III. A avant la tonique
En général, il reste a. Il se diphthongue avec i dans les * A Limoges on dit se.
PHONETIQUE 23
mêmes cas que l'a tonique {ai), mais en même temps il s'affaiblit en e, en sorte que le résultat final est et * . Ex. : mansionem, maiso, mèijou; — factionem, faisso, feissou ; — lactuca, laytuga, leitujo; — patrinus, payri, peiri.
Il subit aussi, mais exceptionnellement, quelques autres changements ; par exemple :
En e : lacrymas, lacremas, legremâ; — rancurar ( pr.), t^encurâ; — anima, anma, ermo *;
En u : lacerta, lazert et lauzert, luzer;
En i: manducare, manjar et menjar, minjâ ;
En ou : natare, nadar, noudâ.
Sous l'accent, Y ou de noudâ devient ô, Vî de minjâ reste i.
Telles sont les seules altérations que l'a primitif ait souffertes dans le parler de Nontron. Cette voyelle n'est pas restée moins pure, en général, dans la partie méridionale et surtout sud-ouest de l'arrondissement. Mais, si l'on s'avance tant soit peu vers l'est, le nord ou le nord-ouest, ou qu'on gagne, par Thiviers, l'arrondissement de Périgueux, les affaiblissements suivants se font sentir :
1° L'a long', tonique ou suivant la tonique, prend un son assez rapproché d'un è français, mais plus allongé et moins pur. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans les formes verbales et nominales en a et en à. — Cette altération de l'a n'a pas lieu à Limoges ; mais elle est générale dans la partie méridionale ou du moins sud-est de la Haute-Vienne *. Dans la Charente, on la constate dans tous les cantons limitrophes de ce dernier département.
' Nous traiterons, en détail, à l'article des diphthongues, de la permutation de ai ainsi que de celle de au.
' On dit aussi, et mieux : arma.
3 II faut entendre l'a actuellement long, tel que celui des infinitifs de la 1" conjugaison; car, ainsi que je l'ai expliqué ci-dessus, beaucoup d'à, longs en latin, se îont abrégés, tels que ceux de amâtum, de veritatem. Ces derniers restent purs dans toutes les variétés du limousin.
* Par exemple, à Rochechouart. — A S'-Yrieix et dans les localités voisines de la Gorrèze (Ségur, Lubersac, etc ), l'a conserve, dans ce cas comme dans le suivant, la même pureté qu'à Nontron.
Zi PREMIERE PARTIE
2° L'a précédant la tonique, bref ou préalablement abrégé s'il était long d'origine, s'affaiblit en o, mais en un o peu assuré. Ex. : comorado^^ camarade. L'a tonique lui-même, si la flexion amène après lui un a long, subit ce changement : ieû pusse, tu passa. L'a nasal ou en position y échappe dans le haut Limousin ; mais, dans le bas Limousin, il passe également à l'o: orgen (argent), jo/ontorfo (plantée)*.
Cette dernière mutation et la précédente ne sont liées l'une à l'autre par aucune dépendance réciproque, et, si certaines variétés les offrent toutes deux simultanément, on devra les trouver plus généralement séparées. Quoi qu'il en soit, à Périgueux et à Limoges, où l'a sourd est devenu ô, l'on n'altère pas l'a long, et les paysans du côté de Piégut, qui changent l'a en è long, conservent sa pureté à l'a antétonique.
Les affinités de e sont avec a et avec i. Il devient a s'il se renforce, i s'il s'affaiblit. Du côté de i, il ne fait souvent que la moitié du chemin et attire à soi cette voyelle, pour former avec elle la diphthongue ei. — Je ne dirai rien ici des affaiblissements de e en i. Il n'y en a guère en limousin qu'on ne constate déjà dans l'ancienne langue*, et ils remontent même, pour la plupart, jusqu'au bas latin; par exemple, les changements de ea, eo, eu en ia, io, iu. Mais la mutation d'e en ei, rare dans la langue classique, est, au contraire, extrêmement fréquente dans notre dialecte, où elle constitue un caractère.