Toundre [tond. .) = tondêre
23. Vencre = vincere . Cette forme de l'infinitif paraît empruntée au français. La forme classique est véncer.
2 t. Vendi^e = vendëi^e.
B. — Verbes qui ont un radical particulier pour le prétérit. — Les verbes qui précèdent n'ont qu'un seul et même radical à toutes leurs formes. Les suivants en ont deux, même trois, quand l'infinitif n'a pas gardé la consonne radicale. Celui du prétérit est seul terminé par une explosive. Cette diversité existait aussi, bien entendu, dans l'ancienne langue. Pour l'un d'eux [viiire], elle remonte jusqu'au latin.
1. Coueire ou cueire et en bas-lim. coze { coire et cozer)= coqaere, pf. coxi. — Ind. prés. 3^ pers. couei ou cuei (bas-lim. eo ), 3° pers. plur. coueizen ou cueizen. Prêt, coueigué. Part, passé cue-cuecho. — Coueire ( coire ) représente la forme classique coquere, moyennant la vocalisation àuq; coze une forme vulgaire cocere. La gutturale du prétérit, fort dans l'ancienne langue (coc), appartient au radical; mais nous avons abu-
PARTIES DU DISCOFRS «58
sivement propap-é à ce lemps la diphihongue de Fintinitif, en sorte que le q latin y est doublement représenté ; même abus aux temps de la première série, où le q se trouve également représenté deux fois : 1° par Vi de la diphthongue ; 2° par le z. L'ancienne langue s'était gardée de cette double faute.
2. Creire ( aussi crezei\ dans l'ancienne langue ) = credere. Ind. prés, crêze, 3* pers. sing. creu (anc. cre, crei). Subj. prés. crêze, crezam. Prêt, cregué. Part. pas. cregu. L'ancienne langue faisait au prêt, credet, crezet, creet. Je pense que le g des formes actuelles n'est qu'une transformation du d radical, comme dans perga= perda ( G. de Ross., 969), et dans les formes penga, prenga, que les Ler/s d'amors ( II, 398) donnent comme doublets de penda et de prenda. C'est pour ce motif que j'ai mis ce verbe, ainsi que prend et veire qui offrent la même particularité, dans la première classe et non danslatroisièrje .
3. Faire et fà {far)^=facere. —Je range ici ce verbe à cause de la forme actuelle de son prétérit, mais sans être bien sûr que ce soit sa vraie place. L'ancienne langue avait comme nous les deux infinitifs. Le second est de beaucoup le plus usité àNontron.
Ind. prés. S. 1'" p. fau, 2" p. fâ, 3'' p. fai; plur. l«"o p. fazem. ou fam, 2" fazé ou fâ, 3^ fan (b.-lim. fau ou fou). Impf. fasio. Subj. près, fdze, fazam. Prêt, fagué. Part, fa (à Nontron fai) — fàcho.
Le prêt, était fort dans la langue classique, et le c radical y était devenu z ou s. Mais on trouve aussi fec à la 3° pers. dans un document fort ancien (Planh de St FstèvoJ. De ce fec (ailleurs sans doute fac) ont très-bien pu se développer les formes actuelles. Les Leys d'amors (II, 386j mentionnent, en la réprouvant du reste, la forme figui à la 1'° personne.
Fâ a un composé deifâ fdesfar), que l'on conjugue aujourd'hui, dans plusieurs temps, comme s'il était simple et de la l'" conjugaison, ce qui fait reculer l'accent sur la 1" sjUabe aux formes à flexion sourde de cette conjugaison. On a vu plus haut un autre exemple du même recul dans le verbe eitci
(estar) = stare. Ainsi, au lieu de des f au, nous disons daîfe, au lieu de desfay et des fan, daïfo et datfen; ce qui induit les gens peu instruits de chez nous à dire, croyant parler français : je defe, tu dèfes, nous défons, ils dèfent. — A l'imparfait plusieurs disent de même deifavo ; mais la forme correcte deifasio reste la plus usitée. — Au prétérit, deifagué et deifé ont également cours tous les deux.
4. Naissei (naisser) = * nascere. — Impf. naissio; prêt, nâqué (nasquetj ; ^art. pas. nâcu (nascuij. L'ancienne langue avait à côté de nascut un part, fort nat, qui persiste toujours, je crois, en bas-limousin. La même variété de notre dialecte offre auss, un prétérit régularisé naisse.
5. Prenei (pi^ener) = prendere. — Ind. prés, prene. Subj. prés, prenhe, prenham. Prêter, prengué. Partie, prei-preso, et prengu-udo. L'ancienne langue avait un second infinitif prendre, et par suite deux séries parallèles de formes, l'une sans d, l'autre en d{p. ex. à l'imparfait preni'a et prendia). — Le prétérit classique était fort et dérivé, comme en français, d'un type bas-latin */)resj. Mais prendi s'était probablement maintenu à côté de presi, et je pense que c'est à cette forme qu'il faut rapporter, moyennant changement dec? en ^ (voir cidessus creire), le prétérit actuel. Les Leys d'amors (II, 386) mentionneni prezi et prefigui comme également corrects.
6. Veire fvezerj = videre. — Ind. prés, veze, 3^ p. veu^ (anc, ve).S\xhj. -prés. veze,vezam. Impér.m, vê* (anc. veezi^ourvezetz). Prêt, vegué. Part, passe im-vudo (anc. vevt). L'ancienne langue avait aussi vist, vis, qui persiste en bas-limousin [vi) et veguvegudo, forme qui remonte au moins au XIP siècle (on la trouve
* Exemple :
Cor ne dôu a qui re iie veil (niciiAin)).
provorbo qai se lit déjà peu difforemment dans Arnaud de Mareuil :
Que olh no vezo, cors non dol.
Le bas-limousin conserve ve.
- On ne se sert plus guère de cot inapôratif que dans certaines ionulions et lorsqu'il est suivi du pronom personnel lou ou lo {'a). Dans l'usage courant, on le remplace par l'impératif de visa.
dans Bertrand de Born. Au prétérit, les formes classiques étaient vi, vist, vit, vim, vitz, viron ou viren *. Mais il devait coexister des formes en g {= d radical), comme le prouve le part. vegu. Au XIV siècle, les Leys d'amors mentionnent viguiiU^ 386), et on lit dans Blandin de CotmouailleSj v. 236, vigf^a {viderai), V. 416, vigras (videras).
7. Vivre, aussi vieilre, viôure, viaure (viure^ vieure) = vivere, vixi. C'est vixi qui, moyennant transposition des éléments de Vx, a fourni le radical du prétérit et du part, passé : vîqué, vîcu fvisquet, vescutj. Celui de la 1'^ série est viv : vivio, viven.
8. Traire =■■ trahere doit encore trouver place ici. Ce verbe présente la même particularité (double radical) que viure, et due à une cause pareille. Il appartenait dans la langue classique à la conjugaison forte et à la 2'^ classe, son prétérit étant en s. Mais on voit par les Leys d'amo7's (II, 386) que, dès le XIV siècle, il tendait à rejeter Ys et à s'affaiblir. Cet ouvrage mentionne, en effet, comme usuelles, mais toutefois en désapprouvant la dernière, les trois formes trays, trac et traguet. C'est cette dernière seule que nous avons aujourd'hui. La gutturale y provient du c, qui est dans le traxit (trac-sit) latin, et qui, dans la forme trays, s'était résolu en i. — Nous avons conservé le participe fort trai-tracho, à côté du faible, moins usité, tragu. — Aux temps de la 1" série, le c radical {= h), qui y avait été propagé évidemment dès le latin vulgaire *, s'est changé en s (ou s doux) devant les voyelles (trase, trasio, trasam) et vocalisé en finale {irai), comme à l'infinitif. Dans l'ancienne langue, il ne prenait le son du z que devant e, i et 0 [trazo = trahunt). Devant a. ou il restait dur, ou il passait ù. Vi : traga et traia.
C— Verbes enNHEI (NHER=NCtERE).— Tous les verbes de cette catégorie appartenaient dans la langue classique à la
* On trouve encore vit ( = vidil) dans la Vie de Ste Valérie (1641}.
- C'est ce que prouve la coexistence des formes traggo en italien, traigo en espagnol, <roc, doublet de ira»/, en langue d'oc. Trac est donné par R. Vidal (p. 82) comme la seule forme correcte.
256 UBUXIEME PARTIE
2° classe ci-après. Leur prétérit, fort comme leur participe, était en is, par vocalisation du c contenu dans Yx de la flexion latine, et Te ainsi produit s'unissait en diphthongue à la voyelle radicale. Ex. : frais = franxit^. Quant à la chute de Vn, on sait qu'elle était de règle devant s -. Au participe passé, le c devenu pareillement i s'unissait, soit à la voyelle radicale (/"mîY =:fraotwn), soit à Vn quand Fw était restée (onA#=wnc^Mm), soit au t [estrech-cha=strictus-stricta^). Quelquefois il tombait {pent = * pinctum pour pictum). Mais en langue d'oc comme en français, on voit ces verbes tendre, au moins dès le XIV^ siècle, à passer de la conjugaison forte à la faible et à rejeter Y s de leur prétérit. Ainsi, d'après les Lei/s d'amors{U,S88), la 3® pers. du pluriel était faible au prétérit de fenher, franher, planher^. Il en était sans doute de même dans les autres verbes de cette désinence. D'un autre côté, le même ouvrage indique les doubles ou triples formes oysshi, onhi et ongui = unxi; estreyssi et estrengui = strinxi ^ ; poyssi et pongui = punxi; playssi et plangui = planxi{^. 386). Cette tendance à l'affaiblissement du prétérit et à l'expulsion de Ys a finalement triomphé dans tous les verbes de cette catégorie, qui font maintenant, et sans doute depuis longtemps, ce temps en nhet ou nguet, c'est-àdire par la simple adjonction de la flexion, soit au pur radical latin {^our planher, par exemple, plang), soit au radical modifié (planh). La plupart, du reste, sont aujourd'hui inusités ou peu usités à ce temps. — Au participe passé, ils sont restés forts ;
* Et de même ateis = *aUinxit pour attigil, ceis ^^cinxit, esteis '=extinxit, feis = (inxit, jois = junxit, peis = pinxit, plais ~ planxit, pois •=punxit, estreis=- str inxit, tais— * lanvit pour tetigit. teis = tinxil, ois •=■ unxit.
* V Phonétique, chapitre V, p. 103.
3 Ibid., p. 65, 66.
* Peut-être aussi la 1" du singulier feyssi, frayssi, etc. ; et semblablement les autres formes citées plus loin onhi, pongui ; mais le contexte semble plutôt indiquer le contraire. On trouve pourtant feichi faible (=^na?*j dans un? pièce de Raymon Vidal (ap. Bartsch, 221, 33).
s De même pour les autres composés de stringere : costrenher, destrenher, restrenher.
mais quelques-uns admettent aussi un participe faible.— Je rappelle qu'à Tulle, le g ne s'est pas fondu avec l'w*. Notre junhei, par exemple, y est jounge, et ainsi des autres. Dans la liste suivante, qui comprend tous les verbes de cette catégorie qui nous restent, je ne mentionne pas la forme de l'ancienne langue, lorsqu'elle ne diffère que par la finale, notre e« y correspondant toujours à er.
1. Atênhei =^ attingere . — Prêt. atenh'J.VQu usité. Quand on s'en sert, on dit plutôt atenhî. empruntant la forme franc. Part. pas. utm.
2. Cenkei = cingëre. Inusité ou à peu près, du moins cliez nous. Béroniele mentionne dans son Dict. du bas-limousin, sous la forme cenje.
3. Eitenhei festenherj= extingiiëre. — Prêt, eitenhéeteitengué, part, eiten-encho et eitengu-do, ce dernier moins usité. On trouve cstendida, qui suppose un infinitif estendre dans une pièce anonyme d'un troubadour (V. Raynouard, III, 216.)
4. Fenliei ■=fingiire. — Prêt, fenhé et fengué; part. /en-to. Trèspeu usité.
5. Junhei =■ jungëre. — Prêt, junhé Qijunguê;^^\'t. jouen-to (pris probablement au français.)