‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 43 sur 119 · II. — Compensation · texte numérisé non relu

II. — Compensation

a Ce phénomène constitue une sorte de balancement organique. Les voyelles radicales sont sujettes à s'aff"aiblir par compensation devant des sutfixes chargés et pesants*. Réciproquement, les voyelles sont sujettes à se renforcer par compensation, quand une consonne qui les suit vient à tomber.

• C'est ce que nous avons déjà montré au chapitre II. Nous y reviendrons en traitant des noms et des verbes.

Il arrive souvent alors qu'à la place de la consonne tombée, il y a un renforcement de la voyelle précédente, par voie d'allongement ou de diphthongue*. »

Les consonnes dont la chute est ainsi compensée sont, en limousin, s, r, L ui, n, et dans quelques cas rares, d, c ei g.

S, en tombant, soit en finale, soit devant une consonne intérieure, allonge par compensation la voyelle précédente. Ex.: pasta, pâfo ; — fust, fû; —pas, pâ. Si cette voyelle est un e, elle devient le plus souvent ei. Voir ci-dessus, aux chapitres III et V, les articles de Ye et de Vs, pour les développements et les exceptions.

J'ai expliqué, au chapitre II, l'influence des consonnes explosives finales sur la voyelle qui les précède immédiatement et qui, grâce à elles, s'abrège si elle est longue, et si elle est brève reste telle sous l'accent. Le même phénomène doit à plus forte raison se produire, en vertu de la loi qui régit les voyelles en position, lorsque ces consonnes sont suivies d'une s. Ainsi, Vi d'ami est bref au pluriel où il représente tes, comme au singulier où il représente ic. Il en est ainsi au pluriel d'à peu près tous les noms terminés au singulier par une explosive. Mais dans beaucoup de cas, l's finale a exercé, par dessus l'explosive tombée avec elle, son action ordinaire sur la voyelle antécédente, en l'allongeant ou l'empêchant de s'abréger. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, dans toutes les flexior<? verbales de la deuxième personne du pluriel, dont l'a et l'e, certainement brefs dans l'ancienne langue fatz, etz = afis, etisj, et restés tels dans les dialectes qui ont conservé les consonnes finales, sont longs en limousin. Même, à certains temps, Ve de etz est devenue ei, comme celui de es; mais c'est là une véritable corruption qui n'est pas universelle. Ordinairement, si le t n'a pu empêcher Vs d'allonger Ye dont il le séparait, il a, du moins, défendu celui-ci de la diphthongaison.

La chute de r final après e est compensée par la diphthon-

* Baudiy, Gram. comp., p. 58-59.

gaison de cette voyelle en ei. J'ai déjà dit qu'en bas limousin ce phénomène ne se produit pas. Après la chute de IV, Ye reste e et même il s'abrège. Il en est ainsi dans la même contrée de l'a et de Yi des infinitifs en ar et en î'r, au contraire de ce qui a lieu chez nous et dans le haut Limousin, où ces voyelles, en devenant finales, conservent leur quantité originelle.

La chute de / après une voyelle est compensée par la diphthongaison de cette voyelle avec u ou avec i, ou par son allongement. Voir ci-dessus, chapitre V, à l'article de 1'/.

La chute de m (comme son distinct) est compensée par la nasalisation de la voyelle antécédente. Il en est de même de celle de Vn, mais non pas dans tous les cas. Voir ci-dessus, chapitre V, aux articles de ces consonnes.

C'est probablement en raison de l'affinité des deux consonnes û? et /*, toutes les deux dentales, qu'on voit la chute du d compensée dans quelques mots, comme celle de 1'/, par la diphthongaison de la voyelle antécédente en m. Ex.: crerfiV, creû ; — videt, veû ; — vado, vau .

C'est aussi, sans doute, par suite d'une affinité, si anomale qu'elle paraisse, entre l'/et les gutturales dures g et c"^, que l'on voit la chute de ces consonnes compensée dans quelques mots par l'insertion d'un u^. Le fait est certain pour saumo et esmerauda (pr.), comme le prouvent les formes intermédiaires b. lat. salma, esp. esmeralda et it. smeraldo, de sagma etsmaragdus .

Remarque. — On pourrait, à la rigueur, considérer comme des compensations tous les phénomènes mentionnés dans les précédents chapitres sous le nom de vocalisation de consonnes.

' Aux exemples déjà allégués, à la page 77, de l — d, ajoutez pr. folrar, d'un radical germanique fodr, qui se retrouve intact dans l'italien fodero, foderare.

» Cf. cacau et calau, qui sont deux formes du même mot (fr. noix).

3 Aux exemples déjà cités (p. 67 et70J ajoutez ause, forme limousine du pr. classique ais, esp. port. cat. asco ( — acso) =. anvius. Voir Raynouard au mot ais et Diez au mot ansia.

PHONETIQUE 117

Mais je crois devoir réserver cette dénomination pour les cas où unevojelle prend laplace d'une consonne sans qu'on puisse expliquer le fait par une permutation. Voilà pourquoi la substitution d'un i k c, à g, même kt, k d OMk p, ne constitue point pour moi une compensation proprement dite. Il n'y a là qu'une mutation normale à deux ou trois degrés, par exemple, pour creire=^ credere, de d en ^* (dentale en gutturale), de g en y (gutturale en gutturale), de y en i (semi-voyelle en voyelle); pour chai (pr. cais) == capsus, de p en c' (labiale en gutturale), de c en y (gutturale en gutturale), dey en ^ (semivoyelle en voyelle).

La substitution d'un i k r et k l pourrait s'expliquer de même par la mutation préalable de ces liquides en y, semivoyelle en laquelle j'ai montré ci-dessus qu'elles aiment à se fondre. Mais je ne découvre aucun intermédiaire du même genre entre /et u, non plus qu'entre s et i, Vu et Yi consonnes n'étant pas en rapports immédiats d'échange, le premier avec /, le second avec s. Aussi la compensation paraît-elle ici la seule explication possible du phénomène.

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