‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 16 sur 89 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

Diomède blessant une déesse. Diomède, un des héros ie la guerre de Troie , combattant contre Enée, blessa dans les lénèbres Vénus, qui venait protéger son fils en l'enveloppant

d'un nuage. .

Les écrivains font de fréquentes allusions à cet épisode mythologique, et nous allons en donner ici une application des plus heureuses, que nous devons à la plume fine et attique de M. Sainte-Beuve :

« Un jour, après les graves attaques qu'il s'était permises contre madame de Staël, M- Michaud se rencontra avec alléchez madame Suard, qui, en bonne personne qu'elle était, se disposait à jouir de l'embarras. M. Michaud, apostrophe assez vivement par madame Suard sur ses anciennes vivacités de plume, se tira de sa position fausse en disant : « Que voulez- « vous madame? nous combattions dans la mêlée et dans les c( ténèbres; je n'ai pas la fatuité de me comparer à l'un des « héros de l'IlJpde, il m'est pourtant arrivé le même malheur « qu'à Diomède : fai blessé dans la nuit une déesse. » Madame de Staël sourit, et, ce que n'eût pas fait une déesse, elle pardonna. »

Diviser pour régner; en latin, Divideet impera, maxime politique du peuple romain, mise en pratique par Louis XJ, et qui fut aussi celle de Machiavel.

S'emploie pour faire entendre que la division qu'on sait répandre parmi ses ennemis est un moyen d' accroître sa propre force.

Dix-huit brumaire (Un), allusion au changement de gouvernement opéré par le général Bonaparte à son retour d'É-ypte. Le Directoire fut dissous, et le pouvoir exécutif confié à Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos.

En politique, en littérature et même dans les circonstances ordinaires de la vie, ces mots signifient faire un coup d'Etat, opérer avec violence et promptitude un changement radical dans un ordre de choses établi.

Dompter les superbes; en latin, Debellare superbos. Voyez Épargner les vaincus.

Double visage de Janus. Janus est une divinité latine sur le caractère et les attributions de laquelle les mythologues ont beaucoup varié. Les traditions les plus répandues le représentent comme un ancien roi, sinon comme le plus ancien roi du Latium. Saturne, chassé du ciel, se réfugia en Italie, où. Janiis lui accorda une généreuse hospitalité et l'associa même à l'empire. En reconnaissance, Saturne le doua de toutes les vertus d'un bon roi, avec le don de se rappeler le passé et de lire dans l'avenir. C'est pourquoi Janus est toujours représenté avec deux visages.

Le double visage de Janus est resté proverbial pour caractériser tout ce qui présente deux aspects opposés, surtout en parlant des personnes.

Douleur, tu n'es pas un mal! devise des stoïciens, disciples de Zenon, qui ne voient pas le mal dans les souffrances physiques, mais dans les seules infirmités de l'âme.

Dans l'application , ces mots expriment que l'on fait consister la vertu et le bonheur dans la possession d'une âme également insensible à la volupté et à la douleur, affranchie de toutes les passions, supérieure à toutes les craintes, inaccessible à toutes les faiblesses.

DragondujardindesHesperid.es, monstre mythologique à sept têtes, qui éiait préposé à la garde des pommes d'or du jardin des Hespérides.

En littérature, les allusions à cette fiction mythologique sont de trois sortes ; elles se rapportent tantôt aux Pommes d'or, tantôt au Jardin, tantôt au Dragon lui-même. J.-J. Rousseau, racontant une de ses fredaines de jeunesse, rappelle d'une manière piquante ces trois allusions :

« Un souvenir qui me fait frémir encore et rire tout à la fois est celui d'une chasse aux pommes qui me coûta cher. Ces pommes étaient au fond d'une dépense, qui, par une jalousie élevée, recevait du jour de la cuisine. Un jour que j'étais seul dans la maison, je montai sur la maie pour regarder dans le jardin des Hespérides ce précieux fruit dont je ne pouvais approcher. J'allai chercher la broche pour voir si elle y pour-

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rait atteindre : elle était trop courte. Je l'allongeai par une a^tre petite broche qui servait pour le menu gibier; car mon maître aimait la chasse. Je piquai plusieurs fois sans succès; enfin je sentis avec transport que j'amenais une pomme. Je tirai trèsdoucement : déjà la pomme touchait à la jalousie, j'étais prêt à (1) la saisir... Malheureusement le dragon ne dormait pas : tout à coup la porte de la dépense s'ouvre, mon maître en sort, croise les bras, me regarde et me dit : Courage!... La plume me tombe des mains. »

Le Dragon jiri^pofé à la garde de la foison d'or est une allusion qui se fait à peu près dans les mêmes circonstances.

Du Capitole à la roche Tarpéienne il n'y a qu'un pas. A Rome, le Capitole, où les vaiiu[ucurs montaient eu triomphe, était situé près de la roche Tarpéienne, d'où l'on précipitait les criminels.

Au figuré, cette phrase signifie que le plus brillant succès peut être aussitôt suivi d'une chute éclatante.

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

"Vers de MoUère, dans Y École des Femmes, acte III, scène II. Par mesure de précaution, Arnolphe, qui se croit sur le point d'épouser Agnès, lui trace à l'avance les devoirs de la femme maiiée :

Le mariai,'."", Agnès, n'est pas un badinrige;

A d'aiislères devoirs le rang de feuime engage.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la lout.-iws^ance.

Ce vers, si comique dans la bouche d'Arnolphe^ est l'objet de fréquentes applications.

Du droit qu'un esprit vaste et ferme en ses desseins A sur l'esprit grossier des vulgaires humains.

Vers de Voltaire dans sa tragédie de Mahomet. Le prophète

(1) Ici, yrél à est une faute que condamne impérieuseuioflt la syntaxe. Jean-Jacques a voulu dire qu'il était sur le point de, et non disposé à, cousentaut à saisir la pomme pour la croquer ensuite. Ce serait une naïveté dont le citoyen de Genève était incapable. Eh bien, malgré toutes ces raisons, nous préférons la locution prépositive i^rét il, qui nous paraît, dans ce passage, plus coulante, plus naturelle, plus harmonique.

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vient d'exposer à Zopire ses projets de révolution religieuse.

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