‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 4 sur 119 · DES VOYELLES EN GÉNÉRAL. -— ACCENT TONIQUE ET QUANTITÉ · texte numérisé non relu

DES VOYELLES EN GÉNÉRAL. -— ACCENT TONIQUE ET QUANTITÉ

Accent tonique

La loi générale qui domine l'histoire des langues romanes, je veux dire la fixité de l'accent latin, se vérifie dans le limousin comme dans les autres idiomes de la famille ; mais elle y est sujette à beaucoup plus d'exceptions que dans les langues cultivées, parce que la tradition y a naturellement moins de puissance que dans celles-ci. Les principales de ces exceptions paraissent dues à l'influence de la quantité. Nous les signalerons tout à l'heure, en traitant de cette partie importante de la phonétique.

La langue d'oc, on le sait, avait, comme la langue d'oïl, mais avec plus de rigueur encore, réduit à l'état d'oxytons les paroxytons latins dont la dernière voyelle n'était pas un a. Le limousin moderne a ramené à leur premier état plusieurs de ces mots, principalement des adjectifs, en leur restituant une flexion. Quant aux proparoxytons latins, devenus, comme en français, paroxytons dans l'ancienne langue, ils sont restés tel$ en limousin. Ex. : * .

Plângere, — planlier, — plânhei.

Contrârium, — conti'ari, — countrâri.

Féria, — feira, — feiro.

Quantité

Dans toutes les langues romanes, les longues par position

' Voir Haudry. Qram, coinp. de.s longues classiques. — Phonétiqtjb, pag. 195.

PHONETIQUE »

sont devenues brèves, même sous l'accent, qu'elles fussent ou non longues par nature. Cette règle s'applique naturellement au limousin comme à ses congénères. Ainsi femina, prov. femna, j est fëimo. Lea voyelles en position joignent à la brièveté ainsi acquise ou conservée une forte tonalité, ce qui est une conséquence nécessaire de la position, parce que les deux consonnes placées devant elles, en s'opposant à leur expansion, les obligent à se redresser, et leur étendue ne diminue ainsi qu'au profit de leur hauteur . Aussi sont-ce celles de toutes qui retiennent l'accent tonique avec le plus de fermeté. Mais, lorsque la position a été détruite, accident fréquent et qui, en limousin, est arrivé constamment, par la chute ou la vocalisation d'une dès consonnes accouplées, devant tout autre groupe que c€ux qui commencent par une nasale, une liquide ou la sifflante s*, les effets de la position sur la quantité et la tonalité ne subsistent plus. Les vx)yelles se comportent alors, selon leur espèce et les inclinations qui en découlent, comme les longues et les brèves telles par nature, dont nous allons maintenant nous occuper, en les considérant principalement dans leurs rapports avec l'accent.

La quantité, qui, dans les langues - cultivées de la famille romane, l'italien par exemple et le français, est sacrifiée à l'accent et doit se plier à ses lois, a gardé ou, plutôt peutêtre, a repris en limousin une grande indépendance. Nonseulement elle n'est pas toujours dominée par lui, mais c'est souvent elle, au contraire, qui prend la prépondérance et oblige l'accent à se déplacer. Ce déplacement peut avoir lieu en avant ou en arrière ; nous aurons donc à l'étudier successivement dans les mots paroxytons et dans les mots oxytons.

1° Mots paroxytons. — C'est une règle générale en roman,

' Les groupes commençant par l ne se trouvent quejdans les mots empruntée au français, / provençal s'étant'toujours vocalisé devant une autre consonne.— S est presque toujours tombé, et sa chute, dans les couples qui ne, résultent pas de sa gémination, a toujours entraîné l'allongement de la voyelle, Ex. : Moûclio de musca, maifé rousso de russa^

règle sans exception en fr^inçais, qu'une voyelle brève devient longue sous l'accent, en dehors de la position, dans les mots paroxytons. Or cette règle ne s'applique qu'à moitié dans le parler de Nontron. Les voyelles graves a et o seules s'y soumettent constamment. Ex.:

càvat châvo

* demôrat demôro

Les voyelles grêles i, u, ou, y échappent toujours ; bien plus, ces voyelles, quelle qu'en soit d'ailleurs la provenance, si elles étaient longues en latin, sont devenues brèves, même à cette place. Ex.:

i : — mta, vîto ;

fllia, fïlho ; crimen, crime ;

captiva, cheitïvo ;

u : — mûla, mûlo ;

natûra, natûro ;

salutat, saludo ;

cûpa, cûbo ;

ou : — laborat, laboûro;

tota, toûto ; sola, soûla ;

corOna, couroûno.

Les exceptions sont très-peu nombreuses; elles portent principalement sur l'^ En voici quelques-unes : vîmen = vime, f\ca ■=.fijo, *refûtiat = refûso;^e citerai encore groûlo, dont j'ignore l'étymologie, mais que le Donat provençal mentionne, sous la îorme grola^ , parmi les rimes eno^a estreit, c'est-à-dire en oula, comme M. Paul Meyerl'a parfaitement démontré *.

Quant à Vë, que nous avons à dessein omis à son rang, il se comporte, en vertu de sa double manière d'être, c'est-à-dire

* Ce mot n'est pas dans Raynouard. Le Donat provençal le traduit par solea vêtus. C'est, en effet, àcc savate i qu'il correspond en français.

2 Voy. Phonétique provençale, 0, dans les Mémoires de la Société de linguistique, 2" fascicule, p. 145-161.

selon qu'il est plus ou moins ouvert, tantôt comme les voyelles graves, tantôt comme les grêles, mais plus souvent comme les premières*. Il ne s'abrège, en effet, systématiquement que devant n. Devant les autres consonnes, ce phénomène est exceptionnel. Ex.:

catëna, chadëno;

plëna,

plëno;

pœna,

pëno;

cêra,

cëro.

E tonique, provenant de ë latin, tantôt s'allonge, suivant la règle générale,

Ex. : sëco, sêje;

*sêquo, sêgue;

prëtio, prêse;

tantôt reste bref,

Ex.: * credo, crëse;

tëneo, tëne.

Mais é provenant de î reste toujours bref, sauf de très-rares exceptions '. Ex. :

pïra, përo;

rïga, rëjo;

* fïmat, fëmo;

aurïcula, ôurëlho.

En français, les voyelles finales atones, longues ou brèves, sont tombées ou se sont réduites à l'e muet, c'est-à-dire que la voyelle tonique les a complètement annihilées. En provençal, celle-ci, moins ombrageuse ou moins puissante, avait

' Parce que \'e, par nature, est plutôt grave que grêle; mais il est sur la limite des deux domaines, comme Vi l'est lui-même. Voilà pourquoi ces deux voyelles présentent toutes deux plus d'exceptions que les autres aux règles qui régissent leurs groupes respectifs. . ' Par exemple : iplicat, plêjo

* consiliat, cousélho

laissé leur pleine existence à Va et à Vë des flexions latitiés éri as et en- es. Il y a du moins lieu de supposer que ces voyelles avaient conservé leur quantité. Quoi qu'il en soit, elles sont longues en limousin, bien que Vs s'en soit complètement séparé; é y est même devenu ei. Ex.:

Feminas, — femnas, — fénnà; Homines, — homes, — hômei;

I long s'y rencontre également en finale atone. Ex. : Cementêrî. Il provient toujours d'un ï latin allongé par l'influence de Y s de la flexion provençale du pluriel.

Revenant maintenant à l'accent, nous remarquerons que, dans tous les mots où la voyelle tonique est restée ou devenue brève, il tend a (Quitter cette voyelle' et à' se porter sur la finale. Je dis tend, car le transfert ne s'est point accompli partout avec certitude*. Si la finale est brève, l'accent reste comme indécis et partagé entre les deux voyelles*. Mais cette hésitation cesse tout à fait dans la plupart des mots dont la finale est longue, parce que celle-ci, plus lourde, fait aussitôt pencher la balance de son côté. C'est ce que l'on constate fréqtiemmént dans la conjugaison, surtout quand la fl^exion est en à et même, en certains cas, quoique la tonique légitime soit une voyelle en position. Ex. : Tupourtâ, et non tu porta.

Ainsi, pour nous résumer, les voyelles graves restent longues ou s'allongent sous l'accent; les voyelles grêles s'abrègent ou restent brèves, et l'accent s'en détache. Celles-ci ont même une telle répugnance à devenir longues, que les deux dernières de la série, u et ou, si l'accent réussit à se maintenir fermement en place, aiment mieux permuter avec les voyelles graves qui leur correspondent, que de s'allonger elles-mêmes pour lui donner l'assiette qu'il exige. Ex. * :

' Par exemple, dans les mots précédemment cités, vito, mulo, etc.

^ Je ne donne ici aucun exemple pris parmi Je? mots tels que demôro, de demourâ ; jeûgue, dejugâ, parce que, dans de pareils mots, ce n'est pas proprement ou qui devient a, u qui devient eu : c'est Va latin qui, différemment modifié, donne Ô ou eu sous l'accent, ou ou u avant l'accent ( Voir ci-après, chap. ai, à l'article de l'o).

PHONETIQUE 18

Ructare, — roûtâ, — rôte;

Dubitare, — douta, — dote;

Exsuccare, — eissûjâ, — eisseûje;

? — amûsâ, — ameûse;

* Sufferrire, — sùfrî, — seûfre.

Il arrive aussi à Yi d'en faire autant, mais tout à fait exceptionnellement, et je ne sais si l'exemple suivant n'est pas le seul qu'on puisse citer :

* Oblitare, — àublidâ, — ôublêde.

2° Mots oxytons. — Le recul de l'accent de la finale sur la pénultième est un phénomène assez fréquent, quoique plus rare que le déplacement contraire. Il est dû, comme ce dernier, à l'influence prépondérante de la quantité et se produit surtout, par conséquent, lorsque, la pénultième étant une voyelle en position, une longue ou une diphthongue, la finale tonique est brève et grêle. Ex. : éndre pour endné^, eître pour eitré^, vâle pour vâlé. Mais ce déplacement peut avoir lieu encore si la tonique est elle-même une longue, une diphthongue, ou une nasale. On en verra dans la conjugaison de nombreux exemples ; nous nous dispenserons donc d'en citer ici, et nous terminerons ce paragraphe en observant que, dans les cas où l'accenfc refiue ainsi sur la pénultième, la prononciation paraît en général plus assurée, la nouvelle assise de l'accent plus certaine et plus fixe que lorsqu'il se déplace en sens inverse.

Outre les reculs de l'accent, que nous venons de constater, nous avons encore à signaler dans les mots oxytons un autre phénomène. Il n'a rapport qu'à la quantité et n'est point, du reste, particulier au limousin. Je suis porté à croire que tous les idiomes romans doivent, plus ou moins, le présenter.

Les toniques latines, longues par nature, qui, grâce à la

' Endroit.

* Etroit.

chute des finales, n'étaient plus suivies en provençal * que d'une explosive terminant le mot, sont, sans exception, brèves en limousin, quoique cette consonne y soit tombée. Ex. :

Cantàtum, pr. chantât, — chanta;

Cantâvit, — chantet, — chanté;

Aud^tum, — auzit, — ôuvî;

Salûtem, — salut, — salû ;

Totum, ■— tôt, — toû;

Pîcus, — pic, — pï.

La même chose a lieu dans les mots terminés en provençal par n, lorsque cette consonne est tombée. Ex. :

Pânis, pr. pan, pa, — p6 ;

Plane, — plan, pla, — plô;

Plénum, — plen, pie, — plê;

Flnem, — fin, fi, — fî;

Rationem, — razon, razo, — razoû;

Nec ûnum, — degun, degu, — degû.

Mais cet abrègement ne se produit jamais devant les autres consonnes continues. Ou ces consonnes se vocalisent, et une diphthongue en résulte, ou, tombant simplement, elles laissent la voyelle longue. Si cette voyelle est un e, elle devient d par compensation. Ex. :

s : — Nâsus, — nos, — nâ;

Mensis, — mes, — mei;

Fines, — fis, — fî;

SpinOsus, — espinos, — eipinoû ;

Unos, — us, — û ;

r : — Cantàre, — chantar^ — chanta ;

Finir e, — finir, — fini;

Habère, — aver, — avei;

l : -— Solum, — sol, — soû.

' Ici, comme en maint autre endroit de cette grammaire, nous désignons parle vao\. provençal, selon l'usage ordinaire, l'ancienne langue d'oc, la langue classique des troubadours. Quand nous voudrons parler de l'idiome actuel de la Provence, nous dirons le provençal moderne.

PHONETIQUE 15

Plus ordinairement, / se vocalise : Màlum — mau. C'est ce que font toujours Ih et y :

Ih: — Allium, — alh, — ai;

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