Addition de consonnes
A. — Prosthèse. — Phénomène assez rare. J'ai déjà mentionné (chap. IV), la prosthèse de y. Le mot jabre(:= asperj nous offre un exemple unique, je crois, de celle de/. A Yy ou i consonne ajouté on prépose quelquefois z (Ex.: ziôu = ovum) ou n (Voir ci-après niauré).
Sur la prosthèse de v, b, on g, voir ci-dessus, aux articles de Yh et de Yr.
L'ancienne langue avait préposé n k altus dans naut, forme
* La mutation préalable en gr du d de credere, videre, est prouvée, d'ailleurs, par les formes du participe passé cregu, vegu.
2 La mutation préalable en c du p de capsiis est prouvée par les formes catalanes qnex, portugaise queixo, caitillane quixada. Voir Diez au mot casso.
usitée concurremment avec aut. Nous avons conservé Tune et l'autre. La prosthèse de n se remarque dans quelques autres mots, mais plus rarement à Nontron que dans le Limousin proprement dit. Ex. : nen = en (inde); — ni = i {ibi); — nirat = irai (ire habeoj; — niaure (à Limoges) = yeûre febriusj.
D'autres exemples de prosthèse sont celle de d dans denguêro, qui se dit plus fréquemment en haut limousin que chez nous, pour enquêro ;= pr. anquera, et celle de / dans li(= i = ibij, inusité à Nontron, mais très-commun en haut limousin.
B. — Epenthèse. — Il faut, comme pour les insertions de voyelles, distinguer quatre cas :
a. —^ Entre deux voyelles . — F s'introduit souvent (v^oir cidessus, p . 38) entre Vi tonique et i'o ( = a ou e) des finales des mots indigènes en ia ou des mots français en ie transportés chez nous. Ex.: manîyo, foulîyo, patrîyo. La même insertion a toujours lieu, à Nontron du moins, entre Vé ou ïu tonique et I'o (== e) des mots français que nous avons empruntés. Ex.: purêyo, fricassêyo. estatûyo.
Pour l'insertion de v et de g^ (h) entre deux voyelles, voir ci-dessus, chapitre IV, article de Vh.
b. — Entre deux consonnes . — Lorsqu'une nasale est immédiatement suivie d'une liquide, elle appelle entre elle et cette dernière, pour faciliter ]a prononciation, la muette douce de sa famille. Ceci est de règle générale dans toutes les langues romanes, comme en latin et en grec. Ex. :
mL — *Simulare, semblar, sembla
mr. — Numerus, nombre, noumbre.
nr, — Minor, menro^ mindre.
ni. — N, ici comme devant r, appellerait normalement d. Mais cette consonne, refusant de s'associer avecl'/V. permute avec la gutturale du même degré, et Von a ngl au lieu de ndl: spinfujla, eipinglho ^, où. conformément à la règle qui va être
' Si d ne so faisait pas suppléer par g, il imposerait à 17 suivante l'obligation de se changer en r, comme dans pr. escandre ~ scand(a)lum . ^ Eipinglho une fois formé, nous l'avons réduit à eipingo, qui est la
rappelée tout à l'heure, le groupe gl a attiré un y pour former la combinaison triple ylh. On a peut-être un autre exemple de l'insertion du g entre n et l da.n^ j'anglhà =■ *gannillare (?), de gannire, dont ce verbe a précisément la signification dans notre dialecte*.
L et s appellent de même quelquefois, comme en français, c? devant r. Ex.: *Vol{e)re kaheo, voldrai, coudrai \ — val{e)re habeo, valdrai, voudrai ; — *ess{é)re, estre, être.
c. — Entre une consonne et une voyelle. — Les seules consonnes qui s'introduisent en pareille position sont la semivoyelle y et les deux liquides, c'est-à-dire les plus fluides de toutes les consonnes. Sur l'insertion de Yy, voir ci-dessus, chap. IV, p. 58, d, et chap. V, 1'*^ section, aux articles du c et du g. Quant aux liquides, elles aiment à s'introduire^ /après les labiales, r après les dentales. Ex.: pùucou=z pr. falco (falconemj; — sablou--^ saponem; — s'eiplàmî=*spasmare ; — tartro = fr. tarte; — mentrâtre = pr. mentastre; — ôutrijo*=^ urtica (pr. ortiga); — assedrâ = pr. asseda (altéré); — eicrupî = pr. escupir ; — froundo = funda.
d. — Entre une voyelle etune consonne. — La consonne qui s'introduit le pins fréquemment ^ en pareille position est Vn; mais elle n'y a pas ou n'y a plus, dans les mots où l'épenthèse remonte à l'ancienne langue, sa valeur propre. Le phénomène se réduit à la nasalisation de la voyelle *. Ex.: gingn (fr. giguer);
forme la plus usuelle, en élimmanl \'l mouillée associée au gr, comme nous avons éliminé 17 simple en pareille position dans purd, pil, .sangu. (Voir ci-dessus à l'article de la syncope.)
* Janglhâ vient plutôt peut-être de jaculari, moyennant la nasalisation de Va radical.
2 La diphthongue initiale ou (z=. ol = or) prouve qu'il n'y a pas eu métathèse de l'r.
3 On ne constate que très-rarement, en pareil cas, l'épenthèse d'auli'es consonnes. Jargiê (=: gigerium) nous ofi're un exemple do celle de r. C(dio ue /■ a eu lieu dans moufle (pr. moflet), si du moins ce mot est le même que molet, concarremment usitô dans la vieille langue, avec un sens idemiquo.
♦ Cf, dans ia vieille langue engal = egcU (œqualis).
— cementêri (déjà tel en provençal) cœmeterium ; — benlâ = balare; — engravisso (fr. écrevisse); —penche (le même en pr.) = pecten; — linchausso = lio-chausso du bas-limousin {iv. jarretière) ; — mandi, mandinà, mandinado, mots plus particuliers au parler du haut-Limousin, =, à Nontron, ma^e, matinà, matinado, de matutinum.
Ce procédé de renforcement des vojelles par nasalisation est plus fréquent en bas-limousin que chez nous. A Tulle, on dit, par exemple, blan nègre, chominjo, tominja, grounlo, au lieu de bla nègre (blé noir), chamiso (chemise), tamisa {tamisé), groûlo (savate).
C. — Paragogk. — Le limousin ayant peu de goût pour les consonnes finales, on conçoit que la paragoge des consonnes y soit fort rare. Je n'y en connais d'exemples certains que l'addition d'un ^ à la préposition din et d'un rf à la préposition en (= pr. am ou amb), lorsque le mot suivant commence par une voyelle. Ex.: dint un an, end uno fenno. Mais peutêtre ai-je eu tort de considérer, plus haut, comme organique le t que nous faisons sentir en liaison à la troisième personne du singulier ou du pluriel dans les verbes , et vaudrait-il mieux regarder aussi, dans ce cas, cette consonne comme épithétique. Ce qui peut induire à le penser, c'est que, dès l'ancienne langue, le t final des flexions latines était déjà complètement oblitéré dans toutes, sauf une seule, celle de la troisième personne du singulier du prétérit.