C. — Troisième personne a. — Masculin
Sing. suj.
el, eu, elh.
el, eu, 6u, au, yau, ei.
— ace.
lo.
lou.
— dat.
Il, Ihi.
Rég. de prép.
■ el, elh, lui, lliui.
el, eu.
Plur. suj.
il, ilh, els, elhs.
— ace.
los.
loû.
' Vos aulri d'après les Leys d'amors (II, 214).
' V. Leys d'amors, t. II, p. 88-90: Quai diferensa farem entre vos sin-
gular e plural? Dizem q;-,e la diferensa es aytals, sos assaber quoi Vos
prondem per singular si be ha votz do plural e vos autri prendem per plural, en votz et en signiflcat, quar segon romans nos pauzam vos autri per una diclio, so es per un mot.
Plur. dat. lor, lur. lour, lur.
Rég. de prép . els, elhs, euz; lor, lur. î, eu, yéu.
b. — Féminin
Sing. suj. ela, elld, elha, ilh, il. elo, la, lo.
— ace. la. la, lo.
— dat. li. H.
Rég. de prép. ela, ella, lei,leis, lieis. elo. Plur. suj. elas, elhas. ela, là.
Rég. gén. et dat. lor, lur. lour, lur. Rég. ace. las. là.
Rég. de prép. elas, elhas. elâ.
c. — Neutre.
Suj. el. el, 6u, au, yau.
Rég. o, lo. ou, au, yau.
d. — Des trois genres.
Rég. , se, si, sei. se.
OBSERVATIONS
I. — La forme eu, résultant de la vocalisation de Ve dans el ( = ille), est aussi ancienne que la langue. On la trouve déjà dans Boëce (v. 49, 57, 155), simultanément avec el. De eu procède 6u, dont le plus ancien exemple que je connaisse se trouve dans un texte do 1641 {Vie de sainte Valérie)^. Ce dernier, renforcé, a produit au, qui est la forme propre au haut Limousin, et qui devient yau * quand le pronom suit le verbe au lieu de le précéder. A Nontron, dans ce dernier cas, on emploie toujours eu, qui sert aussi à Limoges concurremment avec yau ^. Si le pronom précède le verbe, c'est seulement de ou que nous faisons usage : 6u vengué, ou ei mor. —
* C'est un pet't poëme limousin envers de huit syllabes, publié'au t. II du Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin.
2 A Limoges, on prononce aujourd'hui ô et yô.
3 Eu s il y a un t euphonique, yau s'il n'y en a pas : disset-eii, creiiyau = dit-il, croit-il.
La forme el est celle du bas Limousin et des parties voisines du Périgord. A Tulle, grâce à la tendance que nous y avons signalée d'affaiblir Ve en iei de changer en r 17 finale, on prononce plutôt ir. — L'ancienne forme elh, réduite selon la règle à ei, reste usitée en divers endroits, par exemple à Rochechouart.
IL — Avec une préposition, l'ancienne langue employait au masculin singulier el ou lui, surtout lui. Ce dernier est aujourd'hui hors d'usage. Quant à el ou eu, on n'en use guère de cette manière qu'en bas Limousin et dans la contrée de Périgueux et au delà. A Nontron et en haut Limousin, on emploie de préférence, et presque exclusivement, le pronom réfléchi se, le détournant ainsi de sa destination pour lui attribuer tous les rôles du fr. masculin lui. Ex. : Ca ve de se = cela vient de lui; — î fau coquiper se =z je fais ceci pour lui; — queise que parlo = c'est lui qui parle; — semaisa gm, toit sounparti=:- lui et ses gens, tous sont partis^. — Cela du reste n'empêche pas se de conserver en même temps son emploi normal de pronom réfléchi : la se facho = ellese fâche; lou ven s''eip6usa =le vent s'est calmé; ca s'en vai mieijour = il s'en va midi.
IIL — A Nontron et en haut Limousin, î (pluriel masculin ) sert comme sujet et comme régime de préposition*. En bas
* Les exemples de cet emploi abusif de se abondent dans la Vie de sainte Valérie (1641). Je n'en ai pas trouvé dans les textes limousins antérieurs, sauf peut-être un seul, que je ne relève pas parce qu'il est douteux, dans un document de 1587 [Limousin WsL, p. 29). Mais j'en ai remarqué un dans le mystère provençal de St Jacques (Ludus sancti Jacobi, XV» siècle), V. 618 : an besi me cogaray (lisez ambesi) = je me coucherai avec lui, comme traduit l'éditeur. — Le même abus existe en Auvergne, au moins depuis le commencement du XVII" siècle, comme en témoignent des noëls de ce pays qui remontent à cette époque et où il se montre déjà fréquent.
' Ce dernier rôle commence à lui être attribué dès la fm du XIV» siècle. Je lis à ilhs e a lors successors, dans un texte de Limoges de 1371 {Lim. hist., pag. 649). Des exemples plus récents sont les suivants: envers ils (Testament de J . Faulcon, 1475, dans le Bulletin de la Société archéologique du Limousin, tom. I", pag. 59 ) ; — contre Hz, per Hz (1513), dans les Registres consulaires de Limoges, pag. 76.
Limousin et dans le sud-est du Périgord, ce dernier rôle est rempli par éu^ souvent adouci en yéu*, qui est le euz f= elsj de Tancienne langue. Lour ou lur*, qui autrefois était trèsfréquemment régime de préposition, ne Test plus jamais aujourd'hui. Il est réduit aux mêmes usages que le français leur: lour ai envouya lur malâ = je leur ai envoyé leurs malles.
IV. — Le sujet féminin, quand le pronom précède immédiatement le verbe, est toujours la {lo en haut et bas-limousin ) au singulier, la au pluriel 3. Si le pronom suit le verbe immédiatement, on emploie de préférence elo, elâ, sans exclure pourtant la et là. Dans ce dernier cas, même à Nontron, la, devenant enclitique, affaiblit son a en a. Ex. : la vai, là van vent = elle va, elles vont venir ; — disset-elo ou disse-lo = ditelle; — venguerent-elà on vengueren- là? = vinrent elles? — L'ancien leis est depuis longtemps aussi complètement périmé que la forme masculine correspondante lui*. On n'emploie que elo comme régime de préposition. C'est également elo ( au pluriel elà] qui sert exclusivement dans des phrases comme celles-ci : quei elo quo parla = c'est elle qui a parlé ; — elo e sa sor soun vengudâ = elle et sa sœur sont venues. — D'autres formes de elo sont ilo (Tulle) et yelo, yeilo, qui se disent en divers lieux du Périgord.
V. — La seule forme du pronom personnel neutre qui soit usitée à Nontron est 6u, qui est sujet et régime : ou fou =■ il faut; — n'6u vole pâ = je ne le veux pas. Au, y au, sont du
' Souvent prononcé you en bas Limousin.
2 Lour et lur se disent l'un et l'autre et dans les mêmes lieux. Lur est très-ancien dans la langue ; on le trouve déjà dans Gérard de Rossillon.
s La ne vezent, ne parlent pas,
La n'auvent, ne fant aucun pas. (Sainte Valérie, 1641.)
C'est le seul exemple que présente ce texte de ela réduit à la, et je n'en ai pas trouvé de plus ancien.
» On les trouve encore, l'un et l'autre, dans des textes de Limoges de la fin du XV' siècle; mais ils cessent d'apparaître dès le commencement du XVP siècle.
haut-limousin, el (il) du bas-limousin*. — Mais, beaucoup plus fréquemment que ces formes, nous employons aujourd'hui au même usage, surtout avec les verbes impersonnels, les pronoms démonstratifs co ( ou ca) pour le sujet, {zou ou zôu) pour le régime : ca plôu = il pleut; — que fôu-co fâ? = que faut-il faire ? — qui zou so ? = qui le sait ?
VI. — De même que l'ancienne langue, nous attribuons souvent encore le rôle de pronom personnel aux adverbes en (inde) et i fibij. Le dernier sert autant pour les personnes que pour les choses ; mais le premier ne s'applique plus guère aujourd'hui qu'aux choses. Ex.: dounâ z'î = donnez-le»lui ; — pensâ-î = pensez-y (à cela) ; — dounâ-rnen =; donneztnen.