DOUZIEME LEÇON
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend pas nos rois.
Vers de l'ode fameuse de Malherbe à Dupérier sur la mort de sa tille. Le poète cherche à consoler son ami en lui rappelant que tous, petits et grands, sont sujets à la mort :
La mort a des rignears à mille autre pareilles;
On a beau la prier ; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles
Et nous laisse crier.
Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couvre ,
Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend pas nos rois.
Souvent l'application de ces vers n'est que plaisante; c'est
ainsi qu'un écrivain du commencement de ce siècle a dit de
l'invasion désastreuse du calembour dans toutes les classes de la
société :
Le pduvre, en sa cabane oii le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ; El la garde qui leiUe aux barrières du Louvre
Ken défend pas nos rois.
On sait, en effet, que Louis XVIII se complaisait à ce genre d'esprit.
Et l'ami Pompignan pense être quelque chose 1
Vers qui termine plaisamment le petit poème de Voltaire intitulé la Vanité. C'est une de ces spirituelles boutades qui coûtaient si peu à l'esprit malin du poète, et si cher à ceux qu'elles atteignaient. Lefranc de Pompignan avait, en pleine Académie, signalé Voltaire comme un philosophe dangereux. Il expia cruellement cette courageuse attaque : six mois durant, il lut accablé de sarcasmes en vers et en prose. On connaît cette épigramme :
Savez-vous pourquoi Jérémie
A tant pleuré pendant sa vie ?
C'est qu'en prophète il prévoyait
Qu'un jour Lefranc le traduirait.
Et ce vers décoché contre ses Cantiques sacrés . Sacrés ils sont, car personne n'y louche.
•^f) GRAMMAir.E LITTÉRAIRE
Chaque courrier arrivant de Genève apportait un pamplilet contre le téméraire Porapignan. Enfin, le petit poème intitulé la Vanité fut le coup de grâce :
La terre a vu passer leur empire et leur troue j Ou ne sait en qur-l lieu florissait Babylor.c; Le tombeau d'Alexandre, aujourd'hui renversé, Avec la ville entière a péri dispersé ; César n'a point d'asile où sa cendre repose... Et rnvii l'ompiqnan pense êlre quelque chose I
Et l'avare Achéron ne lâciie point sa proie.
Vers de la Phèdre de Racine, acte IT, scène v,
Phèdre, femme de Thésée, confie à Hippolyte. fils de ce prince et d'une première épouse, les crainte.? que lui l'ait concevoir la longue absence de Thésée, parti pour une expéilition dangereuse. Hippolyte lui répond :
Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore; Peut-être votre époux voit encore le jour; Le ciel peut à nos pleurs accorder sr.n retour. Keptuiie le protège, et ce dieu tutélaire Ne sera pas en vain imploré par mou père.