‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 5 sur 119 · V : — C lavis, — clau, — cliau · texte numérisé non relu

V : — C lavis, — clau, — cliau

Ovum, — ou, — y ou.

Les voyelles longues, abrégées, comme nous l'avons montré, devant une explosive terminale, gardent au contraire leur quantité, si cette consonne reste suivie d'une autre vojelle. Ainsi, tandis que cantâtum donne chanta, cantâta donne chantâdo. J'ai déjà noté qu'en limousin, du moins à Nontron, car je n'ose aflSrmer le fait pour toutes les localités, les voyelles grêles font exception à cette règle. Mais, dans d'autres dialectes, la loi s'applique dans sa généralité, de même qu'en italien, en espagnol, et aussi en français, où, malgré la chute presque constante de la consonne, tant médiale que terminale, la quantité est restée modifiée ou maintenue conformément aux règles qui viennent d'être énoncées. Ex.: Chante -chantée (V. fr. Chantet-chantede); Finï-fime (V. fr. Finit-finite) ; Perdû-perdûe (V. fr. Perdut-perdute^); Chanter; Finir.

Cette différence de traitement de la voyelle longue, ce double procédé qui semble impliquer contradiction et qui n'a pas encore, à ma connaissance, fixé l'attention des philologues, vaut qu'on y insiste et qu'on l'explique.

Dans amat, de amâtum, la voyelle est retenue parle t, qui, perdant en avant son ancien appui et forcé de se rejeter en arrière, la repousse, la comprime et l'abrège ainsi en la relevant '.

* La dentale persiste, on le sait, dans les plus vieux monuments de notre langue, par exemple la Fie de saint Alexis. Cf. l'espagnol : Pared, merced, ciudad, etc.

^ Ceci, remarquons-le, est parfaitement conforme à cette loi de la prosodie latine, — qui a conservé sa force en roman, parce qu'elle est fondée sur une nécessité naturelle, — d'après laquelle une dentale terminale abrège la voyelle précédente. — La dentale de cantat et des mots analogues du provençal a persisté dans quelques dialectes modernes; elle est toujours tombée en limousin comme, en français, celle de la vieille langue d'oïl.

Dans amada, de amôtam, a n'est pas arrêté, limité par la consonne, parce que celle-ci, n'ayant pas perdu comme tout à l'heure son appui naturel, c'est-à-dire la voyelle finale à laquelle l'unit la syllabation, n'a pas besoin de se rattacher à la précédente, qui conserve ainsi toute son aisance.

Dans amar, de amâre, il en est de même, quoique la consonne n'ait plus d'appui en avant, parce" que cette consonne, au lieu d'être comme le t une explosive, c'est-à-dire une consonne limitative, de celles qui arrêtent et tranchent brusquement le son de la voyelle, est au contraire de celles qu'on a justement appelées continues, et qui, loin d'y faire obstacle, favorisent la tendance que peut avoir la voyelle à s'affaisser et à s'étendre .

Nous n'avons jusqu'ici considéré la quantité qu'en elle-même ou dans ses rapports avec l'accent tonique, sans nous préoccuper de l'influence qu'elle a pu avoir sur la persistance ou la transformation des voyelles. Cette influence sera étudiée plus loin pour chaque voyelle en particulier; mais il nous faut auparavant présenter sur ce sujet quelques considérations générales.

La plupart des mutations de voyelles qui se remarquent dans le limousin comparé au latin étaient déjà opérées dans l'ancienne langue d'oc. D'autres étaient en train d£ se faire ou se préparaient, qui sont maintenant accomplies. Ce dernier point est mis en évidence par le petit dictionnaire dé rimes qui termine le Donat provençal, et dans lequel sont distingués, sous les rubriques de larg ou dCestreit, des mots dont la terminaison, semblable en apparence, devait certainement différer dès lors. En quoi consistait cette différence ? Il est probable que, généralement, c'était la quantité ou la tonalité seules qui devaient varier. Mais il n'est pas douteux que souvent aussi les sons étroits différaient même par l'es-

et la voyelle est restée à nu, mais droite et ferme, et conservant toujours la quantité nouvelle due à la pression, sans doute longtemps subie, de son ancienne associée.

sence dès sons larges correspondants. C'est ce que M. Paul Mejer nous semble avoir démontré pour Yo étroit, dans l'excellent mémoire, déjà cité, qu'il a consacré à l'histoire de l'o provençal. Dans tous les cas, les sons étroits, s'ils n'étaient pas tous déjà foncièrement altérés, avaient une prédisposition naturelle à se corrompre, puisque la plupart, en s' affaiblissant, se sont transformés .

Maintenant, qu'entendait précisément désigner par ces expressions de larg et dCestreit l'auteur du Donat provençal ? Les Leys d'amors, où ces mots ont pour correspondants ceux de plenissonnan et de semissonnan, montrent que c'est parles termes d'ouvert et de fermé et non, comme on aurait pu croire déprime abord, par ceux de long et de bref, qu'il faut les traduire. Et, en effet, ces qualifications sont si peu en rapport avec la quantité, que les rimes étroites citées par Hugues Faidit proviennent aussi souvent de longues que de brèves latines, tandis que les rimes larges correspondent, pour la plupart, à des brèves ou, ce qui revient au même, à des voyelles en position, soit latine, soit romane.

Par ces expressions, on a donc voulu distinguer, non la durée du son, mais son intensité et son degré de pureté. Les sons larges étaient les sons ouverts, pleins, sans indécision; les sons étroits étaient les sons fermés, sourds, sans netteté, sujets à s'altérer au moindre accident*. Aussi, tandis que les voyelles larges du Donat ont persisté jusqu'à nos jours sans altération, les voyelles étroites se sont en général transformées. Et cela devait être, parce que, si une voyelle ouverte peut s'affaiblir en intensité dans le cours des âges, sans que sa personnalité même, pour ainsi dire, en soit atteinte, une voyelle fermée ne peut guère subir d'affaiblissement qui ne soit une transformation, puisque un degré de fermeture de

< Telles étaienl en général les voyelles atones aiïaibhes et assourdies par la prépondérance de la tonique. Mais le Donat provençal ne s'occupe pas de ces voyelles; nous les négligeons pareillement ici, et il est bon d'en avertir le lecteur, parce que les voyelles étroites no se sont pas toujours transformées de la mémo manière sous l'accent qu'avant ou après.

plus risque de la faire passer à une autre voyelle*. Or les longues ont plus de danger à courir de ce côté-là que les brèves, parce qu'elles sont naturellement moins ouvertes, outre que cette plus grande étendue de leur surface et, pour ainsi dire, cette dilatation de leur substance, augmentent aussi pour elles les chances d'affaiblissement*.

Les voyelles brèves, au contraire, trouvent dans leur qualité même, c'est-à-dire dans le temps plus court de leur émission, une garantie contre les altérations, parce qu'elles y offrent, en quelque sorte, une moindre prise. Les exemples nombreux de diphthongaison de voyelles brèves ne prouvent rien là contre, puisque ce phénomène n'a lieu que sous l'accent (sauf les cas d'influence), et nous avons déjà vu que les voyelles brèves accentuées deviennent longues en roman'. Ainsi, là comme ailleurs, l'exception confirme la règle, car la série des faits, série logique, sinon toujours historiquement prouvée, a dû être celle-ci : 1° allongement de la brève tonique, 2° modification de cette voyelle ainsi allongée.

C'est donc, en définitive, la longueur, originelle ou acquise, de la voyelle tonique, qui est la cause principale des altérations qu'elle subit. Il en résulte que cette voyelle aura dû rester d'autant plus fixe et plus pure, qu'elle était à l'origine ou qu'elle était devenue plus brève et plus sèche. Tel a été, par exemple, le cas de l'a de cantâtum, abrégé dans cantat, et qui est resté, grâce à cette circonstance, parfaitement pur dans toutes les variétés du limousin, tandis que l'a de cantare,

* Ce qui suit, jusqu'à la fin du chapitre, s'applique plus particulièrement aux voyelles graves, a, e, o.

* C'est ainsi que, dans le dialecte ionien, l'a en s'allongeant devient vj : aofia. — aoftYi.

^ En limousin, — nous avons déjà noté cette dérogation à la règle, — les voyelles grêles restent brèves ou s'abrègent même sous l'accent. Aussi n'y ont-elles pas subi d'affaiblissement, et, si elles se sont transformées, c'a toujours été ponr se renforcer. Ainsi û latin {ou) est devenu w (français), t est devenu é, tandis que o devenait ou, que e" devenait et et que o tendait, comme en français, à passer à l'ê.

demeuré long, s'est affaibli dans beaucoup d'endroits en un son voisin de Yè.

Page 1