‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 15 sur 89 · GÉRONTE · texte numérisé non relu

GÉRONTE

Dans quel chapitre, s'il vous plaît?

SGANARELLE

Dans son chapitre... des chapeaux.

Dans l'application, qui est toujours plaisante, ces mots se disent quand, pressé d'indiquer à quelle source on a puisé une citation, un argument, on se trouve dans l'impossibilité de le faire.

Dé est jeté (Le), le sort en est jeté; en htin , Aléa jacta est, mois que César, décidé à. entrer en révolte ouverte contre le sénat romain, prononça avant de franchir le Rubicon , rivière qui marquait la limite entre l'Italie et la Gaule cisalpine, et qu'on ne pouvait franchir avec une légion ou même une cohorte^ sans être considéré comme sacrilège ou parricide.

Dans l'application, ces mots se disent d'une résolution hardie.

Déjà brûle le palais d'Ucalégon, voisin du nôtre; en latin, Jam proximus ardet Ucaleyon {Énéid<i,\[v. II, v. 311). Énée raconte à Didon que, s'apercevant que Troie est en flammes, et que le palais d'Ucalégon, son voisin, brûle déjà, il se hà(e de quitter la ville.

Cette locution s'emploie pour faire entendre qu'on est menacé d'un danger qui en a déjà frappé d'autres dans la situation desquels on se trouve soi-même.

Délices de Capoue (Les). Après la bataille de Cannes, Annibal, à la tête de son armée victorieuse, alla prendre ses quartiers d'hiver à Capoue, ville qui offrait le séjour le plus délicieux de toute l'Italie. Là, suivant quelques historiens, ses soldats s'amollirent et perdiient toute leur ancienne valeur.

Ces mois, délices de Capoue, sont restés dans toutes les langues modernes pour désigner une accalmie morale où les ressorts du corps et de l'esprit se détendent et s'amollissent. C'est l'application qu'en a faite le P. Lacordaire dans les lignes suivantes : « L'histoire de îous les succès est l'histoire d' Annibal à Capoue. On s'oublie, on s'endort, on s'enivre; le poison lent de la mollesse détend tous les ressorts de l'activité; et l'être, qui n'est rien que par l'activité, se dissout peu à peu dans l'ignominie d'un lâche sommeil. »

De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien. Voyez Bâtons flottants.

Démon familier de Socrate. Socrate se prétendait, dit-on, inspiré par un génie particulier qu'il nommait son démon, et qui lui suggérait toutes ses résolutions, tous les principes de sa philosophie et de sa conduite.

On fait fréquemment allusion au détnon ou au génie de Socrate.

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Dents du dragon. Voyez Compagnons de Cadmus.

Depuis l'œuf; en latin^ Ah ovo, c'est-à-dire dès le principe, dès l'origine, depuis le commencement. La vulgarisation de cette locution 'truonte à Horace, qui loue Homère d'avoir su tirer toute Vlliade d'une seule scène, d'un seul événement du siège de Troie — la colère d'Achille — sans avoir eu besoin, pour grossir son poème, de remonter jusqu'à la naissance d'Hélène, cause de la guerre, et qui, suivant la mythologie, était née de l'œuf de Léda.

Mais il y a une autre manière d'expliquer cette expression devenue proverbiale : Ab ovo u^que ad mula, depuis l'œuf jusqu'aux pommes, était un proverbe né des habitudes de table chez les Romains. Le repas commençait presque toujours par des œufs et se terminait par des fruits. Horace lui-même dit, en parlant du chanteur Tigillus ; // aurait chanté depuis l'œuf jusqu'aux •pommes, c'est-à-dire pendant toute la durée du repas.

Ces mots sont souvent cités par nos écrivains.

Derniers Romains (Les), nom sous lequel on désigne plus particulièrement Brutus et Cassius, qui furent l'âme de la conspiration dont César périt victime, et qui, après avoir combattu dans les plaines dePhilippes contre les ennemis de la liberté romaine, se donnèrent la mort pour ne point survivre à sa perte.

Ces mots s'emploient tantôt sérieusement, tantôt ironiquement, pour désigner tous ceux qui conservent la tradition d'un passé qu'ils sont presque seuls à représenter.

Dés du juge de Rabelais (Les), allusion à un des passages les plus spirituellement critiques du livre de Rabelais, où il personnifie les façons un peu sommaires avec lesquelles on rendait la justice à cette époque. Bridoie, aïeul du Brid'oison de Beaumarchais et du Grippeminaud de La Fontaine, a passé sa longue vie à appointer des procès à la grande satisfaction des plaideurs. Il se voit, sur la fin de sa carrière, appelé à donner les motifs d'un arrêt contre lequel on s'est inscrit. Bridoie n'y comprend rien; il a, dans ce cas comme dans tous les autres, appliqué la méthode dont il s'est toujours bien trouvé; cependant il se ravise; peut-être ^e sera-t-il trompé de dés. A ce mot on se récrie : « des dés! qu'est-ce à dire?... Expliquez-vous. » Le bon Bridoie s'explique en disant comme quoi il a deux sortes de dés, des gros et des petits, selon l'importance du procès; il avoue

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que sa longue expérience lui a démontré qu'il n'y a pas de plus sûr moyen de juger sainement les causes, et qu'il pense que tous ses confrères, et ceux-là même qui lui demandent compte de sa conduite, n'en usent pas autrement Que si cette fois il y a eu erreur, elle ne prouve pas contre sa méthode, au fond; c'est une simple méprise dans la forme, une malheureuse confusion de dés que l'on doit pardonner à son grand âge. 11 faut avouer que la satire ne s'est jamais montrée ni plus vive, ni plus douce, ni plus ingénieuse. C'est une bonne fortune de la gaieté de Rabelais. Les dés de Bridoie sont, dans l'application, une des mines les plus riches où la littérature puise ses allusions.

Des mots longs d'une toise; en latin, Sp^çu^perfa/m verba (Horace, Art poétique, v. 97). Le législateur du Parnasse latin trace les règles du style : « Le héros de la tragédie ne doit employer, s'il veut que ses malheurs touchent le cœur du spectateur, ni paroles ampoulées, ni mots loiigs dune toise. »

Racine a mis très-plaisamment cette hyperbole dans la bouche de Petit-Jean, personnage des Plaideurs :

Us me font dire aussi des mois longs d'une toise,

De grands mots qui tiendraient d'ici jusqu'à Pontoise.

Cette locution s'emploie pour caractériser les grands mots, les périphrases prétentieuses, les expressions et les images ampoulées.

Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses.

Vers célèbre de Corneille dans sa tragédie à'Héraclius, acte IV, scène v. Pour parvenir au trône, Phocas immole à son ambition Maurice, empereur d'Orient, ainsi que tous ses fils. Héraclius, le plus jeune de ceux-ci, échappe au massacre de sa famille, grâce à sa nourrice Léontine, qui pousse le dévouement jusqu'à livrer son propre fils Léonce au tyran, afin de sauver l'héritier de l'empire. Phocas prend Léonce pour le véritable Héraclius, le fait mourir, et, voulant récompenser le prétendu service que lui a rendu Léontine, il lui confie son propre fils Martian pendant une expédition qu'il entreprend contre les Perses et qui dure trois années. Au retour de Phocas, la nourrice, comptant sur l'impossibilité de distinguer, après une telle absence, entre des enfants d'âge si tendre, remet au tyran le jeune Héraclius et garde Wartian, qu'elle élève sous le nom de son fils Léonce. Cependant

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de vagues rumeurs apprennent à Phocas que le dernier rejeton de Maurice est vivant, et il veut le sacrifier à sa sûreté. Héraclius, qui connaît le secret do sa naissance, et que Phocas veut contraindre à un hymen incestueux, apprend à l'usurpateur que Léonce est son fils, mais sans se découvrir lui-même. Phocas, en proie à la plus cruelle perplexité, fait venir la nourricQ, et lui demande l'éclaircissement de ce mystère. C'est alors que Léontine, forcée de parler, mais sachant le sort qui attend l'héritier de Maurice, répond à Phocas :

Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses : L'un des deux est ton fils, l'autre ton empereur.

Ce vers fameux est passé en proverbe , et, bien qu'on le rappelle toujours sous une forme plaisante, il exprime avec une grande énerg-ie l'embarras qu'on éprouve quelquefois à se décider entre deux choses, deux résolutions ou deux personnes qui nous attirent également.

Dieux s'en vont (Les), allusion à la chute du paganisme. Ce mot est généialement attribué à l'historien Josèphe, et l'on y fait de fréquentes allusions pour exprimer la décadence d'une institution, d'un ordre de choses qui a joui pendant longtemps d'une autorité et d'un prestige incontestés.

Voyez Pan est mort.

Dindon de la fable (Le), allusion à un passage de la fable de Florian le Singe qui montre la lanterne mayique.

Un jour qu'au cabaret son maître était resté (C'était, je pense, un jour de fête), Notre singe en liberté Veut faire un coup de sa tête.

11 s'en va rassembler les divers animaux Qu'il peut rencontrer dans la ville :

Chiens, chats, poulets, dindons, poiirceauï, Arrivent bientôt à la file.

Chacun s'installe; voilà notre Jacqueau qui se met en besogne, place un verre peint dans la lanterne, et fait défiler toutes les merveilles de la création aux regards de ses spectateurs; mais ceux-ci ont beau s'écarquiller les yeux : les chats eux-mêmes n'aperçoivent rien.

Moi, disait un dindon, je vois bien quelque cl ose Mais je ne sais pour quelle cause Je ne distingue pas très-bien.

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Maître Jacqueau n'avait oublié qu'un point,

C'était d'éclairer sa lanterne.

Ces vers se rappellent ironiquement pour faire comprendre au narrateur qu'il n'est pas clair, et que, lui aussi, il a oublié d'éclairer sa lanterne.

APPLICATIONS

Dans les phrases suivantes, rélève remplacera les points de

A tort ou à raison, on prétend que la femme, en écrivant une lettre, ne dévoile le fond de sa pensée que dans le post-scriptum ; s'il s'agit d'un troit malicieux, c'est alors-suriout que l'on peut dire :

Je m'aperçus que je m'étais un peu avancé en m'appuyant sur l'autorité de .Montesquieu; je le compris mieux encore au sourire ironique de mon interlocuteur, et je lui sus gré de ce qu'il ne m'invitait pas à préciser la page où se trouvait ma citation. J'avoue franchement que, s'il avait poussé l'indiscrétion jusque-là, je lui répondais :.....

A l'époque des disputes entre les réalistes et les nominaux, Abailard, appelé pour cause d'hérésie devant le concile de Sens, aperçut parmi ses juges Gilbert de la Porrée, qui devait être, quelques années plus tard, accusé lui-même d'hérésie et appelé à son tour devant le concile de Paris. L'illustre théologien , très-versé dans les lettres latines, et qui était dans le secret des idées de son adversaire, lui dit sur un ton prophétique :

Dès qu'un écrivain est arrivé au fauteuil académique, il s'y repose de ses veilles passées et s'y endort molle-

ment sans songer à de nouveaux lauriers. Le fauteuil, voilà pour la plupart de nos immortels.

Le bonhomme, sous son indifférence apparente et son enveloppe grossière, cachait de la finesse et de la pénétration; jamais il ne commit la moindre imprudence. Un instinct presque infaillible, une sorte de paraissait l'inspirer dans toutes ses actions.

Chaque année, le 5 mai, anniversaire de la mort de Napoléon P"", on voit errer dans Paris quelques vieillards vêtus d'un uniforme usé et presque gothique, au colbach fauve et pelé, suivant l'expression de M. Th. Gautier. Ils se rendent d'un pas lent et triste aux Invalides. Ces

d'une grande époque inspirent encore le respect

et l'admiration.

Un almanach qui ne veut pas déchoir dans l'estime du public doit prophétiser la pluie, le temps variable, le beau temps et la sécheresse trois cent soixante-cinq jours à l'avance. Mais le Nostradamus se tire facilement de la difliculté; pourvu qu'il ne fasse pas geler les rivières en juillet et rougir les cerises en décembre, il peut s'en

rapporter à la décision des pour annoncer le

temps qu'il fera à un jour donné.

Quelle était la nature de l'Égérie de Numa ? Rien de plus simple, dira un critique ; c'est un conte fait à plaisir par Numa pour donner plus d'autorité à ses réformes politiques.— Ce n'est pas cela, répondra un second ; la nymphe Égérie est une simple allégorie dont s'est servi Numa pour faire comprendre que le bienfait de ses institutions devait être rapporté aux dieux. Un troisième survient : La nymphe Égérie n'est que le produit d'une hallucination. Un quatrième : Vous n'y êtes point, cette Egérie ne peut avoir été qu'une somnambule, n'est-ce pas le cas de dire au lecteur, dans le conflit de toutes ces opinions di^

verses :

OKAMMAiRt UTTERAIRK

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