‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 89 sur 119 · I. — Première conjugaison : â (ar = lat. are · texte numérisé non relu

I. — Première conjugaison : â (ar = lat. are

Cette conjugaison correspond à la première conjugaison latine, dont elle reproduit exactement, sauf les modifications phonétiques, les formes conservées. En voici le paradigme:

Chant ar.

chantar ai chantar as chantar a chantar em chantar etz chantar an, au.

chantar ta chantar ias chantar ia chantar iam chantar iatz chantar ian.

INFINITIF

FUTUR

CONDITIONNEL

chant â.

chantar ai chantar â chantar 6 chantar em, am chantar ei, ê chantar an, au .

chantar io chantar iâ chantar io chantar iam chantar iâ chantar ian, iou.

INDICATIF PRESENT

chant, chant i, e chant as chant a chant am

chant e, i chant à chant 0 chant em

chant atz chant â

chant an, en, on, o. chant en, ou.

IMPARFAIT

chant ava

chant avas

chant ava

chant avant

chant avatz

chant avan, en, on, o.

IMPERATIF

chant a chant em chant atz.

chant âvo chant ùvà chant âvo chant avam, em chant ava chant avan, en, ou,

chant 0 chant am chant â.

SUBJONCTIF PRESENT

chant chant e chant es chant, chant e chant em chant etz chant en, o.

chant e chant ei, â chant e chant am chant ei, â chant an, ou.

PARTICIPE PRÉSENT

chant ant, an. chant an.

PRÉTÉRIT DE L'INDICATIF

chant ei, ici

chant est, test

chant et

chant em

chant etz

chant eren, eron, ero .

chant ei, î chant êrei, à chant é

chant êrem, am chant êrei, â chant êren, êrou.

l" IMPARFAIT Dr SUBJONCTIF

chant es, essa chant ê, esso

chant esses, as chant essà

chant es, essa chant ê, esso

chant essem\ am chant essam

chant essetz, atz chant essd

chant essen, essan,esso. chant essan, ou.

chant era (chant eroj

chant eras chant erà

chant era (chant ero)

chant eram chant eram

chant eratz chant erâ

chant eran. chant eran.

PARTICIPE PASSÉ chant at, ado chant a, ado.

OBSERVATIONS

1. Indicatif présent. — La flexion em. que nous avons substituée, à la première personne du pluriel, à Yam étymologique, est celle qui est propre aux verbes provenant de la deuxième conjugaison latine {devem=debemus). Cette substitution, dont la langue classique n'offre pas, je crois, d'exemple, commence a se montrer dans les textes de Limoges du xiv^ siècle, où les formes en em alternent avec celles en am *. Elle a eu lieu probablement sous l'influence de la troisième personne du pluriel, où la même substitution de Ye à l'a étymologique s'était opérée dans notre dialecte dès les plus hauts temps.

2. C'est aussi probablement à l'influence de la troisième personne du pluriel en en de l'imparfait qu'est due la forme en em de la première personne du pluriel de ce temps. Ces formes, dont la première seule se remarque dans les anciens textes (V. Boëce, v. 39, etc.) sont aujourd'hui particulières aux

' P ex. Coutumes de Limoges, dans Lim. hist., p. 646-648 .cotnandem, ntifrejem, ordenem. don-im. a côté de lauvam, nproam, anlrejam, etc.

contrées plus méridionales que Nontron. A Limoges, comme à Nontron, on n'emploie que les formes étymologiques en am, an; mais les premières alternent fréquemment avec celles-ci dans les textes limousins des xiv", xv", xvi" et xvii^ siècles.

3. Subjonctif présent. — Inversement, c'est un a que nous avons substitué à Ve étymologique de la langue classique dans les formes chantam, chantan, du subjonctif présent, leur imposant ainsi la flexion propre aux autres conjugaisons. La même substitution de l'a à Ve a eu lieu aussi, mais non pas si généralement, à la deuxième personne des deux nombres. A Nontron, c'est, dans ces deux personnes, les formes en e {ei= es ou etz) que l'on préfère, — La première personne du pluriel de l'impératif a naturellement subi la même mutation que celle du subjonctif: chantam et non plus chantem. Elle est, exceptionnellement, restée telle qu'autrefois dans anem = allons, qu'on dit encore concurremment avec anam et même plus souvent.

4. Prétérit. — Les flexions de ce temps et des deux imparfaits du subjonctif qui s'y rattachent se dérivent phonétiquement beaucoup mieux de evi que de avi. Faut-il admettre pourtant que, seule de toutes les langues romanes, la langue d'oc ait ici rejeté la forme originelle, en latin si répandue, pour y en substituer une qui l'était si peu que, même dans la conjugaison à laquelle elle appartient, elle était exceptionnelle? Quoi qu'il en soit, ei pour avi, et pour avit, es pour assem, era pour aram, etc.: telles ont été, dès le principe, dans les temps dont il s'agit, les formes de la conjugaison en ar, comme celles de la conjugaison en er.

Les trois quarts au moins des verbes que nous possédons appartiennent à cette conjugaison. C'est celle qui a toujours été, comme en français et en latin, la plus productive. Elle comprend :

1° Tous les verbes (sauf peut-être deux ou trois) de la première conjugaison latine qui sont restés dans notre langue ; tels sont eigâ (œquare), charmend (carminare) , crama (cremare),

couvidâ (convitare), deramâ * (* deramare (7), doimdâ (domitarej, lôuvâ flaudarej , madurâ (maturare) , mudâ (mutare), soubrâ (superare), sabroundâ (superabundare);

2° La très-grande majorité de ceux que nous avons formés nous-mêmes, soit à l'époque classique, soit depuis ;

3° Enfin tous les verbes empruntés au français qui appartiennent dans cette langue à la première conjugaison.

Elle comprenait dans Tancienne langue un verbe défectif, anar, et deux verbes irréguliers, dar et estar. Dar est tombé en désuétude ; mais les deux autres sont encore, surtout le premier, d'un grand usage.

Anar [adnare). Ind. pr, vau, va, vai, vam, va ou anâ, van. Imparf. anavo, etc. Impérat. vai, anem, ou anam, anâ. Subj. pr. ane, etc. Part. pr. anan. Prêter, anei, etc. Subj. imparf. anê, etc. Part. pas. ana-ado. Le futur et le conditionnel sont formés, comme en français, avec ire: eirai ou nirai, eirio ou neirio. — C'était exactement la même proportion, dans l'ancienne langue, entre les éléments constituants de ce verbe hybride, sauf que la l""" personne plur. du prés, de l'ind. était anam. — En haut Limousin et à Nontron, anâ et les formes qui en viennent subissent presque toujours Faphérèse de l'a. — Dans quelques endroits a cours un prétérit incorrect à g intercalaire {anguet). Cette faute, exceptionnelle en limousin, paraît habituelle dans les dialectes plus méridionaux (par exemple, le languedocien). — Notons encore un futur (awaraO composé régulièrement avec l'infinitif anar, mais inusité chez nous.

Fitâ {estar). — Nous avons ramené ce verbe au tjpe de la l'^ conjugaison, dont il s'écartait dans le principe, en reportant l'accent de la désinence sur la syllabe initiale à toutes les formes où il était monosyllabe en latin : sto, estaUj aite ; stas^ estas, eitâ ; statj estai, aito ; stant, estant, aiten : — et de même au subjonctif présent. J'ai déjà dit qu'il prête ses participes et ses temps composés du passé à essei.

* Signifie déchirer, comme en vieux fr. V. Saint Alexis, 29, 3.

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