PHÈDRE
On ne voit point deux fois le rivage des morts. Seigneur; puisque Thésée a vu les sombres bords. En vaiu vous espérez qu'un dieu nous le renvoie; El Caiare Achéron ne lâche point sa proie.
Ce vers célèbre a passé dans la langue, où il désigne, non pas la mort, comme dans le texte que nous venons de citer, mais des passions jalouses, telles que la haine, l'envie, et surtout la rapacité unie à la ténacité.
Et le combat cessa faute de combattants.
Vers de Corneille dans sa tragédie du Cid, acte IV, scène m. Le Cid fait au roi de Castille le récit de son combat avec les Maures, dont les deux rois lui ont rendu leur épée. Presque tous les ennemis gisent sur le champ de bataille, et le vers cité est une sorte d'éloquent épiphonème à ce récit considéré comme un chef-d'œuvre.
Les applications que l'on tait de ce vers sont presque toujours plaisantes : « On nous servit à déjeuner cinq douzaines d'hui- Iros; il fallait voir comme chacun portait la main au plat. Enfin il ne resta plus au fond que de l'eau salée.
Et le combat, ccss.i faute i!e coinkittaiils. »
GRAMMAFRE LITTERAIRE 87
Et les champs où fut Troie, tradiKtion d'un vers de Virgfile : Et cnmpos ubi Troja fuit [Enéide, livre III, vers 2). Énée raconte à Didon la dernière nuit de Troie; la ville est en flammes, tous ceux qui ont échappé au désastre sont réunis autour du héros troyen : « Alors, dit-il, je quitte en pleurant les rivages de la patrie, le port hospitalier et les champs où fut Troie. »
Ce vers plein de tristesse et de mélancolie est resté l'expression la plus éloquente de la douleur des peuples chassés de leur patrie détruite ; il rend admirablement l'émotion que l'on éprouve en face de ruines, de débris rappelant une splendeur passée.
Et moi aussi j'ai vécu en Arcadie; en latin, Et inÂrcadio. ego, inscription remarquable par sa poésie et sa simplicité, mise sur un tombeau où repose un berger d" Arcadie, et qui, dans Tapplication, exprime le regret qu'un exilé éprouve en songeant aux belles campagnes où il a passé ses premières années.
Notre grand peintre Poussin a traduit ce retour vers les beaux jours de la vie sur une toile qui est considérée comme un chef-d'œuvre.
Et m.oi aussi je suis peintre! en italien : Ancli' io son pittore ! mots que le Corrége, jeune encore et inconnu, prononça dans le premier élan d'une noble ambition, à la vue d'une peinture de Raphaël.
Dans l'application, celte exclamation, qui marque la confiance en soi, est le cri d'une vocation qui se révèle soudainement et d'une manière irrésistible, le mouvement spontané d'une âme tout à coup illuminée de l'irruption du charme senti, du ravissement éprouvé, du beau perçu.
Et moi aussi, si j'étais Parménion, réponse que fit Alexandre à Parménion, qui lui conseillait d'accepter les offres brillantes de Darius après la bataille d'Issus, en lui disant : « J'accepterais si j'étais Alexandre. — Et moi aussi, si j'étais Parménion. »
Dans l'application, cette réponse sert à marquer une différence de caractère, une ambition plus élevée chez celui qui l'emploie, pour répondre à celui qui n'aperçoit qu'un intérêt secondaire dans une question.
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Et moi, suis-je sur un lit de roses? réponse sublime de l'empereur du Mexique, Guatimozin, qui, étendu sur des charbons ardents par ordre de Fernand Cortez, entendait son ministre, soumis au même supplice, pousser des plaintes et des gémissements.
S'emploie pour faire entendre à quelqu'un qu'il n'est pas le seul à supporter les ennuis, les fatigues, la responsabilité d'une commune entreprise.
Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.
Vers de Corneille dans sa tragédie de Cinna, acte H, scène î. Auguste fait part à Cinna et à Maxime de son intention d'abdiquer l'empire :
L'ambition déplaît quand elle est assouvie. D'une contraire ardeur son ardeur est suivie; Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir, Toujours vers quelque objet pousse quelque désir, Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre. El monté sur te laîte, U aspire à descend-e.
Ce beau vers, que Racine faisait admirer à ses enfants, exyrime énergiquement la satiété, le dégoût de l'homme parvenu au faite des honneurs et de la puissance, et cette idée est toujours celle qu'il rend dans les applications que l'on en fait.
Et par droit de conquête et par droit de naissance. Début de la Henriade, de Voltaire :
Je chante ce héros qui régna sur la France
Et par droit de conquête et par droit de naissance.
Dans l'application, ce vers signifie qu'on a sur une chose des droits indiscutables.
Et pourtant elle tourne ! en italien, E pur si muove I mot de Galilée à propos du mouvement diurne de la terre. Comme cette découverte du grand astronome semblait être en contradiction avec un passage bien connu des Écritures, il fut condamné à se rétracter. Galilée obéit à la sentence, mais en s' écriant avec toute la conviction du génie : Et pourtant elle tourne '