures q et g. Q ne se présente jamais sans elle, et g en est très-fréquemment accompagné. Tout porte à croire que la langue populaire avait multiplié ces associations et que, par suite, de même que g attirait v, v k son tour attira g. Cela eut lieu surtout, paraît-il, dans les Gaules, et l'on a des raisons pour attribuer ce phénomène à une influence celtique. Quoi qu'il en soit, en langue d'oc comme en langue d'oïl, le V initial s'est très- souvent associé la gutturale sonore g, qui a toujours fini par l'éliminer, Le w initial germanique, à la suite du même renforcement, a subi le même sort. Ex.: vadum, ga (fr. gué)\ — vasconem, gascon; — Wilhelm, Guilhaume ; — werra, guêro .
n, — F intérieur
A. — Entre deux voyelles, il reste v. Ex.: viva, vivo; — captiva, cheitivo; — cavare, chavd. Il tombe dans quelques mots, tels que bougé = bovarium, viando = vivanda, pou ^pavorem; mais ce dernier phénomène est plus rare en limousin que dans la langue classique.
B. — Entre une consonne et une voyelle, il se durcit en /5» *. Ex.:eMryare, courba; — vervecem, berbi; — forviar (pr.),
* Le renforcement est allé, comme en français, jusqu'au p dans pepido
~ pi(t]tHta.
PHONETIQUE 87
fourbiâ. La même mutation a eu lieu exceptionnellement entre deux voyelles dans gdbio = cavea, où, pour compenser sans doute ce renforcement anomal de la consonne intérieure, la consonne initiale s'est affaiblie. Il s'est renforcé en f dans eipoufetâ, verbe identique pour le sens à espolverar et qui dérive comme ce dernier de pubis. Il est passé à Ym dans sôumd^, autre forme, à signification plus spéciale, de sôuvâ [= salva7'e) et dans saumo (:= salva] qui s'emploie, comme le fr. sauf, devant un subs. fém. Ex.: saumo ta fenno, parenthèse obligée dans nos campagnes lorsqu'on traite quelqu'un de sot.
C. — Le renforcement de v en gu n'a lieu en français qu'en initiale. En langue d'oc et aussi dans un dialecte limitrophe de la langue d'oïl, le poitevin, ce phénomène se produit parfois également à l'intérieur des mots, mais seulement devant i et e. C'est ainsi qu'un </ y a été attiré devant le v ou devant Vu, préalablement semi-consonnitié, des flexions en vi ou en ni du parfait latin, pour produire des formes telles que tengui, tengueren = tenui, tenuenmt. On verra, au chapitre de la Conjugaison, que cette flexion gui s'est substituée beaucoup plus généralement à Yui qu'au vi classique, et qu'on Fa propagée dans plusieurs dialectes, d'après quelque fausse analogie, à beaucoup de verbes qui n'avaient aucun droit à la recevoir.
D. — Après une voyelle, v se vocalise si une consonne vient à suivre ou s'il est devenu final. Ex.: *levjum {levium), leuje ;
— viv{e)re, viure, veûre ; — clavem, clhau ; — *uv[i)cellum, ôuzeû ; — levé, leû (dans beleû); —suave, souau ; — ovum, you;
— vivum, viu, veû ou vî.
L'aspiration existe virtuellement devant toute voyelle ini-
' Quelques-uns disent de même, en initiale : Mau m'en anâ, pour Vau m'en anâ (fr. Je vais m'en aller).
2 J'ai expliqué ci-dessus (page 61) pourquoi j'ai cru devoir ne traiter de \'h qu'après les labiales.
tiale, à peine appréciable devant a *, déjà plus perceptible devant e, i et 0, toujours très-sensible devant m et om*. Elle se fait aussi toujours plus ou moins sentir dans tous les hiatus, parce qu'on ne peut prononcer deux voyelles consécutives qui ne font pas diphthongue sans reprendre haleine. L'aspiration peut rester indépendante, et c'est ce qui arrive le plus souvent, surtout en initiale ; mais souvent aussi elle s'associe avec l'articulation produite par les lèvres au moment où elles lui livrent passage, je veux dire avec b, et un v en résulte. Ce v représentant h, et qui est identique au digamma éolique, est très-fréquemment émis, sans qu'on y prenne garde, même en français, par exemple dans oui, prononcé souvent voni par bien du monde. Chez nous il est très-commun, mais, en initiale, plus rare à Nontron même que dans les campagnes voisines. Au reste, comme on doit s'y attendre, c'est à peu près exclusivement k ou eiku (surtout, dans ce dernier cas, à u engagé dans la triphthongue ueî) qu'il s'associe. Quand il est attiré devant d'autres voyelles, il ne l'est, sauf devant Yo dans un ou deux cas (ex. : l'ei vôro =illa est horrida)^ que grâce à l'influence d'un ou précédent. Ex. : n'ai vounze (j'en ai onze), n'ai vounto (j'en ai honte), . ou vei (il est), louvidor (louis d'orj, lùuveto, lôuvâ, àuvî, (alouette, louer, ouïr ^), km vô (les os), moû vuei (mes yeux), vuei (hodie) .
L'aspiration qui existe virtuellement aussi en association avec r et que les Grecs, si exacts observateurs de ces délicats phénomènes, n'avaient pas manqué de noter, a pris dans deux mots de notre langue, dont le second seul vit encore en limousin, une forme plus concrète. Mais le v en lequel elle a dû se changer a passé immédiatement à l'explosive correspondante (é), le, groupe vr en initiale n'étant pas souffert. Ces deux mots
^ C'est pour cela que l'a initial tombe presque toujours (V. cbap. 4°, iir, A..), tandis que les autres voyelles, mieux défendues par l'aspiration, échappent à l'aphérèse.
■^ On sait qu'en grec l'u reçoit toujours l'esprit rude.
' Sur ces mots, voir ci-dessus, section u, Dentales, D intérieur.
PHONETIQUE 89
sont brugir=irugire, brude == rudem. Cf., en grec, /3po(?ov =
p(3(?ov, P^i^a. = ptÇa, etc.*
H, au lieu de se changer en v ou en sa suppléante b, a, dans deux ou trois mots, permuté avec g : haguî = fr. haïr; — prigoun = prehon =-profundum; — granoulho ■=■ * ranucula.
On sait que le s latin correspond, en grec, dans beaucoup de mots, à un esprit rude, c'est dire à A. Or A = v ou le digamma. Il y a donc affinité entre v et s, et ces consonnes peuvent permuter ensemble, comme nous avons vu que le font accidentellement les explosives correspondantes b et d. C'est ainsi que Wenceslav est devenu Venceslas, que Law se prononce Las. C'est peut-être ainsi également que plusieurs parfaits latins en vi ou ui ont dû prendre dans le latin vulgaire la forme en si que suppose celle qu'ils ont eue ou qu'ils ont encore dans plusieurs langues romanes*. Cette forme en 5 était fort rare dans la vieille langue d'oc; je ne sais si l'on en trouve actuellement des traces dans quelque dialecte, mais il n' j en a pas en limousin -
La mutation inverse, c'est-à-dire, celle de s, non point précisément en V, mais en f, qui n'est qu'un v renforcé, a eu lieu peut-être dans boueifâ, du haut-lim. = houeissâ de Nontron, bouissa ' du bas-lim. {balayer). C'est ainsi que le prov. mod. nous offre à côté de melso (anc. melsa) une autre forme melfo. Il serait possible encore que le /"de notre eippufetâ, au lieu de représenter, comme je l'ai dit ci-dessus, p. 87, le v radical de pulvis, fût une transformation pareille du s d'une forme semblable au fr. épousseter.
* Par exception, w -= /i s'est durci encore en h devant une voyelle dans oloubeto, du bas-limousin ~ lotweto de Nontron, et dans boueivê, comme on prononce à Limoges notre interjection voueivé ( = pr. oi veez,ir. oh ! voyez I). Dans le prov. mod. mounte, c'est en m que s'est changé le v virtuel de ounte {^:=unde).
* Ex. : V. fr. sols, vols-=^ solvi, volui; ital. valsi =:. valut.
' Bouissa, même racine que bouissou qui, en bas-lim., signifie particulièrement genôt, arbuste dont on fait les balais.— Il sepo«rrait pourtant que boueissâ et boueifâ eussent une autre origine, savoir pulvis, par l'in-
Remarque, — ISh joue un grand rôle dans l'ancienne orthographe de la langue d'oc. Cette lettre ayant été adoptée pour figurer le son de Vi consonne associé à / et à n {Ih, nh = II/, n'y), elle a été par suite assez fréquemment employée pour représenter Yi consonne et même Yi voyelle dans leur association avec d'autres lettres, consonnes ou voyelles*. De là des orthographes telles que les suivantes, que j'extrais du dictionnaire de rimes du Donat provençal, où 1'^ = i est même souvent séparée par une consonne de la voyelle avec laquelle elle doit s'unir en diphthongue 2; esglahz=esglaîs, rathz = rais [radius), lethz = leis [lex), lethz = leitz {lectus), pethz = peitz [pectus et pejus), vohtz =voitz {viduus), pohtz =pois, puetz {podium).
termr^diaire, boueifd d'\ia verhe * polvar, boueissâ d'un verbe* polsar. le premier formé du radical amorphe polv, le second du substantif pois On a repoussé une élymologie pareille à celte dernière (voir Litln'', au mot pousse 2 ), par la raison que les déiivés ne se forment pas du nominatif. Cela est vrai. Mais les dans pois est-il la flexion du cas-sujet? Je ne le crois pas. Ce mot me paraît être un de ceux que les Leis d'amors qualifient d'intégrants, c'est-à-dire qui sont terminés par un s (ou z) appartenant au radical et qui sont par suite indéclinables. On aurait donc là uu autre exemple de s= t;. Quoi qu'il en soit, Raynouard ne mentionne pois que sous cette forme et jamais que comme régime. L'existence incontestable de l'adjectif po/sos fournit un autre argument en faveur de mon opinion et ne permet pas, dans tous les cas, de nier la possibilité d'un verbe polsar. Pour { devenu i, voir ci-après, 4°" section, L. Pour p initial affaibli en b, voir ci-dessus, p. 82, P.
* Cf. ancien portugais mha -= mia .
^ Il pourrait se faire pourtant que Vh, dans les formes telles que rathz, pethz, dithz, affectât en effet le t et non la voyelle antécédente. Ces orthographes représenteraient alors une prononciation où, la voyelle restant pure et sèche, c'était lo t qui était mouillé. Dithz, par exemple, dans celte hypothèse, figurerait une forme intermédiaire, que nous devons d'ailleurs logiquement supposer, entre dictus et dich. { Voir ci-drssus, Gutturales, C.)
PHONETIQUE 91
QUATRIÈME SECTION. — liquides et nasales
L — H initial
R initial reste r. Il s'est, comme en français, renforcé d'un g dans granoullio = *ranucula.Ce g n'est qu'un durcissement de l'aspiration qui existe virtuellement, comme nous l'avons déjà rappelé, en association avec r.