‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 72 sur 119 · REMARQUES GENERALES SUR LES ÉLISIONS ET CONTRACTIONS DANS LES PRONOMS · texte numérisé non relu

REMARQUES GENERALES SUR LES ÉLISIONS ET CONTRACTIONS DANS LES PRONOMS

Dans l'ancienne langue, les pronoms personnels à consonne initiale , lorsqu'ils suivaient un mot terminé par une voyelle, perdaient quelquefois leur voyelle finale ou intérieure et faisaient corps ainsi avec le mot précédent : me, mi, te, ti se réduisaient à m, t; lo, même la, à /, qui quelquefois (quand il représentait là) se vocalisait en u; li, au lieu de rejeter complètement son i, se bornait le plus souvent à le consonnifier et devenait Ih (variantes orthographiques ill, il); los, nos, vos devenaient respectivement Is, ns, vs, et le v de ce dernier se vocalisait.

De toutes ces formes réduites, qui paraissent d'ailleurs avoir été usitées surtout en poésie, nous n'avons gardé qu'une

* Je ne sais si l'accusatif lou, qui était dans l'ancienne langue {la) à la fois neutre et masculin, conserve encore ces deux genres dans quelque^ dialectes, comme son correspondant le en français; mais il n'est plus chez nous que masculin.

trace de la dernière dans la locution siéu plâ = sius^ plats (si vos plafzj, qui est à Nontron sîplâ ou seû plâ, en haut Limousin siauplâ.

Au contraire, nous usons beaucoup plus que Tancienne langue du procédé qui consiste à unir le pronom, moyennant élision ou contraction, non pas au mot qui le précède, mais au mot qui le suit. Voici les règles que Ton peut poser et quelques exemples à l'appui:

Tu, sujet, élide souvent son u devant une voyelle : t'eimâ ■= tu aimes. Me, te, se, élident toujours leur e dans les mêmes cas que les mots français pareils; ils le gardent ordinairement quand ils correspondent à moi, toi, soi: î m'en vau = je m'en vais, mais fai-te ùuvî ■=^ fais-toi entendre.

Lou et la précédant le verbe, que le dernier soit sujet ou régime direct, élident leur voyelle; ils la gardent après le verbe : dôno-lou a toun pai, porto-la a ta mai.

Li n'élide pas son ?, mais il se contracte avec la voyelle ou diphthongue suivante et devient Ih. Ainsi li ai di, li eida se prononcent, sinon toujours, du moins le plus souvent, Ihaidi, Iheidâ. Au contraire, î (à lui ou à elle ) reste voyelle et forme toujours une syllabe à lui seul: z'iai di= je le lui ai dit. Cette différence provient de ce que Vi est bref dans li et long dans î.

/(prem. pers. sing. ou S^^pers. masc. plur.), bien qu'il soit long dans les deux cas, forme toujours crase avec la voyelle ou diphthongue initiale du verbe dont il est le sujet. Cela a lieu, à la prem. personne du sing., même dans les contrées où l'élision préalable de ou, de o ou de au, est nécessaire. Ainsi on dit à Limoges yaime, comme chez nous, pour yau aime. Si le pronom suit le verbe, il ne se contracte pas avec le mot suivant : qu'ai-î ôuvil ou quai-you ouvi? = qu ai- je entendu?

Au pluriel, les pronoms de la troisième personne iloû, la, ela]

* Voici la liste de toutes les variantes : siéu, siôu, siau, si , seil; elles sont toutes usitées, mais non pas dans les mêmes lieux, et dérivent de sius comme de rius {rivus),riéu, riôu, riau, ri et reii. Siens se lit déjà dans Gérard de Rossillon (v. 3086), oîi les deux éditeurs veulent qu'on supprime l'e

ne souffrent pas Télision, mais si fait bien ceux de la première et de la seconde, wo?i, vou. Si ce dernier précède le verbe, qu'il soit d'ailleurs sujet ou régime, il perd toujours sa voyelle : v'avê-=vous avez; v'en vole balhu=je vous en veux donner; pei' v'' amusa = pour vous awMserV après le verbe quelquefois aussi, mais rarement: voulê-v'ôuvî?= voulez-vous owèV?,Quant à wom, il n'élide jamais sa voyelle que s'il est sujet et s'il précède le verbe immédiatement: namassem dôu bé=nous amassons du bien. Cette différence provient de ce que Vou de vou s'est abrégé, tandis que celui de noû est resté long.

Dans l'ancienne langue, nos et vos, perdant leur s, se contractaient avec le pronom en en non, von. La dernière de ces deux formes est restée en haut-limousin {voun).

Vou est sujet aune espèce particulière d'altération, c'est de perdre sa consonne initiale : peiquou î sê= puisque vous y êtes. On pourrait croire que c'est encore là une trace de l'ancien us affixe ( comme Raynouard l'appelle ) de l'ancienne langue. Mais deux raisons s'y opposent : premièrement, cetoM ne se contracte pas avec la voyelle antécédente, et, en second lieu, il commence souvent la phrase : ou se un fa = vous êtes un sot. — Si une voyelle vient à suivre, il se consonnifie ordinairement* pour s'unir à cette voyelle en une seule et même syllabe, comme nous l'avons tout à l'heure vu faire à Yi: ou â na = vous êtes allé.

J'ai parlé dans la phonétique (H) du v que développe quelquefois la voyelle ou, soit isolée, soit engagée dans une diphthongue. Notre pronom du (=e/) nous offre parfois ce phénomène quand il précède un verbe commençant par une voyelle : ôuv ei mor = il est mort. Mais il est très-rare, en pareil cas, que le pronom reste entier ; ordinairement ou disparaît, et le V qu'il a développé demeure seul pour le représenter. Ex. : quan v agué = quand il eut; — v o = il a; — v êro =: il était.

' Eu v'eipousariO'^ il vous épouserait {Sawie Valérie). ' C'est-à-dire qu'il prend le son du w anglais.

Loû, là, elà n'élident jamais leur vojelle. En bas Limousin et dans plusieurs contrées du Périgord, leur s originelle reparaît en liaison ; mais, à Nontron et à Limoges, on ne fait rien pour corriger les hiatus que le concours de ces pronoms et de mots à voyelle initiale amène fréquemment.

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