‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 52 sur 119 · QUATRIEME DECLINAISON · texte numérisé non relu

QUATRIEME DECLINAISON

A la règle qui vient d'être mentionnée, et d'après laquelle le nom. sing. de la déclinaison latine imparisyllabique ne donna pas de dérivés en provençal, il n'j eut d'exception systématique que celle qui concerne les substantifs originairement terminés en tor,tons, — o, onis. Ces substantifs, qui sont tous masculins, composaient, avec quelques autres de terminaisons diverses, dont un seul, sor, est féminin, la quatrième déclinaison provençale, laquelle a pour caractère essentiel de déplacer l'accent. Ex.:

^mg. ^u^. pastre (pastor). Plur. ^uy pastor (pastores) .

— rég. pastor fpastoremj. — rég. pastors fpastoresj .

Sing. suj. laire (latro). Plur. suj. lairo (latrones).

— reg. lairo (latronem) . — reg. lairos (latrones).

La plupart des noms de ce dernier type perdirent complètement, au nominatif singulier, conformément aux lois phoniques, leur voyelle terminale. Tels furent faix (falco), Ucs (Hugo), companhs, fels, glotz, etc.

Une fausse analogie fit souvent ajouter une s, qui n'était ni étymologique ni nécessaire, au cas sujet des noms de cette déclinaison. Cette faute fut assez rarement commise dans les noms terminés en e*; elle fut, au contraire, générale dans ceux dont la désinence était une consonne, comme on vient de le voir dans les exemples cités tout à l'heure {faix, etc. ).

A cette déclinaison appartiennent encore, comme je l'ai déjà noté, quelques mots isolés qui n'y doivent figurer que par exception ; car leurs analogues sont entrés dans la seconde ou dans la troisième déclinaison, par suite de l'abandon qu'ils ont fait de la forme dérivée de leur nominatif singulier latin. De ce nombre sont les suivants :

1 L'absence normale de \'s, au nominatif singulier des noms tels que pastre, pastor, fut probablement ce qui conduisit, par fausse analogie, à laisser aussi le plus souvent sans s le nominatif singulier des noms en re à accent fixe, tels que paire. ( Voir ci-dessus, page 176. )

Abas, abat (abbas, abbatem).

Éfas, efant (in fans, infantem).

Neps, nebot (nepos, nepotem).

Sénher, senhor (senior, seniorein).

S or, seror (soror, sororemj.

Ce dernier, qui est féminin, suivait naturellement la règle générale des noms féminins, c'est-à-dire qu'au pluriel il faisait le nominatif en s comme les autres cas. Contrairement à ce qui a eu lieu pour les quatre premiers noms de la liste, c'est, comme en français, sous la forme du nominatif singulier que nous l'avons conservé. On voit d'ailleurs, par les textes, que cette forme prévalait déjà sur l'autre dès les plus hauts temps.

Un certain nombre de substantifs ne se laissent pas ranger dans les cadres qui précèdent. Ce sont ceux qui se dégagèrent avec une sifflante ( originaire ou produit d'une transformation) au radical, tels que emperairitz (imperatric-emj * , pas (passusj. Ceux-là restèrent toujours privés de flexions casueUes. Mais comme, tandis que s'effaçait le sentiment des cas, celui des nombres conservait sa vivacité, la langue, qui ne tenta rien nulle part pour faire revivre les cas de ces substantifs, donna de très-bonne heure, dans quelques dialectes', des pluriels sensibles à la plupart d'entre eux.

La forme du cas régime était, dans les deux nombres, celle

* Dans ceux de ces mots où la sifflante provenait, comme ici, d'un c, elle se doubla généralement d'un t, dont l'effet fut d'abréger la voyelle antécédente. Autres exemples : crucem, crotz; — vocem, volz; — perdicem, perditz; — vervecem, berbitz; — pacem, patz ; — vicem, vetz.

- Le languedocien, par exemple. On trouve déjà corses, pluriel de cors [corpus), dans un document en ce dialecte de 1178. (V.Bartsch, Chrestom., col. 95.) Cf. l'espagnol dios, dioscs. — Dans le patois angoumoisin, on donne de même des pluriels sensibles en es à quelques pronoms. Ex.: leures — leurs, queles — ces. Prononcez l'eé' linal de ces mots comme dans l'article les .

qui était le plus fréquemment employée. Or, on vient de le voir, tous les noms sans exception, au pluriel, l'avaient en s. De plus, tous les noms féminins, sans exception, avaient aussi leur sujet pluriel en s, tandis qu'un certain nombre de noms masculins et tous les noms féminins en a ne recevaient d's à aucun cas du singulier. De là résultait que Ys devait, dans le discours, se montrer attachée à un nom pluriel au moins trois fois contre une qu'on la trouvait attachée à un nom singulier, et n'apparaître au singulier qu'à peu près une fois sur quatre. Il n'en fallait pas davantage pour que, lorsque le sentiment des cas se fut effacé, Ys ne parût plus que la flexion nécessaire du pluriel, et l'absence de Ys le signe essentiel du singulier.

Aussi, absence de Vs au singulier, présence de Ys au pluriel, telle fut la règle fort simple de la déclinaison nouvelle qui s'établit, au XIV^ siècle, sur les ruines de l'ancienne, et qui dure encore. C'est, en effet, de la présence au pluriel d'une s qui manque au singulier que résulte, en général, dans les dialectes actuels de la langue d'oc, la distinction des nombres. Mais, dans quelques-uns, cette s n'a conservé qu'une existence pour ainsi dire virtuelle. Le limousin est un de ces dialectes; la prononciation, sauf quelques exceptions déjà notées, ne la fait plus sentir, et la différence du pluriel au singulier y résulte aujourd'hui essentiellement de l'allongement de la finale, compensatif de la chute de Ys. Mais, comme à cette différence générale s'en ajoutent, selon les désinences, de particulières, et qu'il j a d'ailleurs des substantifs qui conservent au pluriel la même forme qu'au singulier, une énonciation si sommaire ne saurait ici suffire. Il faut entrer dans le détail, et, pour cela, je dois distinguer en limousin quatre classes ou, si Ton veut, quatre déclinaisons différentes de substantifs.

IL — Déclinaisons actuelles

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