ONZIÈME LEÇON
Encore une victoire comme celle-là, et nous sommes perdus, réponse aussi pittoresque que juste du roi Pyrrhus à ceux de ses généraux qui le lélicitaient sur une victoire remportée surles Romains^mais chèrement achetée. On a fait de cette phrase célèbre une appUcation extrêmement plaisante. Le poète Dorât, attribuant à la cabale la froideur avec laquelle
on avait accueilli une de ses pièces, conçut l'idée de se faire soutenir par des admirateurs d'office. Il remplissait la salle aux dépens do sa propre bourse, et il se ruina compJétement à ce manège. Ce fait était bien connu, et tout le monde en plaisantait le vaniteux auteur. A chaque nouveau demi-triomphe obtenu ainsi, on lui prétait malicieusement le mot de Pyrrhus : « Encore une victoire pareille, et je suis ruiné. »
Ces mots se rappellent pour caractériser tout succès onéreux,
Enfer du Dante (L'), allusion à la première partie de la trilogie dont se compose la Divine Comédie : l'enfer, le purgatoire et le paradis. Cet enfer comprend neuf cercles concentriques, et chaque cercle se divise en vallées, en enceintes, où sont dispersés les damnés suivant la nature et l'énormité des crimes qu'ils ont commis. L'imagination du poète a épuisé tout cî que la souffrance peut offrir de plus varié et de plus terrible. « Là, dit-il, des soupirs, des plaintes, des gémissements profonds se répandent sous un ciel qui n'est éclairé d'aucune étoile. Mille langages divers, des cris de désespoir et de rage, d'affreux hurlements, des voix rauques ou retentissantes, produisent un bruit impétueux, dont ce brouillard perpétuel est agité comme le sable soulevé par le vent et la tempête. »
Dans l'application, ces mots : VEnfer de Dante, expriment le née plus ultra de la douleur, de la torture, etc.
Enfin Malherbe vint....
Hémistiche de VArt poétique de Boileau, chant P"".
L'auteur vient de parler des premiers essais de la poésie française :
Durant les premiers ans du Parnasse françois^
Le caprice tout seul faisait toutes les lois;
La rime, au bout des mots assemblés sans mesure,
Tenait lieu d'ornements, de nombre et de césure.
Après avoir passé en revue les différents poètes qui ont contribué à
Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers,
il arrive à Malherbe, et lui adresse un hommage qui tient presque de l'enthousiasme :
Enftn Malherbe vint, et, le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir. Et réduisit la muse aux règles du devoir.
SO GRAVMAIP.K LITTÉRMP.E
Dans l'application, ces mots exprime ;U la satisfac.io î produite par l'avènement d'un progrès, d'une réforme, dans quelque ordre d'idées que ce soit.
En mourant, il revoit en souvenir sa chère Argos; en latin, Dulces moriens reminiscitur Argos (Enéide, livre X, vers 782), mots prononcés à propos d'Anlhor, le com- .pagnon d'Hercule, l'ami d'Évandre, qui, dans un combat contre Mézence, reçoit un trait mortel destiné au héros troyen.
Si le pathétique est ce qui émeut le cœur et dispose à répandre des larmes, qu'y a-t-il de plus touchant que le tableau de ce jeune guerrier qui, percé d'un trait mortel, se soulève péniblement et semble chercher du regard sa douce patrie à laquelle il veut envoyer un dernier adieu ! La peinture et la sculpture se sont souvent inspirées de cet épisode d'une protonde mélancolie.
Épargner les -vaincusienlâtm, Parceresubjectis{Énéide, livre VI, vers 852). Énée, descendu aux Enfers, voit passer sous ses yeux les ombres des héros et des générations futures; son père Anchise lui montre l'avenir brillant l'éservé au peuple romain :
« 0 Romain, s'écrio-t-ii, voici ton rôle : Soumettre l'univers à tes lois; épargner les vaincus, dompter les superbes, »
Parcere subjeclis et debellure superbos.
On fait de ce vers une double application : Epargner les vaincus — Dompter les superbes.
Épée de Damoclès. Damoclès, un des courtisans de Denys de Syracuse, vantait constamment le bonheur de son maître. Celui-ci, en homme d'esprit qu'il était, entreprit de faire comprendre à Damoclès, par une allégorie, quelles sont les jouissances de la grandeur. 11 l'invita un jour à prendre sa place dans un festin, et ordonna à ses servjteurs de le traiter comme lui-même. Damoclès s'enivrait de son bonheur, quand tout à coup, levant les yeux, il aperçut au-dessus de sa tête une épée lourde et très- aiguë, qui n'était suspendue que par ua crin de cheval. La coupe, encore pleine, échappa des mains du naïf courtisan, qui comprit aussitôt ce que c'est que le bonheur d'un tyran.
Dans l'application, VÉpée de Damoclès est le danger qui peut frapper un homme au milieu d'une apparente prospérité.
r,iî\M«Ur.F MTTÉUAinE 81
Epée de Roland, allusion à l'épée, la fampuse Duranflal. du neveu de Charlemagne. Sur le point de périr dans la vallée de Ronccvaux, et ne voulant pas que l'instrument de ses exploits, de son épopée glorieuse, tombe entre les mains d'indigties ennemis, il essaye vainement de la briser, et en frappe un coup si terrible qu'il ouvre à travers le rocher une brèche qui a conservé le nom de Brèche de Roland.
Les écrivains font souvent allusion à l'épée de Roland»
Épiménide. Voyez Sorameil d'Épiménide,
État dans un État (Un); en latin, Imperium in imperio.
Dans l'application, se dit surtout d'un parti politique qui cherche à se mettre au-dessus des lois communes, et qui lutte avec le pouvoir constitué.
Et ce même Sénèque, et ce même Burrlius Qui depuis..,.
Vers de Bn'tannicus, tragédie de Racine. Agrippine, dans un long entretien, cherche à reprendre son empire sur Néron, à qui elle rappelle les sacrifices qu'elle s'est imposés, les intrigues auxquelles elle s'est livrée, les crimes même qu'elle a commis pour écirter Britannicus du trône et en préparer le chemin à Néron :
J'eus soin de vous nommer
Tes gouverneurs que Rome honorait de sa voix;
Je fus sourde à la brigue et crus la renommée ;
J'appelai de l'exil, je tirai de l'arniéo
Et ce même Sènèijuf, et ce même Biirrhus
Qui depuis Rome alors estimait leurs vertus.
Dans l'application, cette réticence, beaucoup plus énergique que l'expression même, caractérise fortement ceux dont la situation actuelle offre un contraste frappant avec leur passé.
Et ces deux grands débris se consolaient entre eux.
Vers de Delille dans son poème des Jardins, chant IV. Après avoir donné quelques conseils sur la manière d'orner les habitations champêtres, l'auteur recommande de respecter les ruines, les monuments antiques, dans lesquels il trouve un poétique contraste avec les embellissem.ents modernes, et en même temps un enseignement philosophique :
L'aspect désordonné de ses grands corps épars. Leur forme pittoresque, attachent les regards ;
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Par eux, le cours des ans est marqué sur la terrf. Détruits par les vi^lcans, ou l'orase, ou la guerre. Ils iDstrnisent toujours, consolent quelquefois. Ces masses, qui du temps sentent aussi le poids, Enseijjnent à céder à ce commun ravage, A pardonner au sort. Telle jadis Gartliage Vit sur ses murs détruits Marius malheureux; Et ces deux yraiuls débris se conniluieiit entre eux.
Les applications sont toujours plaisantes Dernièrement deux ruines se rencontrèrent sur le Pont-Neuf j c'était Pierrot et Arlequin, mais vieux et cassés : Pierrot avait une jambe de bois, et Arlequin était guidé par un caniche; Pierrot reconnut Arlequin, et tous deux s'assirent sur un banc à l'ombre de la statue de Henri IV. On voyait h leurs mouvements qu'ils parlaient de l'ancien temps. Tout à coup vinrent à passer le Vaudeville et la Gomédie-Boulîe bras dessus bras dessous. Celle-ci, apercevant nos deux invalides, dit à son gai compagnon en riant elle-même aux éclats: Vois ces deux grands di'biis se consolant entre eux.
Et dans de faibles corps s'allume un grand courags.
Vers de Racine, le fils, dans son poème de la Rdùjion, où lo poète parle des nids des oiseaux, des soins qu'ils apportent à élever leurs couvées, et surtout à les détondre :
Et pourquoi ces oiseaux, si remplis de prudence, Ont-ils de leurs enfants su prévoir la naissance ? Que de berceaux pour eux aux arbres suspendus ! Sur le plus doux coton que de lits étendus ! Le père vole au loin, cherchant dans la campagne Des vivres qu'il rapporte 'i sa tendre corapat;ne ; Et la tranquille mère, attendant son secours, Réchauffe dans son sein le fruit de leurs amours. Des ennemis souvent ils repoussent la rage, El dans de faibles corps s'allume un grand cowage.
Dans l'application, ce vers se dit principalement de la femme, chez qui la faiblesse naturelle n'exclut pas le dévouement et l'intrépidité.
Et de Caron, pas un mot, trait philosophique qui termine le dialogue de Lucien : Cnron, ou les Contemplateurs. Caron, le nocher des enfers, a obtenu de Jupiter la faveur de venir passer un jour sur la terre, pour y étudier vivants ces hommes dont il n'a jamais connu que les ombres. Mercure lui sert de guide, et, afin d'embrasser la terre d'un seul coup d'œil, ils iTiontent au sommet de quatre montagnes qu'ils ont
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entassées, comme autrefois les géants pour escalader le ciel. Caron assiste alors à un spectacle tout à fait nouveau pour lui : il voit les hommes, poussés par leurs passions, se livrer des combats sanglants sous de vains prétextes, s'abandonner à tous les plaisirs et à tous les excès, commettre une foule d'actions ridicules; il ne peut s'empêcher de rire de leur ardeur furieuse à acquérir ce métal jaunâtre qui n'excite que son mépris; il s'étonne de leur insouciance, de leur oubli de la mort qui les menace à chaque instant, et il termine ainsi : « Ce que c'est que les malheureux humains ! On n'entend parler chez eux que de rois, de briques d'or, d'hécatombes, de combats; et de Caron, pas un moi. n
M^^ de Sévigné, qui était plus lettrée que ne le sont d'ordinaire les femmes, et qui n'était pas étrangère à la langue d'Homère et à celle de Virgile, usait et abusait do la locution : Et de Caron pas un mot; mais l'emploi qu'elle en fait est rarement juste. 11 est probable que son professeur Ménage lui avait parlé' de ce passage de Lucien sans lui en indiquer la source.
Cette réflexion philosophique, si profondément sensée, a passé dans la langue, et marque, dans quelque ordre d'idées que ce soit, l'oubli de la chose principale, de ce qui devrait surtout appeler l'attention et l'intérêt.
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Vers de la fable de La Fontaine : les Femmes et le Secret.
Rien ue pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux dames; Et je sais même sur ce fait Boa nombre d'hommes qui sont femmes.
Se dit, dans l'application, de certains défauts naturels chez les femmes, défauts dont beaucoup d'hommes ne sont pas exempts.
APPLICATIONS
bans les phrases suivantes, l'élève remplacera les points de suspension par la locution convenable.
Autrefois, les navigateurs les plus intrépides osaient à peine s'éloigner de quelques lieues des côtes, faute
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de pouvoir se diriger sur l'immensité des mers. Enfin
, et les courses à travers l'océan n'épouvantèrent
plus personne.
On ne doit jamfjs profiter de la détresse d'un ennemi
pour lui imposer des lois trop dures: , voilà la
devise de tous les honnêtes gens.
Le vieux parti russe, celui que l'on appelle particulièrement le parti moscovite, n'a pas encore pardonné aux Romanoff d'avoir transporté à Saint-Pétersbourg le centre du gouvernement. 11 boude, il ne va jamais à la cour, il reste dans ses terres ; c'est un
Dans une visite au Jardin des Plantes, je vis une lionne qui avait l'air mélancolique des nouveaux détenus. C'était triste avoir comme elle semblait regretter les sables brûlants de ses déserts ; on eût dit qu'elle
Qui n'a vu des combats de coqs? Qui n'a été frappé de l'acharnement avec lequel ces gallinacés, l'œil en feu, la crête en sang, les plumes hérissées, se précipitent l'un contre l'autre? Ils luttent jusqu'à ce que l'un des deux combattants tombe vaincu ou se dérobe par la fuite à la colère de son ennemi. C'est pour eux, assurément, que le poète a dit :
Aujourd'hui chacun parle de fortune, d'avantages, d'avancement, de plaisir, de jouissances ; personne ne songe à ce qui suivra la mort :
Au moyen âge, la féodalité avait une puissance telle qu'il lui est arrivé plusieurs fois de faire trembler la royauté; c'était un
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