DEUXIÈME DÉCLINAISON
Singul. Pluriel
ê et
Lat . turturem turtures
Prov. tortre tortres
Lim. tourtre tourtrei
Les flexions de cette deuxième déclinaison sont celles qui sont propres à la troisième déclinaison latine. Mais elles devinrent, dès le début de la langue, communes à tous les noms autres que ceux en a, qui, en vertu des lois phoniques, purent conserver une voyelle flexionnelle. Ainsi e de patrem, patres, m et o de populum, populos, donnèrent également e dans paire, paires, et dans pople, poples.
Ces flexions sont aussi celles que l'on a attribuées à tous le» noms qui, ayant perdu les leurs dans leur passage du la-
vençal comme (3n français, l'accent se trouve aujourd'hui chez nous, par suite probablement d'un recul subséquent, à la même place qu'en latin. Ex. : coumédio. C'remoûnio, copia. Nous disons de même, à tort ou à droit, eicûrio ("=fr. écurie) phiiôl que eicuriô. FaïUeisio nous vienl-il du français fantaisie ou du pr. fantasia? Il a dans tous les cas l'acdînt sur e». Jane sais qu'-lle était l'accentuation de malaptia et de mulaudia; lûnis on ilit à Nontron maladiô, qui est le premier; à Limoges maiaûdio, qui est le second.
tin à la langue d'oc, les ont plus tard voulu reprendre dans le développement de la langue, ainsi qu'aux noms masculins en e muet que nous avons empruntés au français, sauf le petit nombre de ceux qui ont été introduits abusivement dans la première déclinaison et dont nous avons ci-dessus mentionné la plupart.
Cette déclinaison comprend donc :
1° Tous les noms survivants de la deuxième et de la troisième déclinaison de l'ancienne langue, qui faisaient en e le cas oblique du singulier et en es celui du pluriel, tels que autre (m.), dete [debitum) (m.), tortre (f.);
2° Les noms des mêmes déclinaisons qui, dépourvus à l'origine de vojelle flexionnelle et restés tels dans l'âge classique de la langue, en ont reçu une plus tard. Le nombre est plus grand des adjectifs que des substantifs qui ont été ainsi allongés. De ces derniers, il n'y a guère que des noms en m final. Ex. : crim, crime; — vim, vîme; — verm, verme ; — fam, fome. Mais /bme ne se dit pas à Nontron; cette forme est celle de Périgueux et des environs. Nous disons seulement fam et de même fem {=^fîmus);
3° Les mots français masculins à e muet final que nous nous sommes appropriés, sauf ceux, déjà exceptés, qui ont passé abusivement dans la première déclinaison.
Notre deuxième déclinaison renferme en outre un certain nombre de substantifs en re, surtout aire (= âtor), originaires de la quatrième déclinaison de l'ancienne langue, tels que Sartre, chantaire. Contrairement à la règle générale, c'est d'ordinaire, en de pareils mots, la forme du cas sujet singulier qui a prévalu sur celle du cas régime , et, lorsqu'on a conservé les deux, c'a été comme deux mots synonymes mais distincts, et non comme deux formes à fonction différente d'un seul et même mot. Cette scission remonte au moins au XIV^ siècle, comme on le voit par les Leys d'amors, dont les auteurs n'ont plus conscience (V. p. 3) du vrai rapport dans lequel étaient entre eux des mots tels que emperaire et emperador, salvayre et Salvador, puisqu'ils donnent à emperador
PARTIES DU DISCOFRS 147
et à Salvador Vs flexionnelle du nominatif singulier. Une fois envisagés comme des noms complets par eux-mêmes, ces substantifs en re reçurent naturellement une s au pluriel, ce qui les rendit identiques à ceux de même désinence, tels que paire, fraire, qui appartenaient d'origine à la deuxième déclinaison.
Enfin il faut encore classer dans cette déclinaison un petit nombre de substantifs qui s'étaient dégagés sans voyelle flexionnelle et qui n'en ont pas reçu depuis, mais dont la désinence, qui est ou qui représente leur dernière voyelle radicale, est un e bref. Ex.: orfe {orphanum), assale^ {salicem), paré (pr. parelh = fr. paire), fé (fenum), bé {bonum), ché {canem), endré (pr. endreg ou endreit), yà/e'(pr. vaslet), secré {secretum). Ajoutez les noms français analogues à ces deux derniers, que nous avons empruntés, tels que cabinet {cabine, plur. cabinei).
Remarque P*'. — Cette déclinaison, bien qu'elle renferme, ainsi qu'on l'a vu, quelques substantifs féminins, est essentiellement, en limousin, et plus généralement en langue d'oc, la déclinaison masculine, et c'est le type sur lequel se façonnent les noms nouveaux masculins que la langue crée^. Les substantifs qui la composent ont pour caractère commun, — sauf le petit nombre de ceux qui font l'objet de l'alinéa précédent,
* Voir cependant, pour les noms tels que ces deux derniers, la note 1'" de la page 112.
^ Nous donnons ici à endre et à vale l'accentuation régulière ; mais, en réalité, dans la prononciation ordinaire, l'accent do ces deux mots recule sur la voyelle initiale, ce qui les rend plus conformes au type de leur déclinaison. Voici, comme exemple, un vers de Foucaud, oïi endre rime avec le verbe vendre :
Li o un trésor cota; ne vou dise pà Vendre.
» Je ne dis pas qu'elle emprunte, car les noms français masculins terminés autrement qu'en e muet, ou en et, é, se rangent dâHs les diverses subdivisions de la troisième ou de la quatrième déclinaison (voir ci-après), où leur désinence les appelle.
— que leur désinence est une flexion véritable distincte du radical et que cette désinence est atone .
Remarque II. - J'ai déjà noté {Phonétique^ ch. V, S) qu'en bas-limousin la chute de Vs finale n'est pas compensée par la diphthongaison de Ve précédent en ei. Les noms de notre deuxième déclinaison ont donc, dans cette variété de notre dialecte, le pluriel semblable au singulier.
Remarque III. — Le changement de esenei, aussi bien au pluriel des noms en e que dans les autres cas où il se produit, paraît fort ancien dans notre dialecte. On le constate déjà dans des textes du XIV* siècle (voir Limousin historique, passim), et il devient déplus en plus fréquent dans l'orthographe, à mesure qu'on se rapproche de notre époque. A la vérité, c'est presque toujours eis ou eys qu'on écrivait* ; mais il est probable qu'on ne prononçait pas Ys (pas plus que celui de Vas du pluriel delà première déclinaison). Cela peut être induit d'abord de son absence qui se remarque quelquefois', et en second lieu de la
'Ex.: autreys 1394. i.im. historique, p. ]92[ autreys ar/jej/s (1416, t6td.,p.406); usaigeys. venerableys homeys, prebtrcys (1508. Registres consulaires de Limoges, p. 15). Je trouve déjà entrepreis == entrepres dans Arnaut de Mareuil {Domna genserque no sai dir), à la rime, et même sans s, également à la rime, dans Bertran de Born {Posais baros enojaelor pesa), Mansei, Francei, Valet = Manses, Frances, Voles.
Dans une Pnère à Notre Dame des SeptDouleurs, publiée par M.P.Meyer dans la Remania, I, d. 409, que ce savant croit de la fin du XIV siècle et qui a dû être transcrite, sinon composée, par un Limousin, je lis, v.6, preys (— près), et sans s, v. 69, cortey = cortes. Le même document offre, V. 47, deychargada (où ey = e^;) et eys = es (lat. est).
2 Ex. : preytade, dans le même texte que pr estât (1508), dimercrei avec dimercres et dimercreis, eylegit avec eyslegit, deipuey avec despues et deispueys, eytat à côté de estât et daeystat, peytor et pestor (1394.— Lim. hist., p. 193), ey concurremment avec eys et es {est), meytier avec meistier (1403), tramey et trames, etc. Au pluriel des noms en e, l'orthographe traditionnelle es paraît s'être maintenue sans mélange plus longtemps que dans les autres cas, bien quo, selon , toute apparence, es y fût devenu et aussi tôt qu'ailleurs.
substitution fréquente de eis à eir à Tinfinitif des verbes en Ure, place où Vs ne pouvait évidemment qu'être muette, d'où la conséquence qu'elle devait l'être également ailleurs*.