‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 46 sur 119 · V. - Métathèse · texte numérisé non relu

V. - Métathèse

La métathèse, très-fréquente dans tous les idiomes populaires, a pour cause, en général, comme les phénomènes qui viennent d'être décrits, le besoin de rendre le moi plus coulant ou d'en renforcer telle ou telle sjUabe. Mais, dans bien des cas, il faut dire que la cause véritable est difficile à déterminer, le nouvel arrangement des éléments du mot ne paraissant préférable à celui qu'on a détruit, ni au point de vue de l'euphonie, ni à celui de la solidité.

Je distinguerai cinq cas différents de métathèse :

1° La métathèse sépare deux consonnes unies ensemble en une de ces associations que nous avons appelées précédemment consonnes-diphthongues, comme pi, tr, etc., et introduit entre elles la voyelle qui les suivait. Ex . : procurator, percuraire: — prominare, permend; — pr. {a)briaca, virajo. Cest ainsi qu'on dit en plusieurs lieux courchetâ, bourlâ ou hurla, pour crouchefâj brida, plus réguliers et plus usités.

2° Inversement, la métathèse rapproche d'une explosive et lui associe une liquide qu'une voyelle en séparait. Ex.: persicum, persica, pressé, pressé] o^; — sternutare, eitranudd.

3° Elle transpose deux consonnes immédiatement consécutives, pour leur procurer une union plus intime. Ex : Sulpicium,

* Remarquez le déplacernoat de l'accent qui. en latin, porte sur Ve initial. Pressé est ce qu'on appelle ailleurs, par exemple en Angoumois, perse, autrement pêche mâle, celle dont la pulpe est adhérente au noyau. La presséjo e>i la pèche femellf>, celle dont la pulpe se détache sans peine ilu noyau.

Suplezi; — * acucla, {a)gulho (= * agulya = *aguyla) ; — pugnare, pounhâ ( = * pounyd = * pouynd ) *.

4° Elle fait réciproquement permuter, sans les unir, deux consonnes séparées, dont chacune est la lettre initiale de sa syllabe. C'est, dans notre dialecte, un des cas les plus fréquents de métathèse. Ex.; batalh, tabai (on dit aussi bâtai) ; — anhelare, alend; — fr. camarade j caramado; — tantequan {tantum et quantum)^ tanquetan; — morbum (fr. morve), vormo. Quelquefois chacune des consonnes, en prenant ainsi la place de Tautre, en prend aussi le degré, c'est-à-dire de tenue devient moyenne, ou réciproquement*. Ex.: guespa {vespa), bêco; pr. pastenaga, parcanado.

5° Elle dissout l'association existant entre une muette et une liquide subséquente, pour former avec celle-ci et une autre muette, dans la syllabe précédente', une association semblable. Ex. temprare, trempa ; — dubrî {deoperire), et drubî. Dans le Quercy, on dit de même crobi pour cabri, dans la Gascogne crambo pour cambro, etc.

N'ayant pas, au chap. IV, consacré d'article particulier aux métathèses de voyelles, je réparerai ici cette omission qui, du reste, à le bien prendre, comme on va le voir, n'en est pas une.

Les seules voyelles qui sont sujettes à se transposer sont Vi et Yu (ou), et cela tient sans doute à leur nature semi-consonnante. Cela paraîtra probable si l'on remarque : 1° que ces deux voyelles ne se transposent jamais que lorsqu'elles en

• La mutation préalable de c ou de gf en y, en de pareils mots, a été déjà expliquée.

=* Cf., dans l'ancleane langue et le languedocien moderne, lunh — nulh, où nous voyons, en même temps qu'ils se transposent, n se fondre avec Vy {h) dont I se sépare c'esl-à-dire n se mouiller tandis que l s'asèche ; phé-^omène très-comparable à une réaction chimique qui ne détruit une combinaison que pour en former immédiatement une autre, en substituant un élément disponible à celui qu'elle a mis en liberté.

'Qui est toujours, je crois, en pareil cas, la syllabe initiale, ce qui permet d'assigner ici pour cause au phénomène une intention de renforcement.

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précèdent un autre, et 2° que, lorsque, dans des mots pareils à ceux où elles se transposent d'ordinaire, elles sont restées en place, elles se sont consonnifiées. C'est ce qu'on voit dans les formes limousines glôrio, memôrio, comme dans les formes correspondantes du très-vieux français glàrie, memôrie. C'est ce qu'on voit aussi dans vévo (fr. veuve) = vidua et dans terve (v. fr. tenve] = tenuem *, rapprochés, le premier de boueidâ (pr. voidar, prononcez vouidar) = viduare , le second de teûne, autre forme, également limousine^, du même mot. On peut donc admettre sans témérité que la métathèse de ces voyelles a été précédée de leur consonnifi cation. — Une fois transposées, selon que la voyelle nouvelle avec laquelle elles ont dû s'unir les précédait ou les suivait, ou elles sont revenues à leur premier état pour se fondre avec cette voyelle en une diphthongue, ou bien elles sont, le plus souvent du moins, restées consonnes.

1" Cas. — Tenuem, teûne; — mansionem, maiso, meijou; — prensionem, preiso, preijou; — potionem, poiso, poueisou; — feria,feiro; —foria, foira, foueiro.

2® Cas. — C'est, en particulier, celui des noms en arium,aria, qui, généralement, chez nous comme en français, ont donné ier, iero, où \i est indubitablement \i consonne.

La métathèse de \u est beaucoup plus rare que celle de Xi. Teune et voidar, cités tout à l'heure, sont les seuls mots que je connaisse où le phénomène remonte à l'ancienne langue. Elle se remarque encore, en solidarité avec celle de Vi, dans couw-

* Pour le changement de n en r devant une labiale, cf. charte — cannabim. — Il ne faut pas oublier que le v de terve, comme celui de vevo, résulte de deux modiflcations successives de Vu latin, dont je n'ai ici en vue quo la première; 1» transformation de l'w voyelle en u consonne, comme dans coud (monosyllabe^ = cubare (c'ost là que s'est arrêté Vu de viduare); 2* durcissement en v (qu'on peut ici appeler roman) de Vu consonne.

leune est la forme classique. C'est la seule que donne Raynouard, et je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré l'autre dans mes lectures.

12h PREMIERE PARTIE

tunid, demuniâ (prononcez nhâ)^ formes qu'ont prises dans la bouche de beaucoup de personnes les verbes continuar, diminuar. La difficulté de consonnifier Vu, n'ont plus comme tout à l'heure le pur u latin (om), mais Fw devenu français de ces deux mots, en d'autres termes de prononcer nuâ d'une seule émission de voix, comme le demande le génie de notre idiome, et comme il est, au contraire, si facile de prononcier nia, est certainement la cause déterminante de cette permutation réciproque.

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